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Bleu Pétrole - Nadège Trebal



Comme un légo



C'est un grand terrain de nulle part 
Avec de belles poignées d'argent 
La lunette d'un microscope 
Et tous ces petits êtres qui courent

Car chacun vaque à son destin 
Petits ou grands 
Comme durant des siècles égyptiens 
Péniblement

A porter mille fois son point sur le "i" 
Sous la chaleur et sous le vent 
Dans le soleil ou dans la nuit 
Voyez-vous ces êtres vivants ?

Quelqu'un a inventé ce jeu 
Terrible, cruel, captivant 
Les maisons, les lacs, les continents 
Comme un légo avec du vent

La faiblesse des tout-puissants 
Comme un légo avec du sang 
La force décuplée des perdants 
Comme un légo avec des dents 
 Comme un légo avec des mains 
Comme un légo

Voyez-vous tous ces humains 
Danser ensemble à se donner la main 
S'embrasser dans le noir à cheveux blonds 
A ne pas voir demain comme ils seront ?

Car si la Terre est ronde 
Et qu'ils s'y agrippent 
Au-delà, c'est le vide 
Assis devant le restant d'une portion de frites 
Noir sidéral et quelques plats d'amibes

Les capitales sont toutes les mêmes devenues 
Aux facettes d'un même miroir 
Vêtues d'acier, vêtues de noir 
Comme un légo mais sans mémoire

Pourquoi ne me réponds-tu jamais 
Sous ce manguier de plus de dix mille pages 
A te balancer dans cette cage ?

A voir le monde de si haut 
Comme un damier, comme un légo 
Comme un imputrescible légo 
Comme un insecte mais sur le dos

C'est un grand terrain de nulle part 
Avec de belles poignées d'argent 
La lunette d'un microscope 
On regarde, on regarde, on regarde dedans

On voit de toutes petites choses qui luisent 
Ce sont des gens dans des chemises 
Comme durant ces siècles de la longue nuit 
Dans le silence ou dans le bruit 
Paroles et Musique: Gérard Manset   2008  "Bleu pétrole" © Barclay


Je tuerai la pianiste - Gérard Manset



Je tuerai la pianiste
Pour ce qu'elle a fait de moi
Chaque jour de ma vie
Chaque semaine, chaque mois
Et je mordrai sa joue
Qui un jour fut à moi
Sur le piano de ses nuits
Sur le piano de ses draps
Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que quelque chose existe

Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que la vie d'artiste
N'est pas rose, n'est pas sans tache
Comme un navire qui tangue
Qui rend ses attaches
Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que quelque chose existe
En dehors de ça

Quand elle avait vingt ans
La foule à ses pieds
Sous les lambris dorés
Qu'elle jouait Mozart, Chopin
Je tuerai la pianiste
Qui n'a pas su m'aimer
Dans la chambre, je pleure
Où l'amour se cache
Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que quelque chose existe

Et quand ce sera fait
Que le jour sera levé
Sur le satin de ses méfaits
Comme une pierre soulevée
Où grouille la vermine
Dans le champagne et les caviars
Dans son manteau d'hermine
On pourra la voir, le corps abîmé
En haut de sa baignoire
Blanche comme un lys

Je tuerai la pianiste
Pour ce qu'elle a fait de moi
Chaque jour que Dieu fait
Chaque semaine, chaque mois
Et quand ce sera fait
Que le jour se lèvera
Par l'entrée des artistes
Quand on saura que c'est moi
Alors je m'en irai
Je la couvrirai d'or
Alors je m'en irai

Je tuerai la pianiste
Pour ce qu'elle a fait de moi
Chaque jour de ma vie
Chaque semaine, chaque mois
Et je mordrai sa joue
Qui un jour fut à moi
Sur le piano de ses nuits
Sur le piano de ses draps
Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que quelque chose existe

Je suis un indien
Je suis un apache

Je suis un indien
Je suis un apache
Auquel on a fait croire
Que la douleur se cache
Je suis un apache
Je suis un indien
Auquel on a fait croire
Que la montagne est loin

Je tuerai la pianiste
Je tuerai la pianiste
Je tuerai