Retranscription - extraits de la vidéo Arno Schmidt, le cœur dans la tête Premièrement l'endroit. Bargfeld est
situé à 20 kilomètres au nord-est de Zehle. 350 habitants,
quelques 45 maisons. La route se termine dans la localité même,
donc pas de circulation de transit. Un calme absolu garanti,
d'ailleurs vérifié par 2 nuitées. Pas d'église. L'école est à
l'autre extrémité de l'endroit. Donc cette source phonique est
également en quantité négligeable. Les maisons entourent la place
du village plantée d'un carré de chênes. C'est la City, avec
l'auberge, la pompe à incendie et le flic du coin.
Au nord-est, s'étend la lande sauvage.
C'est-à-dire une lande où le randonneur peut s'enliser
imperceptiblement dans les marécages, à l'abri sûr des blindés.
Dans cette direction, on peut parcourir 50 kilomètres sans
apercevoir une seule maison.
Lune, brume & pluie de premières
qualités.
Quant à l'eau du robinet, impossible, même avec la plus
mauvaise volonté, de déceler le moindre arrière-goût de purin.
Arno Schmidt Version française Laurent Szabo & Nicole Taubes
Le cœur dans la tête Film de Oliver Schwelm. Musique de Pascal Holtzer. Version française Laurent Szabo & Nicole Taubes.
Emission TV « Titel, Thesen,
Temperamente » - 1973
Comptant sur la chance, nous nous
sommes postés devant
cette maison. Pour ce qui est d'Arno Schmidt,
il ne se montre pas. La maison est cachée par la verdure et entourée
de barbelés. Pas de sonnette. Inutile de téléphoner.
Retranscription - extraits
" [...] L'artiste n'a qu'une alternative :
exister en tant qu'homme ou en tant qu’œuvre. Dans le second cas,
mieux vaut ne pas examiner le reste, défaillant [...] "
" [...] Quand on enferme des grandes araignées
dans un bocal, une persistante tradition populaire rapporte qu'elles
s'engagent aussitôt dans une lutte à mort, au point de
s'entre-dévorer jusqu'à la dernière survivante, la plus féroce.
Ce sont donc vraiment de sales bêtes envers leurs congénères,
farouchement jalouses de leur solitude. En même temps tissant des
toiles fabuleuses, elles sont d'incontestables artistes, si
répugnantes que nous apparaissent leurs mœurs, ou plutôt leurs
mœurs contre nature. J'ose avancer que tout grand écrivain, et dans
une mesure directement proportionnelle à son importance, fut
pareillement, au sens bourgeois du terme, un individu sans amis ni
sociabilité [...] "
" [...] Un bon écrivain ne doit avoir ni ami,
ni patrie, ni religion. Il y a là sûrement de quoi choquer le
lecteur, mais ça signifie simplement que : si j'ai un ami, je
pourrais être induit à altérer la vérité, qu'au-dessus de la
patrie, il y a au moins encore une chose : l'humanité. Et que
si je me réclame d'une religion, je suis incapable de comprendre les
peuples suivant d'autres croyances. Autrement dit, cette formule
choquante signifie que l'écrivain doit être objectif, une sorte de
miroir du monde [...] "
" [...] Je dois dire que le fossé se creuse
entre moi et les… Je ne sais pas s'ils sont vraiment jeunes. Je
suis heureux d'apprendre que mon public vieillit avec moi. Il y a une
chose qui me chagrine : notre jeunesse ouest-allemande, c'est
différent à l'est, notre jeunesse ne sait plus ce que sont le
travail et la discipline. Je crois qu'il y a un malentendu. Ils
veulent tous… Ils sont ambitieux, ils veulent être célèbres, ils
veulent réussir, mais… il faut payer de sa personne pour accomplir
de grandes choses et ils n'en ont pas conscience [...] "
Arno Schmidt Version française Laurent Szabo & Nicole Taubes