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le tréducteur




    l'amour est étouffant et solitaire
                               la carpe aussi...





Copeaux d'états - Isokapi #3 // Allen Ginsberg


Littérature à contraintes

Variation autour de l’okapi & du caviardage.

De fermes remerciements à Noel Bernard & Lucien Suel !




l'isokapi : à partir d'un texte-origine création de poèmes express
respectant la stricte alternance consonnes/voyelles & une même 
longueur de vers.



Repère le béton oxydé du silo de la

Mesa. Dévide l'âme de Bob of Oregon

À côté Dylan a le visage de vase de

Gary des Omak'



Repère la cime du pin et une racine

de café. tale du Canada-hip. OhOm

a rêvé de la carabine. Pôle gelé d'

Eve du Pacific



Repère le pénis à côté de River-Aci

de. Vomis à la lune humide. Coleman

a lavé Jésus une narine havegone de

de Milarepa



Repère les îles à nébulosité d'azur

Menace Pacific U.S. avec une tomate

du Sud. Amère citadine : le menu du

Racine du Lake



Repère le visage du Pape venir à la

fin. À Babylone Dylan. À la City Dy

lan. À la Base de la pyramide Dylan

Son of America




Le texte-origine :


Commencement d'un poème de ces états



Memento pour Gary Snyder



Sous les à-pics d'Oroville, ciels de septembre ennuagés de bleu, passant la frontière U.S., pommes rouges rouges font ployer leurs rameaux étayés par des échalas –
À Omak une grosse fille en salopette conduit son grand cheval brun le long de la route asphaltée.
Parmi les collines de pins de Coleville près de Moses'Mountain – un cheval blanc derrière un 2 tonnes qui progresse entre les arbres.
À Nespelem, dans le soleil jaune, un repère signalant la tombe du Chef Joseph sous les collines brunes ruisselantes – croix blanche sur l'autoroute.
À Grand Coulée sous un ciel de plomb, de gigantesques générateurs rouges bourdonnent dans le granit & le béton pour matérialiser des oignons –
Et une eau grise clapote contre les flancs gris du Stream-boat Mesa.
À Dry Falls 40 Niagaras silencieux & invisibles, de minuscules chevaux qui paissent sur le fond oxydé de prosopis du canyon.
À Mesa, sur l'autoradio, dépassant un nouveau silo à maïs, les gorges tendres des adolescentes du Walking Boogie, « Si elles pouvaient toutes être des filles de Californie » – alors que la route noire se dévide.
Sur les plaines en direction de Pasco, collines de l'Oregon à l'horizon, voix de Bob Dylan sur les ondes, folksong d'une seule âme fabriquée à la chaîne – Please crawl out your window – entendu pour la première fois.
Filant dans l'espace, Radio l'âme de la nation. The Eve of destruction et The Universal Soldier.
Et goûté au Serpent : l'eau du Yellowstone sous un pont vert : darshan avec la Columbia, marée noire & petites plumes d'oiseaux sur le banc de vase. De l'autre côté du fleuve, bulles d'argent des raffineries.
Là Lewis et Clark ont dérivé sur un radeau : la gorge érodée et brune du lac Wallula sentant la pluie sur la sauge, autocars Greyhound qui filent à toute allure.
Ne cherchant ni le Passage du Nord-Ouest, ni l'Or, ni le Prophète qui viendra sauver la Nation polluée, ni le Gourou foulant les eaux argentées derrière le barrage de McNary.
L'heure de rassembler les troupeaux à Pendleton, visages tirés de femmes et lourds galurins de cow-boy dans le bistrot, Je suis un pied-plat de Bénares. Barman marmotte dans sa barbe, les deux mains pleines de bière, « Qui a demandé ça ? »
Grosse pluie au crépuscule, des trompettes se regroupent & crescendo répètent The Eve of Destruction, fours des scieries de la Georgia Pacific exhalent de la fumée dans la vallée assombrie.
Nuit froide dans les Montagnes Bleues, cimes saupoudrées de neige des Mélèzes et des Sapins ployés à l'aube grise, café gelé dans la cafetière brune, orteils engourdis dans les tennis tchécoslovaques.
Sous un pin Ponderosa, cet endroit à vendre – 45e parallèle, à mi-chemin entre équateur et Pôle Nord – Tri-City Radio annonçant un temps clair & des gelées nocturnes ; grosses marguerites jaunes, balles de foin empilées en meules carrées hautes comme une maison.
« Don Carpenter possède un vrai marteau de géologue, il peut taper sur un rocher & le fendre & regarder à l'intérieur & prononcer quelque mantra. »
Coyote qui bondit devant le camion, & rejoignit le talus, passa la rivière en sautant, fonça à travers champs vers le coteau boisé, se figea après un bond & se retourna pour nous observer – Oh – Ouh ! se secoua et détala en agitant sa queue touffue.
Carabines & bombes au cyanure impuissantes – il avait l'air vraiment surpris & tendit vers nous son museau pointu. Hari Om Namo Shivaye !
Mange toutes sortes de choses & court solitaire – 3 nuits de cela suspendit de la crotte d'ours à un arbre et rit.
– Ours : « Es-tu en train de manger mes restes ? Répète-le pour voir ! »
Coyote : « j'ai rien dit. »
Forêts de genévriers clairsemés sur des collines de lavande sèche, en route pour Pass Creek en passant par Ritter Butte, un rêve de hasch raconté : – Franchissant la frontière du Canada avec une conserve dans la boîte à gants, de jeunes douaniers hip se sont marrés – Dans un pré squelette d'une vieille voiture a pris racine : Pensez à Jésus peint sur la porte.
Renard dans la vallée, bornes ruisselantes de glaçons, toutes les fenêtres de la blanche église brisées, grange de bois brun dos à dos, neige fine sur le toit de la station-service.
Malheur, Parc National Malheur – signaux vernis de givre poudreux, rêves gelés de la nuit derrière ressurgissent – observant la planète froide à travers un crâne – Milarepa n'a pas accepté de cadeaux pour recouvrir son pénis gemmé – sommet de Strawberry Mountain blanc sous des nuages brillants.
