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Occupé !





Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag IIB, mon retour en France – Casterman 2014

Ulysse – James Joyce – Traduction sous la direction de Jacques Aubert – Jacques Aubert, Michel Cusin, Pascal Bataillard, Patrick Drevet, Bernard Hœpffner, Tiphaine Samoyault, Sylvie Doizelet, Auguste Morel, Stuart Gilbert, Valery Larbaud – Gallimard 2004

Hiver sur les continents cernés – F.J. Ossang Archives Ossang, Volume 1, Revue - Cée 1977-1979 - éditions le Feu sacré

Journal du Blosne – Lucien Suel – Éditions Apogée – 2010

L'enregistré performances / improvisations / lectures – Christophe Tarkos – P.O.L – 2014

SchwarzWeißAufnahme – Fotografien von Arno un Alice Schmidt aus drei Jahrzehnten – Arno Schmidt Stiftung - 2009










Le bloc de la maladie - Christophe Tarkos




Le bloc de la maladie, le bloc sur lequel se penche la médecine, la maladie que la médecine soigne, les soins que donne la médecine sur la maladie sur le bloc sur lequel se penche la médecine, le bloc changeant qui est malade, le bloc malade, le bloc de la maladie que la médecine peut soigner ou ne peut pas soigner, le bloc que la médecine traite, traite en y jetant ses soins, ses soins qui soignent, qui soignent dans le bloc malade au hasard, qui soigne ou ne soigne pas les maladies en y jetant tous ses soins, tous ses soins envoyés dans le bloc de la maladie, soigne par hasard des maladies, ne soigne pas par hasard d’autres maladies, soigne n’importe quoi dans le bloc qui est malade, soigne comme il peut, jette tout ce qu’il peut dans la bataille, certaines maladies sont soignées, d’autres maladies ne sont pas soignées, l’acné n’est pas soigné, le bloc de la maladie, le bloc sur lequel se penche la médecine est malade, est le bloc qui est malade, qui produit des maladies, qui est dessous, qui n’est pas touché par les médicaments, qui n’est pas soigné par les soins, qui n’est pas touché par la médecine, le bloc produit des boutons d’acné, le bloc hormonal jeune produit des boutons insoignables, le bloc est insoignable, le bloc des maladies est profond.


Christophe Tarkos - Anachronisme


Le train de Tarkos





30/03-30 [tr...trr...trrr...trrrr....trrrrr.....] petit train sur petit chemin carrossable  Tarkos/Suel







40ème jour du Calendrier Armée Noire :



19 : 19 - dernière minute, selon une dépêche de l' ARP :
pour un oui, il y a des milliards de non, des milliards de non qu'on dit, on les dit des milliards de fois, on dit jamais oui à côté, on est à côté du oui, on le voit pas à cause des milliards de non qu'on dit, on dit des milliards de fois non pour noyer le oui, le oui est tout petit dans l'espace des non, les non remplissent l'espace de la bouche alors que la bouche attend le oui, la bouche attend qu'on lui dise oui, qu'on dise oui au oui des milliards de fois.
Charles Pennequin
OUI !


Oui est sur le bureau d'Al Dante maintenant pour se faire sortir ainsi que le Train est sur le bureau de Pol pour se faire ressortir 

Quand j'ai fait Morceaux choisis est un vrac, est un sacré vrac, ainsi que oui, j'étais à
Marseille quai de la Joliette j'allais chez Cauwet rue Thiers je me demande si ce n'étais pas le

mois d'août

Je ne voulais pas le faire, j'ai pris ce dont je ne voulais plus

Je ne voulais que de la typographie
Le Train je ne sais plus, cela a duré longtemps, cela n'a pas duré très longtemps avant que Suel le prenne pour son édition Suel, il faudrait voir les carnets où il y a du Train

