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un mélange d'unités photos-textes - Arno Schmidt







Le point de départ pour le « calcul » de la première de ces nouvelles formes de prose fut ma réflexion sur le processus du « souvenir » : chaque fois que l'on se souvient d'un quelconque petit ensemble d'expériences, que ce soit « école primaire » ou « un voyage en été » - apparaissent alors en accéléré quelques images très claires (que j'appelle en raccourci : des « photos »), autour desquelles viennent se placer dans la suite du déroulement du « souvenir » des petits fragments explicatifs (des « textes ») : un tel mélange d'« unités photos-textes » est en somme le résultat final de toute tentative consciente de se souvenir.

[…]

Pour le nombre et la longueur des photos et des textes, comme pour leur texture rythmique et verbale, ce qui est déterminant, c'est :


Lignes de mouvements et tempo

des personnages dans l'espace !


Il y a bien sûr une différence fondamentale si, pour un lieu donné,


je dois

le traverser

rapidement


ou si


je peux

tourner autour

lentement.


Dans ce dernier cas on voit le lieu de tous les côtés sous des éclairages nombreux et de plus longues durée ; on « a » chaque fois automatiquement un tout autre « temps », un tout autre rapport avec les personnes rencontrées, avec le destin (ou comme vous voudrez l'appeler).

Par exemple il s'ensuit que dans le premier cas (le déplacement en ligne droite, nécessairement rapide, des « Émigrants ») un nombre de « photos » beaucoup plus grand sera nécessaire pour venir à bout de l'espace parcouru, qui est plus varié ; il s'ensuivra que les prises de vues devront être plus courtes, les phrases elles-mêmes plus hâtives que dans le deuxième des exemples choisis, le « Pocahontas », peint à la manière de Hobema.

Arno Schmidt – Calculs I

in Roses & Poireau

traduction Claude Riehl

Éditions Maurice Nadeau - 1994







croyez qu'on a le droit……. – Arno Schmidt







§5. Ce n'est pas non plus selon mon bon vouloir que « j'orchestre » les signes de ponctuation traditionnels : mais bien plutôt selon la façon dont la personne en question a parlé ! J'indique comment elle répartit ses pauses en hésitant, réfléchissant, avec malice : et non comme le prescrit le sieur Duden! Même si ce dernier est 10 fois conseiller privé!

Et les pauses, vues sous cet angle, se classent selon un ordre croissant de durée : d'abord la virgule; puis le point-virgule; le point et finalement le tiret (evt. les tirets); aussi une barre de séparation; et tout à la fin l'alinéa. Conservons cette liberté belle et nécessaire qui nous permettra de formuler avec précision un moment d'hésitation de cette manière :

« oui – euh – : omoijsaipas – – : croyez qu'on a le droit……. »

(Au lieu du stupide prescrit « Oui, je ne sais pas vraiment... » Mais laissons cela : chez le Grand Duc, personne évidemment ne parle comme moi). –

Et qu'en diriez-vous si nous nous habituions aux deux « et »?! : le normal; et le « & » pour p. ex. « le sabre & le goupillon », donc là où nous voudrions exprimer des coordinations fixes-commerciales, stéréo-typées-constipées, antagonistes-ridicules? « Moi & Toi », (+ 9 mois : ça fait trois)




Arno Schmidt – Calculs III

in Roses & Poireau

traduction Claude Riehl

Éditions Maurice Nadeau - 1994