Cartes postales de Painted Hills, couches fossilisées aux abords de Dayville, Where have all the flowers gone ? Fleurs en allées ? Râ et Coyote sont dans le coup, traces de pattes griffues au fond de la Day River, vaches se prélassent à genoux dans l'après-midi du pré.
Ichor Motel, ailes blanches sur les allées, ferme marron isolée au clocher entouré d'arbres, scies mécaniques résonnant dans le vallon.
Coulée de lave recouverte de mousse verte craquelée par le vent froid – Héron bleu et Aigrette blanche américaine migrent vers les eaux décrues de l'Unhappy – lacs-mirages du mauvais côté de la route, flot de poussière sous Riddle Mountain, Steen Range poudre blanche sur l'horizon –
Ai dormi, eau gelée dans la tasse de la Sierra, un lac d'eau amère du diaphragme à la gorge – Ai rêvé que mon genou était amputé à la hanche et ensemble recousus –
Me suis éveillé, rosée glacée sur le poncho et le sac de couchage safran, lune comme une hampe Coleman ternissant la pointe glacée des étoiles – ai vomi à mes genoux dans l'herbe du chenal, narines obstruées par un acide rouge et humide à la lueur mourante d'une lampe de poche –
Faiblesse de l'aube, ai gravi des murs de lave érodés et suivi la source boueuse, le gibier d'eau a sifflé doucement & minuscule raton-laveur
ai gratté délicatement la boue verte pour chercher des grenouilles enfouies loin du froid arctique – ai disparu dans une silencieuse corniche rocheuse.
Ai grimpé vers la route de Massacre Lake – fond de la vallée buissonnée de sauge qui s'étirait vers le Sud – Séjour de l'antilope dicranocère qui mange la racine amère et le benjoin odoriférant, chasseurs s'empilant dans des camionnettes pour chasser l'antilope –
Un corral brisé au pied de la colline de l'autoroute, épave de vache morte dans les rayons froids et obliques du couchant, yeux énucléés, cou tordu contre le sol, ventre effondré sur l'os du genou, senteur de la douce chair d'effroi et de l'acre sauge nouvelle.
Ai dormi dans une mangeoire de fer-blanc rouillé, le baudrier d'Orion Cristal dans le ciel, engourdissement d'un froid métallique dans le dos, corbeaux perchés sur la vache quand soleil réchauffa mes pieds.
Ai gravi des collines en suivant les nuages de poussière des remorques, douilles vertes de fusils de chasse & bouteilles de bière sur la route, lièvres écrabouillés – à travers une crevasse dans le Granite Range, une mer alcaline – armées chinoises massées aux frontières de l'Inde.
Bassin boueux du Black Rock Desert défilant, Franck Sinatra pleurant les années passées, vieux enregistrements de voix tristes enseptembrées, et Beatles criant Help ! leurs voix gazouillant en quête de tendresse.
Toute mémoire ramenait sur le champ au temps présent, vastes forêts desséchées en proie aux flammes en Californie, parachutistes U.S. donnant l'assaut aux guérilleros dans les montagnes du Vietnam, derrière la cambrure d'une route de porcelaine blanche l'azur tranquille d'un vaste lac.
Rochers pyramidaux noués par des rivières du pléistocène, lourdes îles de lave crénelées dans les eaux du Paiute, truites acharnées ; sandwiches à la tomate et silence.
Motel de Reno poteau de signalisation basses montagnes murant l'oasis du désert, radio fredonnant musique citadine informations d'après-midi, Ultimatum à la Chine Rouge demain à 1 h.
Ai remonté le Donner Pass après le pont bétonné de l'autoroute drapée de nuages gris, borborygmes d'un idiot Mongolien le risible menu ce groupe arrivait.
Coteaux de Pondérosas entamés par la voie ferrée, je n'ai rien à faire, riant au sommet de la Sierra, aventurier glissant sur l'immense route aux ailerons de fer et à queue de poisson, les Cieux sont abandonnés, le Dharma n'est pas la Voie, pas de Saddhana à redouter
mon univers d'hommes va exploser, insectes bourdonnant sous le volant qui chantent ma propre mort en grinçant migrations de clémence, je chatouille le Bodhisattva et salue le nouveau coucher de soleil, chez moi en rentrant chez moi dans la vieille cité sur l'océan,
avec un nouveau mantra pour manifester l'Écartement du Désastre qui menace mon propre moi, masse fumeuse d'un feu de broussailles automnal dans la clarté crépusculaire, éclatant ballon rouge du soleil sur l'horizon violacé d'une nébulosité terrestre, psalmodiant pour Shiva dans la voiture.
Antennes à haute tension de la Pacific Gas qui déroulent leurs câbles fins à travers les plaines, empruntant l'autoroute du Coast Range à 4 voies après l'ultime courbe où l'on entrevoit la Baie gigantesque & orangée , Dylan achève sa chanson « You'd see what a drag your are », & le Pape
vient à Babylone pour s'adresser aux Nations Unies, 2000 ans depuis la naissance du Christ la prophétie de l'Armageddon
suspend la Bombe Enfer au-dessus des routes et des villes de la planète, la fin de l'année venue, les lumières de l'Oakland Army Terminal se consument vertes dans l'obscurité du soir.
Base Navale de Treasure Island illuminée de jaune affairée dans la nuit, des milliers de feux arrière rouges processionnent sur Bay Bridge,
San Francisco se dresse sur ses collines modernes, les lumières de Broadway font étinceler l'Élysée minable boîte d'homos du centre, l'horloge lumineuse d'un tendre vert de l'immeuble du Ferry fait luire les eaux noires de l'Embarcadère, noirs s'égosillant à la radio,
Bank of America brûle des lettres rouges sous les pyramides de néon, voici la ville, voici le visage de la guerre, 20 heures chez moi
dévalant la rampe de l'autoroute vers City Lights, visage de Peter et télévision, l'argent et de nouvelles errances à venir.