Christophe Tarkos - In Poé/tri - pp. 140-143
Editions Autrement Littératures


MARSEILLE, 7 MAI 1996, Tarkos m’écrit que sur le caractère et sur le format et sur la noirceur du caractère, sur l’interlignage, sur le blanc entre les titres et les textes, il ne s’immiscera pas et qu’il ne comprend toujours pas pourquoi dans notre discrétion, ce train reçu en paquet lui a fait le plus grand bien. - Lucien Suel

Aujourd'hui, Lucien Suel publie le 23ème wagon du Train de Christophe Tarkos

 

Le Train de Tarkos - Silo



 
Je n'ai pas entendu, aurais-je entendu je n'aurais pas pu faire celui qui n'entend pas, et j'aurais bien évidemment réagi immédiatement, mais je n'ai pas entendu. Je n'ai pas médusé, je ne reste pas là à me méduser, je ne méduse. Ce n'est pas de l'anémie. Je ne crois pas que ce soit de l'anémie. Je ne nie pas. Je n'ai pas de bouquet d'aménités et d'anémones à l'encontre de mes avis, de mon opinion, de ma vie, de mon songe, du monde. Je ne méduse, je ne mens, je ne nie, je ne noie. J'ai pas de l'anémie. Je n'ai pas emmagasiné d'anémie. Je ne m'arrête pas une minute, je chemine à tout moment, je ne m'arrête pas une minute ou deux, je ne vais pas ralentissant.

Le long petit train rouge marche. Il est en marche

Je vais m'être agréable. Je vais être aimable pendant ce moment avec moi. Je ne vois pas pourquoi je ne me serais pas agréable ni aimable, je ne veux pas m'ennuyer, je ne veux me navrer et me plaindre envers moi de je ne sais quoi. Je vais m'attendrir amplement, je m'attendrirai largement et amplement. Je ne m'en veux pas, de quoi m'en voudrais-jea?
 
 
 
Que de mets exquis ici. A conserver dans le compartiment du bas de votre réfrigérateur avec les légumes frais.

Le Train (20) - Christophe Tarkos



Uyuni



Et les crochets qui accrochent les wagons, derrière, qui n'ont pas de wagons à accrocher

Je ne m'annelle, je ne m'entourne pas, je ne suis pas mieux, je n'ai pas l'intention d'être mieux, je ne me masse, je ne m'embrouille, je ne mélange pas les matières des compartiments, les moquettes, les recouvrements des coffrets, des tablettes, des appuis-tête, des plafonds, des plafonniers, je vais bien, je n'irai pas mieux, je ne vais pas m'anneler, je ne m'annelle pas, je ne vois pas pourquoi je m'annellerais.

Une cascade de trains

Je ne suis pas idiot, je ne suis pas agneau, je ne suis pas agnelle, je ne suis pas agneline, je ne suis pas boudine, je ne suis pas bouclette, je ne suis pas dodine, je ne me résigne pas, je ne suis pas résigné, je ne me résignerai pas, je ne vois pas de quoi je me résignerai, à quoi ne me résignerai-je pas, je ne sais pas ce qui veut me résigner, je ne suis pas un résigné, je ne me résigne pas: je glane, je n'attends pas, j'attends, je fais dodine, j'attends, je glane, j'émane, je pousse dans mon domaine, je ne veux mentir, mais je ne veux me résigner. Je ne fais pas des mouvements au gré des mouvements du vent.
 
