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Le lampiste est le vrai coupable – Boris Vian



Un général sans soldat est-il dangereux ?
Un commissaire ou un préfet de police sans agent ?
Un pape sans cardinaux, sans archevêque et sans curés ?
Ceux-là j'en veux bien.
Les Anglais le savent : un roi sans pouvoir est merveilleusement inoffensif.
Mais un lampiste est une force agissante.
Cent lampistes sont un danger pour l'individu.
Cent mille lampistes suffisent à une guerre.
Cent millions de lampistes font le malheur de l'humanité.
Le directeur de la S.N.C.F. n'est pas en mesure de faire dérailler un train de par ses propres pouvoirs, il faudra pour y arriver qu'il se mue en aiguilleur – ou en lampiste – et qu'il fausse les signaux. Mais un aiguilleur ! Quel poste de choix.
Hitler tout seul ! Merveilleux spectacle.
Mais quatre-vingt-cinq millions de lampistes derrière lui, et finie la rigolade. Hitler est mort, les lampistes restent et tâchent de se faire passer pour inoffensifs – comme tous les lampistes du monde. Les lampistes entre eux se haïssent ; mais réunis, ils prennent le nom de peuple et deviennent invulnérables.
L'individualisation du peuple est la seule défense contre le lampiste. Le lampiste le sait bien. Tous amiraux dans la marine, finies les batailles navales.


Boris Vian – 1953
Textes et chansons
10/18 – Christian Bourgois





Que les coyotes lui crachent au visage ! - Boris Vian


#brèves - #people - #casting
Emmanuel Macron pressenti comme p.d.g du Consortium National de l'Unification.


" Que les coyotes lui crachent au visage ! "
beugla Antioche, furieux.




Le préposé au pick-up arrêta l'appareil et cacha les disques sous le meuble.


Et six zazous, ayant retiré leur veste et relevé leurs manches au-dessus du coude, munis chacun d'une solide chaise de cuisine en hêtre massif, s'avancèrent, sur une seule ligne, vers le buffet. Au commandement du Major, les six chaises s'abattirent avec un bruit mat sur le premier rang des hommes en redingote qui n'avaient voulu voir en ces préparatifs rapides qu'un divertissement de la jeunesse.

Trois hommes tombèrent assommés. […]

Le second rang fut intégralement fauché […]

La déroute complète des redingotes ne fut qu'une question de minutes. […]

Les morts, peu nombreux, tinrent à l'aise dans la poubelle.


Le Major harangua ses vaillantes troupes.


- Mes amis ! Nous avons livré un dur combat. Nous l'avons gagné. Ainsi périssent les embesteurs. Mais pas de phrases ! À l'action. Nous ne pouvons pas rester ici, c'est trop chambardé. Rassemblez toutes les victuailles, et en route pour une surprise-party.



Boris Vian – Vercoquin et le plancton – 1947

L'imaginaire Gallimard – 2002

Peigner la girafe - Boris Vian / collège de pataphysique



L'ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873. 




Emmanuel avait tellement peigné la girafe, ce matin-là, que la pauvre bête en était morte. Des touffes de ses poils traînaient un peu partout, et son cadavre, dont on avait fait passer la tête par la fenêtre, pour pouvoir circuler, gisait sous le bureau d'Adolphe Troude, qu'encombraient déjà quatre tonnes d'engrais divers, logés dans de petits sacs de toile, car cet estimable individu s'adonnait à la culture maraîchère dans son jardin de Clamart.
Emmanuel se consola en dévorant un croûton de pain et après s'être tâté à plusieurs endroits, se décida à frapper à la porte de son chef qui, par hasard, se trouvait là.
– Entrez, dit Miqueut.



Boris Vian – Vercoquin et le plancton – 1947
L'imaginaire Gallimard – 2002







- Ah Gudule ! - Alfred Jarry / Boris Vian



à chaque jour sa fête suprême ou sa vacuation !
on consultera le calendrier du collège de pataphysique ici

L'ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873, qui d'ores en avant prend la dénomination de 1er du mois Absolu An 1 E.P. (Ère ’Pataphysique)





Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur

Maintenant c'est plus pareil
Ça change, ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille
- Ah, Gudule!

Viens m'embrasser
Et je te donnerai
Un frigidaire
Un joli scooter
Un atomixaire
Et du Dunlopillo
Une cuisinière
Avec un four en verre
Des tas de couverts
Et des pelle à gâteaux

Une tourniquette
Pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur
Pour bouffer les odeurs

Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux
Et nous serons heureux

Autrefois, s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En laissant la vaisselle

Maintenant, que voulez-vous
La vie est si chère
On dit rentre chez ta mère
Et l'on se garde tout
- Ah, Gudule!


Excuse-toi
Ou je reprends tout ça
Mon frigidaire
Mon armoire à cuillères
Mon évier en fer
Et mon poêle à mazout
Mon cire-godasses
Mon repasse-limaces
Mon tabouret à glace
Et mon chasse-filous

La tourniquette
A faire la vinaigrette
Le ratatine-ordures
Et le coupe-friture

Et si la belle
Se montre encore cruelle
On la fiche dehors
Pour confier son sort

Au frigidaire
A l'efface-poussière
A la cuisinière
Au lit qu'est toujours fait
Au chauffe-savates
Au canon à patates
A l’éventre-tomates
A l'écorche-poulet

Mais très très vite
On reçoit la visite
D'une tendre petite
Qui vous offre son cœur

Alors on cède
Car il faut qu'on s'entraide
Et l'on vit comme ça
Jusqu'à la prochaine fois
Et l'on vit comme ça
Jusqu'à la prochaine fois






Boris Vian


La Complainte Du Progrès ("arts Ménagers")