Septembre 1965


Allen Ginsberg 
The Fall of America : Poems of These States1973
traduction Gérard-Georges Lemaire & Anne-Christine Taylor
Flammarion – 2005 






isokapi #2 - Catulle


Littérature à contraintes

Variation autour de l’okapi & du caviardage.



Le texte-origine :


Egnatius, parce qu'il a les dents blanches, rit à tout propos. Est-on venu voir un accusé sur son banc, tandis que l'orateur excite les larmes, il rit. Gémit-on devant le bûcher d'un bon fils, d'un fils unique, tandis que privée de son soutien, la mère pleure, il rit. En toute occasion, en tout lieu et quoi qu'il fasse, il rit ; c'est manie, contraire, je crois, au bon goût et à l'urbanité. Il faut donc que je te donne une leçon, mon cher Egnatius. Quand tu serais de la capitale, ou de la Sabine ou de Tibur, un Ombrien économe ou un Étrusque obèse, un fils de Lanuvium basané et bien endenté, ou, pour parler aussi de mes compatriotes, un Transpandan, ou enfin d'un pays, quel qu'il soit, où on se lave les dents proprement, même en ce cas je ne voudrais pas te voir rire à tout propos ; car un sot rire est la chose au monde la plus sotte. Mais tu es celtibérien ; en celtibérie, chacun a coutume de prendre le matin ce qu'il a pissé et d'en frotter ses dents et ses gencives rougies ; ainsi plus tes dents sont nettes et plus elles proclament que tu as bu de l'urine.