Chiné au grenier

Fesses - Christophe Tarkos




Datation des textes - Christophe Tarkos



Direct from ici


Les textes datent
Je sais que Toto a été écrit en une nuit à Cavalière
Que signe = a été écrit en novembre 1998 sauf le port qui était dans Poézi
Prolétèr 1 qui a été écrit à Gap
Le Kilo entièrement écrit chez Pierre Tilman
Ainsi que le début des Ronds qui se sont poursuivis quand j'écrivais à François Dominique
qu'ils étaient en train de proliférer
Tout a commencé à Sainte-Anne
Lorsque j'ai eu une permission de sortie j'ai écrit sans rire à Petite Synthe puis Processe à
Anthony puis les Carrés rue de la Glacière
C'est de là que j'ai fait mon premier envoi puis j'ai eu une réponse de Alferi, Blaine, Deluy
Puis j'étais à Marseille place de Lenche et tous les soirs, j'allais place Etienne d'Orves
écrire l'Oiseau vole en terrasse donc ce n'était pas l'hiver
Les Nuages ont fait l'objet d'une lecture au théâtre de la Bastille puis à Malmö, les arbres
dans les Nuages ont été écrits avant que je donne le texte Je ne fais rien qui est devenu
la Cage, donc en novembre, décembre probablement mais il y a dedans de l'hiver mais
aussi du printemps
Le Baton en soie, je l'avais pour une lecture galerie J.F. Meyer
Donc il était fait à cette date, il a été écrit 13 rue de l'Espérance sur une longue période
Le premier livre est dans l'ordre des décisions celui de Electre, puis celui de Moulinier les Contemporains Favoris, puis le premier dans l'ordre des parutions, Processe est arrivé
trois ans après la décision, la décision est venue j'étais au 13 rue de l'Espérance autour du
moment où j'étais chez Tilman pour l'après-midi puisque je lui ai dit je pense qu'il se fera
un jour, mais je l'avais amené chez Pol quand j'étais rue de la Tombe-Issoire d'où est parti
RR
Il ne faut pas oublier qu'il m'en a fait couper la moitié
Que Tilman n'a pas tenu compte du fait que toutes les pages de l'Oiseau vole ont la même taille
Que Electre n'a pas accepté mes corrections pour Ma langue est poétique
Oui est sur le bureau d'Al Dante maintenant pour se faire sortir ainsi que le Train est sur le bureau de Pol pour se faire ressortir
Quand j'ai fait Morceaux choisis est un vrac, est un sacré vrac, ainsi que oui, j'étais à
Marseille quai de la Joliette j'allais chez Cauwet rue Thiers je me demande si ce n'étais pas le
mois d'août
Je ne voulais pas le faire, j'ai pris ce dont je ne voulais plus
Je ne voulais que de la typographie
Le Train je ne sais plus, cela a duré longtemps, cela n'a pas duré très longtemps avant que Suel le prenne pour son édition Suel, il faudrait voir les carnets où il y a du Train
Pour Sapriphage j'ai pris des photocopies au hasard dans les tas de photocopies, 10
Il y a en ce moment de prévu de en train de décidé Expressif, Calligrammes de Caen, trilogie donne calligrammes carrés dont le titre global est ma langue est poétique, le kilo, Pan qui est
Pan et gne et dans l'air sans décisions Anachronismes qui vole de l'un à l'autre
Ma dernière production est 5 tee shirts
Heureusement qu'il y a la distance - manuscrit
Poème du poney - tapé
Puis la semaine dernière, non quand je suis allé à Rodez-Cazère je l'ai donné à Marie Sol,
c'est le poème des coquillages, la vie est belle
Dans les vracs, il est difficile de s'y retrouver
Les cases du Damier devenu Caisses sont à Marseille cours Gambetta en été, enceinte
Le Nez est très vieux, très très vieux
Est-ce que Caisses est un vrac, je ne sais pas, c'est pendant une période qui va de l'été où j'étais à la Verrière où je l'ai fini, conclu, embrassé, débrouillé
Je ne connais que les saisons et les décisions des revues, mais de prendre quoi un texte
vieux de plusieurs années
La Fermeture date de la Glacière
Le Chapeau date de quai de la Joliette
A St Goussaud je préparais Anachronisme et je commençais Shoa qui  a commencé
quelques jours plus tôt
A quelle date datent les poèmes pour Yonet, quand il me les a demandés, il me
téléphonait je les écrivais dans les minutes qui suivaient, mais quand, en ce moment il a
choisi dit oui et c'est en partance c'est récent dans l'année
Difficile de trouver une trace pour tout ce qui est dans le vrac de Pan
Manger a été publié dans TTC peu de temps après son écriture
j'étais rue de l'Espérance
Je me souviens des racines, Processe, Carrés, la Fermeture