Catulle – Poésies
traduction Georges Lafaye
Les belles lettres  - 1998




l'isokapi : à partir d'un texte-origine création d'un poème express respectant la stricte alternance consonnes/voyelles & une même longueur de vers.



Ce matin on a gémi

Sot, obèse d'urine

Tibur économe, rit 


Une capitale leçon  





De fermes remerciements à Noel Bernard & Lucien Suel !





isokapi #1 - Catulle




Littérature à contraintes


Variation autour de l’okapi & du caviardage.




Le texte-origine :

Je me recommande à toi, moi et mes amours, Aurelius. Je demande une faveur modeste : si au fond du cœur tu as jamais souhaité que l'objet de tes désirs restât pur et sans la plus petite tâche, préserve-moi cet enfant de toute atteinte ; je ne parle pas de celles du public , je ne crains pas les passants qui sur une place vont de côté et d'autre, tout occupés de leur affaire ; mais ce qui me fait peur, c'est toi et ta verge fatale aux enfants, innocents ou vicieux. Agite-la partout où il te plaira et tant que tu voudras, lorsqu'elle sera dehors, prête à l'action ; je n'excepte que mon ami ; c'est, je pense un vœu modeste. Si tes mauvais instincts et une folie perverse te poussent, scélérat, à un si grand crime que de t'en prendre par tes manœuvres à notre personne, ah ! alors quel sera ton malheur, ton triste sort ! On t'écartera les jambes et par la porte ouverte on fera courir les raiforts et les muges.

Catulle - Poésies (traduction Georges Lafaye)




l'isokapi : à partir du texte-origine création d'un poème express respectant la stricte alternance consonnes/voyelles & une même longueur de vers. Fougueux, l'isokapi a le cul entre le Cut-Up & le Ready-Made !







De fermes remerciements à Noel Bernard & Lucien Suel !



Raison suffisante pour devenir athée ! - Arno Schmidt




En guise de représailles  ( comme  si  des  “rétorsions”  ne  suffisaient  pas !) : l'ancienne église ?? Examiner le clocher d'un air scientifique-dégoûté : rien qu'à l’œil nu, on voyait déjà que le point d'intersection des diagonales de son plan rectangulaire ne coïncidait nullement avec la projection de la tige de la coupole : impossible de se fier aux installations de l'Église ! (Tout arpenteur vous le confirmera volontiers : aucun géodésien à l'esprit sain ne choisira, aussi longtemps qu'il a le choix, des clochers d'église pour une triangulation! Abstraction faite des transformations et des réparations (qui compliquent par la suite les choses quand il est nécessaire de retrouver les repères) et des fortes oscillations pendulaires dues aux rafales de vent : essayer voir à l'aide d'un instrument sensible de viser du haut d'un clocher un autre situé 30 kilomètres plus loin : vous avez l'impression d'être assis sur une balançoire ! Et puis, abstraction faite de cela, la plupart des charpentes subissent des déformations considérables au fil des siècles ; par la dessication et l'exposition d'un seul côté aux rayons du soleil ; par les précipitations et une poussée constante sur le côté exposé au vent : une raison suffisante pour devenir athée ! et je poursuivis ma pérégrination en tout bien tout honneur : celui qui sait beaucoup souffre beaucoup !).


Arno Schmidt – Das steinerne Herz – 1956
traduction Claude Riehl – Le cœur de pierre
Tristram - 2002





Si ça y est ça y est - James Joyce



Ah.
Il laissa de nouveau pendre sa main.
Ne saurons jamais rien là-dessus. Inutile de chercher. Des boules de gaz qui tournent, qui se croisent, qui passent. Toujours la même ritournelle. Gaz, puis solide, puis monde, puis refroidi, puis coquille vide à la dérive, roc glacé comme ce rocher à l'ananas. La lune. Ça doit être la nouvelle lune à ce qu'elle disait. Je crois que oui.
Il passa près de la Maison Claire.
Voyons. La pleine lune c'était la nuit que nous étions, exactement dimanche quinze jours, c'est nouvelle lune. Nous marchions près de la Tolka. Bien réussie cette lune de Bellevue. Elle fredonnait : Jeune lune de Mai, mon amour nous éclaire. Lui de l'autre côté d'elle. Coude, bras. Lui. Le ve-e-r luisant s'allume, mon amour. Frôlement. Doigts. Demande. Réponse. Oui.
Assez. Assez. Si ça y est ça y est. C'était fatal.