In Poé/tri - pp. 140-143 - Editions Autrement Littératures

Tue-moi tue-moi - Christophe Tarkos




Tue-moi tue-moi ne me laisse pas crever de rien ne me laisse pas mourir sans que personne ne me touche par simple flocalisation ne me laisse pas finir à cause de rien je ne suis pas rien je mérite que tu me tues que tu me poignardes dans le dos que tu m'étrangles que tu m'assassines mais pas de mourir comme ça avec rien dans le dos avec rien en plus avec rien qui m'arrête dans mon élan et ma force je ne veux pas m'arrêter pour rien tue-moi je veux que tu me tues que tu m'assassines je n'ai aucun pouvoir sur ma mort je ne veux pas mourir par mourrissement je suis de la valeur à tuer je suis un élan qui ne s'arrête pas qui ne s'arrêtera pas si tu ne me tues pas dans mon élan mon combat est digne d'un assassinat je suis un combattant tue-moi que je puisse me défendre et te regarder dans les yeux te voir toi le garçon qui va avoir le dessus je me défendrai je perdrai je serai tué par toi qui vas me tuer pour ta raison parce que je suis un vaillant combattant dans son élan en trop tue-moi dans mon élan j'ai l'espoir d'être en trop qu'il faille me descendre me tuer assassine-moi dans le dos avant que rien ni personne ne me tue avant de me voir mourir par dessèchement de laissé toujours vivant pour rien enlève-moi ma vie que j'aime d'homme vaillant ne me laisse pas me dessécher abandonné comme si j'étais rien à ce point qu'aucun assassinat ne m'assassine qu'aucune personne ne m'étrangle qu'aucun garçon ne me poignarde pendant ma combattante vaillance je ne veux pas que ce soit rien je serai mort je mourrai sans raisons je mourrai par le vide.

Caisses éd. P.O.L. 1998

Le bras mordu - Christophe Tarkos




L'homme mord le bras jusqu'au dur, tient ses mâchoires fermées et bat l'air de ses pieds, ses pieds chassent les mouches et ramène son ventre au-dessus de son visage, couvre son visage et sa tête de la peau de son ventre, s'ouvre le ventre, se bouche les oreilles, après la peau de son bras, l'os de son bras plus dur que ses mâchoires, la femme mord ses oreilles, les oreilles ne tiennent pas, mâche les oreilles, lèche les oreilles, mord son nez, le nez ne tient pas, mâche son nez, lèche son nez, mord sa main, la main craque et tient, sous la peau de la main sont les petits os de la main plus durs que la mâchoire, ouvre son ventre, couvre ses jambes de la peau de son ventre, il entre ses doigts dans son oreille, cherche dans son oreille avec ses doigts, il entre ses doigts dans son nez, cherche dans son nez avec sa main, le nez ne tient pas, cherche dans le trou de son nez dans son visage avec ses mains, elle déplie ses orteils, elle prend sa tête dans ses orteils dépliés, couvre son visage, entoure sa tête et la presse de ses orteils, elle s'arrache les cheveux, elle brûle ses cheveux, elle tire ses couilles à elle, il ne regarde pas, elle n'entend pas, il se bouche les oreilles, il frappe de son poing sur sa tempe, il cogne contre le dur de sa tête, elle arrache ses cheveux, elle serre sa nuque, elle se couche de tout son long sur son dos, elle écrase ses vertèbres, il nage dans son sang, il bourre son trou, elle prend sa tête avec deux doigts par les deux yeux, elle balance sa tête, il se tient à ses bras, il la prend par derrière, elle frappe avec la tête, il a aggrippé la peau de son visage, elle laisse la peau de son visage partir, elle entre son pied dans son trou et écrase ses vertèbres, elle prend deux morceaux de chair, il prend ses chevilles et les étrangle, elle étouffe, il crie, elle n'entend pas, elle le frappe dans le dos, il mord dans le mou dans la confusion, il frappe son dos avec le poing, elle recrache son sexe et passe à travers ses jambes retenir ses mains, il enfonce ses coudes dans son ventre, il enfonce sa langue dans la plaie des oreilles et son sexe rougi entre les orteils, elle lape elle entortille ses orteils avec sa langue de trois tours dans les doigts de pieds, serre, coulisse, et arrache les doigts et aspire, lui, il aspire tout l'intérieur du ventre, il a la bouche rougie, elle lèche le tour rougi de sa bouche et mordille les lèvres, pour ne détacher que les lèvres de la bouche comme une feuille d'artichaut, elle bafouille, cela fait déjà un moment que son genou lourd martèle son visage et fait éclater ses dents, il mord, ils bafouillent.