 
James Joyce – Ulysses – 1922
traduction Auguste Morel, Valéry Larbaud,
Stuart Gilbert, James Joyce – 1957
folio Gallimard - 1990





La rue file ses légendes – James Joyce



Ainsi la rue file ses légendes tandis que les fanons des baleines à quai tissent les histoires d'une querelle de famille avec un air entendu sur les noms. Le vieux Vico s'est assis dans les aires pour ajuster quelques points de lingerie. Red Rowleys est sorti de son trou pour demander ce qui n'allait pas dans cette course ? Mick na Murrough s'est servi des rigoles pour évacuer la barbe de son visage, les Burke-Lee et Coyle-Finn ont fait amende honorable lorsque Cap et Miss Coolie furent molestés.
Rollo modeste.


James Joyce – Finnegans Wake - 1939
traduction Philippe Lavergne – 1982
folio / Gallimard - 1997




nature morte #54 - Andy Goldsworthy / Arno Schmidt


Nous sommes aujourd'hui le Dimanche 8 Clinamen 142
LA MACHINE À PEINDRE - fête suprême seconde



Andy Goldsworthy - Rain Shadow


dimanche 8 Clinamen 142 

aussitôt nous fûmes encerclés par des noirs (ou des bleus ?)
qui nous opposèrent des mots sangsues et des serpents caoutchouc.*

bonjour, 

* Arno Schmidt - Le cœur de pierre
traduction Claude Riehl





tissé-croisé par la pluie - Arno Schmidt


Arno Schmidt



Dans notre goutte d'eau : un cône métallique bleu vint à ma rencontre ; dans l’œuf de visée 2 obtus noyaux oculaires.

Ensuite un jaune paille : sous la membrane trouble du plasma on divisait de larges cellules, des tentacules pendaient ; ça avait en haut une tête ciliée-ligaturée, teinte Romanoffski ; et passa à côté de moi avec un tic-tac mouillé. Des Volkswagen rotiféraient. Pas loin derrière sur la place dérivait aussi la méduse-pébroc. (Assez, maintenant!).

Nous nous affairions ainsi dans l'azote avec des gestes anaérobies (il y en eut un à l'instant même qui confirma solennellement avec un beau long signe des bras), nous, sur le fond de notre étang d'air, et les arbres oscillaient aquaplantiques. Ma chaussure gauche me regardait froidement avec sa rangée d'œillets.

(L'intelligence paralyse, affaiblit, entrave ? : vous allez être surpris ! : elle rend vif comme un terrier!!).

: « Comptez ! » : (arbres ruisselants aux bras croisés stoïquement) ; mais alors, au dit commandement du vent, ils jetèrent leurs têtes les unes contre les autres ; sur tout le long de la grande route.

La rue faisait des glissades devant moi. Un cheval éploré me regarda à travers des lentilles. Puis je fus contraint de prendre à droite ; comme l'avaient voulu les anciens maçons, dans leur canal de pierre. (La pluie percuta plus doucement mon toit crânien ; le bloodstream golfait ; autour de moi des membres pendaient, se tenaient debout : lorsqu'on “voulait”, un pouce bougeait).

Dans le bourg : colombage noir et rouge ; (à présent soyons systématique : moi, tissé-croisé par la pluie) ; avec des toits doucement effervescents : à certains étaient suspendus des serpents de tôle, courbaient péniblement la gueule et vomissaient, par à-coups, sans répit.

Souvenirs de la poignée de port d'un magasin”. (Il y a bien une “Autobiography of a Pocket-Handkerchief” ; pas assez bon, malheureusement).

Un visage en pelures de patates : sa branche grise rameuse s'empara d'une boîte de lait ; l'orifice-bouche souffla 4 plaquettes de syllabes noires : ”” ; (alors payons ; sur la peau-rouge rongée du comptoir). «  Ohff : zâbitt au bougrue ! » (la localité est donc partagée en un “bout grue” et un “bout huppé” ; intéressant au fond ; la voix mécheuse aussi ; mais c'est pas ainsi qu'on trouvera.  : les coiffeurs ? les aubergistes ?? )





Arno Schmidt – Das steinerne Herz – 1956
traduction Claude Riehl – Le cœur de pierre
Tristram - 2002