Manifeste chou - Christophe Tarkos

Gravure Charles Pennequin



Ça ne peut plus durer comme ça. Il y a quelque chose qui ne va pas. Dans l’utilisation faite du mot poésie, dans l’utilisation qui est faite du mot. Ce n’est pas possible. Il faut faire quelque chose. On se retrouve dans n’importe quoi, la divagation, on sait plus où on met les pieds, il y a tout et rien, personne ne sait plus ce qu’il fait, ça ne veut plus r i en di r e . La pens é e c r é at r i c e , l a be aut é ve rba l e sont réduites à des frivolités municipales, à des claquements de mains, s’engluent dans la bande sonore du championnat américain de basket, dans le chuchotement de phonèmes murmurés, ça tourne, ça peut tourner longtemps, occupe, occupe le terrain, lissé, bruisse, chauffe.
C’est chou, chouchou, un chou, deux choux, trois choux, chou hou hou, ou chou, x, ou gros chou, ou petit chou, mon petit chou, mon grand chou, grand-maman chouchou, chouchoune, ouch, ouch, ouch, ou chchchchchchchchch ou pchchch…, chuuu… uut, Tchou !, tchou-tchou-tchou, chou, c-h-o-u, ou le grand C.H.O.U., le c, h, o, u, x, Ahgrrchchouououou…, hou…, il était une fois une fille chou qui était très-chou, suçait, les feuilles de chou, les bouts de chou, les têtesde chou, rentre dans le chou, plante tes choux, échoue à ramer des choux, ou chou pour chou, où chou est tête et cul, est chèvre et chou, mâche, se rachète en chou vert, chou rouge, chou frisé, chou blanc. Cela ne peut plus durer. Cela part dans tous les sens, les poètes créent sans se soucier des lois des phores. On ne sait plus ce qu’on dit. Les établissements ont leurs poètes, qui écrivent des poèmes qui n’ont plus de noms, qui jouent sans peine, et trouvent par-ci par-là, comme par hasard, de quoi poursuivre, c’est un miracle, dans tous les sens, ils trouvent de quoi vivre, des raisons, ils n’arrêtent pas. Ça continue. Ça va continuer, ce n’est pas impossible. Il y a quelque chose qui va, qui va et qui va et qui dure et qui dure. Quelque chose n’arrête pas de continuer, qui va aller encore et qui dure. Quelque chose qui peut continuer comme ça. Qui ne veut pas s’arrêter et qui va durer je ne sais pas combien de temps, qui va continuer à tourner, comme si de rien n’était, que rien n’arrête, qui prend de la place, embarrassant la place de bruits, de sons de dire, de tours de main. Il y a quelque chose qui prend de la place, qui va dans tous les sens et qui peut durer encore longtemps. Cela ne veut pas s’arrêter. Cela cont inue . C’ e s t inc royabl e . Ça va dur e r. Ça peut dur e r encor ecomme ça. 

Le bâton - Christophe Tarkos




le bâton a un bout
un bâton tient au bout
le bâton est tenu par un bout de bâton
le bout tient tout
après le bout cesse de tenir
le bâton est à l’extrémité
l’extrémité du bout du bâton frôle le vide en permanence
le bâton tient à un bout
le bout lâche le bâton
le bout lâche le bâton là où le bâton s’arrête
un bâton ne va pas plus loin que le bout
le bâton va s’arrêter
un bâton passe vite
le bâton est un point central
un bâton est le point central
au centre du vide est donné un bâton horizontal
le bâton le seul à tenir dans le vide
le bâton est arrêté
par deux fois le bâton s’arrête
le bâton s’y prend à deux fois pour tenir
les deux bouts tiennent serrés
la brièveté du bâton a été arrêtée une seule fois
les prises des deux bouts sur le bâton sont serrées
d’abord un bâton s’arrête puis il fait le bâton
le bâton ne pousse plus en cela il est un bâton
un bâton s’installe au milieu du bâton
un bâton s’arrête net

Les noms - Christophe Tarkos

Les noms sont hantants, me hantent. Ils sont utilisés, ils n’entrent dans aucune généralité, ils ne servent pas une cause, ils ne veulent pas se plier à une règle simple, générale, commune, ils ne veulent pas se décomposer et s’allonger s’assouplir et se modifier et tourner et faire en sorte qu’ils servent à plusieurs occasions différentes et variées. Je dois ranger tous ces noms qui me hantent. Je ne sais pas à quoi ils servent, je m’en sers, ils sortent instinctivement sans avertir, ils proviennent d’un fond où ils ne trouvent pas le sommeil, où ils continuent à bouger, à tourner en essayant de s’agglomérer à des termes usuels, utilisables, à des phrases, à des morceaux de phrases, ils ne veulent pas rester seuls en eux-mêmes, dépourvus de toute attache, il faudrait que je les attache, qu’ils ne viennent plus d’eux-mêmes se glisser dans les phrases au beau milieu des phrases que je suis en train de prononcer mêlés à des mots normaux, bien glissés, bien à l’intérieur des mots normaux comme s’ils venaient de la même profondeur, je ne peux pas faire une phrase sans que ces noms indéclinés viennent se glisser comme si de rien n’était, dans le flot continu des paroles, comme s’ils avaient le droit de venir dans ma bouche comme tous les autres mots qui en ont le droit parce qu’ils sont mots communs, mots de tout le monde, mots qui se découvrent, qui n’existent pas, qui se changent, qui e déclinent. Je ne veux pas les enregistrer là où tous les mots qui n’existent pas sont enregistrés, je ne veux pas qu’ils aient une puissance autre, un effet serein, une certitude, comme si tout ce que je disais ne servait qu’à mettre en relief des noms.

Anachronismes, P.O.L., 2001.

La poésie est la pensée humaine - Christophe Tarkos

La poésie est la pensée humaine.

Le poète est intelligent. Il prépare la pensée difficile.
La pensée est engoncée, dure et pâteuse, le poète la masse, l’amollit, la réchauffe. Il entraîne l’intelligence à sortir de son engourdissement, il entraîne sa tête, les membres de sa cervelle, sa nuque et ses dix doigts à sortir. Il veut se désincruster. Il décortique la bouche et rogne le bras droit de son maître. Il s’entraîne à bouger la tête à l’intérieur de la pensée.

Le poète prépare sa pensée.

L’intelligence ne sort pas d’elle-même. Il masse le crâne, il entraîne sa vision de voir au-delà de ce qui, tari, se colle, séché, dans les plis de la pensée, il déchire son ventre. Il ne se lance pas sans préparation, le poète est intelligent, le poète va entrer dans la pensée difficile. Le poète, mouvant, se déplace dans l’espace, il s’entraîne d’être, pensant, il se pare à translater les images.

Le poète se prépare pour penser.