Tout le monde peut pas s'appeler Schmidt - Arno Schmidt




Derrière la clôture haute de 6 pieds – du grillage de fil de fer surmonté d'une double rangée de barbelés ; (et puis encore des buissons de thuyas laissés à l'abandon : typique : surtout pas de co-opération !) – était 1 homme tenant à la main un mince tuyau d'arrosage en plastique d'un rouge hideux, debout sur un gazon clairsemé, tondu à la va-vite, (parlez-moi de notre HAMTON-COURT, oui!), et qui aspergeait une rangée de thuyas fraîchement plantés. (Des “occidentalis” cette fois ? Je n'en mettrais pas ma main au feu.) Je me tins d'abord exprès derrière un sapin ; et lui, bien qu'il eût dû entendre l'auto, ne se retournait pas.
(Et attendre. J'étais résolu à faire preuve d'une patience de fer.) –
–. – – / – – –. – – – / . –. – :
: Il régla l'embout ; (on l'entendit à l'eau sifflant différemment). / « Le truc le plus cinglé depuis que Noé fut dans la marine – », l'entendis-je grogner ; (pour les blasphèmes on m'avait prévenu, n'est-ce pas.). / Il souffrait incontestablement de ballonnements ; (à moins que cela ne fût une méchante marque de mépris, mais ce n'est pas ici le lieu d'en décider – la question est si problématique que même moi, aussi souvent que j'y repense, je fluctue dans mon opinion. / Il pencha la tête sur l'épaule et sembla écouter l'écho de ce son méphitique –) :
« Tout le plat pays ronfle – » essaya-t-il sans desserrer les dents. Et pause. Et l'eau qui susurrait. / Puis, quand tomba 1 lointain cri d'oiseau, – : « Lorsque le chant était encore 1 murmure, le coucou s 'appelait Caruso. » (Jolie maxime ! Mais je dois donner un compte-rendu, cantonnons-nous dans ce rôle. Il me parut qu'il était temps de se montrer.) –
– : « Dr Mac Intosh. » –
(Il avait effectivement tressailli un peu : se peut-il tout de même qu'il n'ait pas fait la relation entre notre auto et sa personne?). Me toisa, grognon & sournois ; (et autre chose encore vitrait son regard ; on saura quoi dans un instant). Il réfléchit. Puis il dit, aussi lourdaud qu'impertinent (ce fut là ce mixte qui caractérisa tout notre entretien : comme de temps en temps ce faisait jour dans son regard terne l'expression d'une ruse foudroyante!) –. «  C'est vrai. Tout le monde peut pas s'appeler Schmidt. » Il arrosait ; et détournait ce faisant son regard ostensiblement, comme s'il espérait qu'à présent je m'en irais. Tira aussi le tuyau avec des privautés franchement hunniques un bout plus loin à travers son selfmadeworld. (Et le feuillage aspergé bruissait comme les pages d'un mauvais petit roman expérimental !).


Arno Schmidt - Dr Mac Intosh : Piporakemes !
in Kühe in Halbtrauer - 1964
Vaches en demi-deuil - traduction Claude Riehl
Tristram - 2000





Le journal de Kafka - Laurent Margantin


au format epub ou pdf par ici


Premier cahier (1910-11), 172 pages avec deux dessins de l’auteur, 
nouvelle traduction et présentation de Laurent Margantin, 
en accès libre dans la webliothèque d’Oeuvres ouvertes.
 
 
 
 
 

À l'abri sûr des blindés - Arno Schmidt



Photo Arno Schmidt




Retranscription - extraits de la vidéo Arno Schmidt, le cœur dans la tête
 
Premièrement l'endroit. Bargfeld est situé à 20 kilomètres au nord-est de Zehle. 350 habitants, quelques 45 maisons. La route se termine dans la localité même, donc pas de circulation de transit. Un calme absolu garanti, d'ailleurs vérifié par 2 nuitées. Pas d'église. L'école est à l'autre extrémité de l'endroit. Donc cette source phonique est également en quantité négligeable. Les maisons entourent la place du village plantée d'un carré de chênes. C'est la City, avec l'auberge, la pompe à incendie et le flic du coin.

Au nord-est, s'étend la lande sauvage. C'est-à-dire une lande où le randonneur peut s'enliser imperceptiblement dans les marécages, à l'abri sûr des blindés. Dans cette direction, on peut parcourir 50 kilomètres sans apercevoir une seule maison. 
Lune, brume & pluie de premières qualités. 
Quant à l'eau du robinet, impossible, même avec la plus mauvaise volonté, de déceler le moindre arrière-goût de purin.



Arno Schmidt
Version française Laurent Szabo & Nicole Taubes