Il se laisse tomber dans les escaliers, il laisser tomber un filet de sable, un filet de riz fin, un filet de poudre de biscottes écrasées à la masse, il tombe de haut, il laisse échappe les kilos des sacs, il tombe des chaises, tombe des tables, tombe des arbres, il s’abandonne à tomber. La poésie est l’intelligence même, en train de naître.

Le poète crie

Termes Notion-Nappes - Christophe Tarkos




Le dernier texte adressé par Christophe Tarkos à la revue "Le Jardin Ouvrier" (paru dans le numéro 24)


28 septembre 2004


Merci à  http://remue.net/

Je soulève le couvercle de la théière (...) - Christophe Tarkos





Je soulève le couvercle de la théière. La théière est en fer peint de fleurs sur un fond blanc. La théière est en fer-blanc, a la forme d'une cafetière. Je soulève le couvercle de fer-blanc de la théière, je le pose à ses côtés sur la table en bois. Je prends la bouilloire et je verse l'eau bouillante de la bouilloire dans théière en fer ouverte. J'enlève le couvercle, je pose le couvercle, je verse l'eau, je prends le couvercle, je repose le couvercle sur la théière en fer. Je referme la théière en fer qui fume. La théière de thé tiède est pleine d'eau chaude. Le thé dans la tasse blanche a le goût du thé couleur thé. Eclaircie par la tache blanche, la vapeur d'eau et l'eau chaude versée dans la tasse blanche aux bords chauds.Une goutte de thé versée goutte sur le bec de la théière qui verse le thé dans la tasse et glisse sous la gouttière courbée de la théière puis le long de la courbe de la théière de terre et tache la table. Je prends la tasse. Je bois une gorgée de thé chaud. Le thé fait mal au coeur. Je bois une gorgée, je repose la tasse. J'oublie la tasse de thé. J'ai mal au coeur. J'ai soif, je prends la tasse, je bois une gorgée. Je repose la tasse. Le mal au coeur s'adoucit. J'oublie la tasse. Je bois une gorgée de thé, le thé est froid.

In Caisses, P.O.L. 1998

Ouvrier vivant (...) - Christophe Tarkos





Ouvrier vivant Tu es mort, non, je suis vivant, tu n’es pas né, je suis né, tu es mort et absent, non je suis là et vivant, tu n’existes pas, j’existe, tu n’es pas là, je suis là, tu ne travailles pas, je travaille, tu ne lèves pas les poutres, je lève les poutres, tu ne dors pas, je dors, tu ne manges pas, je mange, je te ferai disparaître, je ne peux pas disparaître, tu n’as jamais été là, j’étais là, tu ne marchais pas, j’allais au chantier tous les matins, tu t’en vas, je ne m’en vais pas, tu es mort, je suis vivant, tu es vieux, je suis jeune, tu es vieux et triste, je suis jeune et joyeux, tu ne vas pas au travail, je vais au travail, il n’y a plus de travail, il y a encore du travail, il n’y a plus d’espoir, je suis l’espoir, il n’y a plus de force, j’ai des forces, il n’y a plus de volonté, j’ai de la volonté, tu partiras, je resterai, tu n’as plus le droit de marcher, je marche, tu n’as plus le droit de parler, je parle, tu n’as pas le droit de chanter, je chante, tu n’as plus le droit de lever les yeux, je lève les yeux et je regarde, tu as traversé la rue en dehors du passage pour piétons, je n’ai pas traversé la rue, je suis resté sur le même trottoir pendant toute la durée de mon chemin, je n’ai pas traversé, tu ne chemineras plus, je cheminerai, tu ne sais pas, je sais.Je suis la vie, je suis la vitalité, la vie vivante, l’énergie nouvelle, la nouveauté, le sang frais, la jeunesse du pays, la force vitale, la jeunesse au travail, l’espoir au travail, le chantier ouvert, l’ouverture vers l’avenir, la force vive, l’énergie fraîche, le métal souple, l’animal vivant, le nouveau civilisé, le corps à l’oeuvre, le nouveau départ, le travail de la naissance, la souplesse tendue, la force du travail, les rires, les rires des vies, la prouesse, la construction, l’élan vers l’avant, les combattants, le courage, les oeuvres ouvertes, les nouveaux hommes à venir, la montée en vigueur, la poussée, la production, le germe du monde à venir. Le droit ne couvre pas le monde, le monde déborde de ce que le droit en jeu joue, est un peu plus grand, passe par les trous du droit, le droit joue, articule, sait articuler, articule jusqu’à l’absurde, le droit n’est pas clair avec le droit, le droit trouve des règles introuvables, contradictoires, des règles pour ne pas pouvoir répondre aux règles, des règles pour se retrouver devant une impasse et ne pas pouvoir passer, dans les trous du droit la légère poussée des voies de fait, des faits, des c’est fait pour pousser à la faute, le droit à des trous qui ne voient pas l’homme vivant, le droit oublie, le droit ne voit pas, le droit apporte des collections de papiers, de papiers couverts de signes, signatures, marques de tampons, le droit est bizarre, et pervers, et mensonger, les institutions des administrations n’appliquent pas le droit, ne veulent pas appliquer le droit, inventent le droit par les faits. J’amène mes fiches de paye, j’amène ma déclaration d’impôt, j’amène mon courrier et mes quittances de loyer, j’amène le papier qui prouve que j’ai été détenu, j’amène le visa de six mois, j’amène mon passeport, j’amène mon acte de naissance, j’amène la convocation, j’amène la facture de téléphone et la facture de l’électricité, j’amène quatre photos d’identité, j’amène la preuve d’un dépôt de dossier auprès de l’office français de protection des réfugiés et apatrides, j’amène trois relevés de notes de mes études anciennes, j’amène un certificat médico-légal de l’hôpital de Lyon, j’amène la décision de rejet de l’OFPRA, j’amène un certificat de mariage, j’amène une attestation d’hébergement, j’amène les enveloppes du courrier que j’ai reçu à mon domicile depuis des années.Je dois faire la preuve que je suis là pour démontrer que je suis un clandestin, je suis un homme caché qui doit montrer tous les papiers du travail non caché fait depuis des années pour rester caché, je montre que je n’étais pas là pendant tout le temps où je payais mes impôts ici en travaillant ici, je dois démontrer que j’ai été détenu pendant deux ans dans un pénitencier secret, je dois montrer que je n’étais pas là mais que je payais mes impôts, je ne dois pas ne pas être là, je dois montrer que je suis là parce que je ne dois pas être là, je dois me montrer pour prouver que je suis un véritable clandestin irrégulier, je dois me montrer sûr de mon dossier de preuves qui prouvent que je suis un véritable clandestin, un travailleur qui est bien resté longtemps caché dans le pays, qui n’en sort pas, qui n’en ai jamais sorti, qui y était très bien caché, je ne dois pas être là mais il me faut ne pas avoir été là pendant plus de dix ans et prouver que j’étais bien l’ouvrier qui n’existait pas pendant dix ans, je suis l’interdit, il m’est interdit d’être là, je suis le dissimulé qui réclame d’être vu, je suis un clandestin inexistant ayant payé ses impôts pour son travail clandestin, je suis le caché prouvé, que je prouve que j’étais bien caché pendant dix ans, que pendant dix ans on ne me trouvait pas et que je travaillais légalement, je dois prouver que je suis un des meilleurs clandestin, un des meilleurs homme caché, montrer combien je me cachais bien et que je travaillais visiblement, légalement, honnêtement, prouver combien il est difficile de se cacher tout en travaillant légalement, je dois faire preuve d’un don de dissimulation de clandestin inscrit auprès des services fiscaux, je dois prouver et démontrer que je suis bien entré dans le pays par une voie irrégulière de façon clandestine par des chemins détournés, que j’y suis resté de façon irrégulière longtemps, je dois prouver que je suis vivant.Les vivants gagneront sur les morts.Les ouvriers vivants grandiront la mort.