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cycle - Alfred Jarry






sauf hostilité bien démontrée de celui qui souffle et du grand cheval qui pleut je repelotonnerai demain mardi, sur celui qui roule, le long crin du trottoir cyclable vers votre mercure.

Alfred Jarry





nuits énergumènes





aux,

:baiseurs de gris:
:suceurs de nacre:
:terrassiers de la bleue:
:foireux du jus noir:
:cireurs de spiritueux:

krrr.





nature morte #64 - Bernard Plossu


Nous sommes aujourd'hui le Mercredi 18 Clinamen 142
Les 27 Êtres Issus des Livres Pairs - vacuation



©Bernard Plossu - Île de Ventotene, 2010




journal des bords - 
sur le rivage
à l'abri de la brise
un matelas long -
douze mètres à peine 
bonjour,




Le Miracle de Saint Accroupi – Alfred Jarry


Alfred Jarry


Sur l'écran tout blanc du grand ciel tragique, les mille-pieds noirs des enterrements passent, tels les verres d'une monotone lanterne magique. La Famine sonne aux oreilles vides, si vides et folles, ses bourdonnements.
Sa cloche joyeuse pend à ses doigts longs, versant sur la terre des ricanements. Et de grands loups fauves et des corbeaux graves sont sur ses talons. La Famine sonne aux oreilles vides par la ville morne ses bourdonnements.
Croix des cimetières, levons nos bras raides pour prier là-haut que l'on nous délivre de ces ouvriers qui piochent sans trêve nos froides racines. N'est-il donc un Saint, bien en cour auprès de Dieu notre Père, pour qu'il intercède ?
Croix des cimetières, votre grêle goule a donc oublié le bloc de granit perdu dans un coin de votre domaine ? Sa barbe de fleuve jusqu'à ses genoux épand et déroule, déroule sa houle, sa houle de pierre.
Et les flots de pierre le couvrent entier. Sur ses cuisses dures ses coudes qui luisent sous les astres blonds se posent, soudés pour l'éternité. Et c'est un grand Saint, car il a pour siège, honorable siège, un beau bénitier.
Il n'a point de nom. Dans un coin tapi, ignoré des hommes, seules les Croix blanches lui tendent la plainte de leurs bras dressés. Le corbeau qui vole le méprise nain, croassant l'injure au bon Saint courbé : Vieux Saint-Accroupi.
Croix des cimetières, tendons-lui la plainte de nos bras dressés : Que ces ouvriers qui tuent nos racines et peuplent les tombes de serpents coupés, se croisant les bras, regardent oisifs les torches de mort désormais éteintes.
Et que la Famine remmène sous terre son cortège noir de grands loups qui rôdent et de corbeaux graves. Que le Blanc au Noir succède partout. Que le grand œil glauque du ciel compatisse, versant sur les hommes des pleurs de farine.
Et les Croix restèrent les bras étendus, coupant de rais blancs l'ombre sans couleur. Soudain des pleurs blancs glissèrent sur l'ombre. Les nuages sont de grands sacs que vident des meuniers célestes. La manne s'accroche aux pignons ardus.
La manne fait blanches les rougeâtres tuiles. Une nappe blanche jusqu'à l'horizon sur toute la terre s'étend pour manger. Et de blanc lui-même, de blanc s'est vêtu le Saint-Accroupi ; de blanc s'est vêtu comme un boulanger.
Et les hommes puisent lourdes pelletées de farine claire que le vent jouyeux leur fouette au visage. Croix des cimetières, nos vœux excaucés, nous voudrions voir quel fut le départ honteux du cortège noir…
…………………………………………………………………………
La Famine est là. La Famine sonne aux oreilles vides, si vides et folles, ses bourdonnements. Et la neige étend son linceul de mort sur la ville froide que creusent des fosses… La Famine sonne ses bourdonnements.


Alfred Jarry - Lieds funèbres
Les Minutes de Sable mémorial - 1894
Fasquelle éditeurs - 1971




Transistor de marque Lavomatic (lavage de cerveau garanti) – Les Poésies du Poly




Les stations bouton extrême gauche, le son juste à côté, les graves et les aigus ensuite, les fréquences deuxième bouton en partant de la droite, tout à droite, radio Ubu, Alfred Jarry interroge en vedette, la mère Denis sur la pataphysique des anciens lavoirs…
Radio poly à votre écoute… Chers auditeurs bonjour !
Et maintenant comme chaque matin notre page de réclame…
N’oubliez pas mesdames, le savon Palmolive à l’huile d’olive gardera éternellement la fraîcheur de votre peau…





cavaliers de crottin de qui la vocation est l'industrie - Francisco Gomez de Quevedo



… cavaliers de hasard, cavaliers creux, cavaliers rustres, cavaliers de crottin, cavaliers exténués, cavaliers canailles de qui la vocation est l'industrie…
... nous tenons le soleil pour notre ennemi déclaré, parce qu'il découvre nos raccommodages et nos déchirures, nous nous mettons, au matin, jambes ouvertes devant ses rayons et nous suivons, sur notre ombre, celle que font les haillons et effilochures de nos entre-jambes. Avec des ciseaux, nous faisons la barbe à nos chaussures. C'est toujours entre les jambes que les culottes s'usent ; nous sommes obligés de tailler des languettes par-derrière pour garnir le devant, et nous ne portons par-derrière que de pacifiques entailles, car la doublure demeure. Le manteau seul le sait. Nous nous gardons, d'ailleurs, de sortir les jours de vent, de gravir un escalier éclairé ou de monter à cheval...
… Si nous nous sentons démanger devant des dames, nous avons des artifices pour nous gratter en public sans être vus ; si c'est à la cuisse, nous racontons que nous avons vu un soldat traversé de part en part à cet endroit ; nous portons la main à la place où cela nous démange, et nous nous grattons en feignant d'indiquer la blessure. Si cela nous arrive à l'église et que ce soit la poitrine qui nous démange, nous donnons le Sanctus, quand même on n'en serait qu'à l'Introïbo. Si c'est au dos, nous nous levons, et, nous appuyant à un angle, nous nous haussons sur la pointe des pieds comme pour voir quelque chose...


Francisco Gomez de Quevedo y Villegas
Historia y Vida del gran Tacano o del Buscon – 1626
traduction J.-H. Rosny : Pablo de Segovie
La Revue Blanche – 1902
in Alfred Jarry – Œuvres Complètes
Gallimard / La Pléïade – 1988





vaincre le piéton écraseur – Alfred Jarry



... donc, jusqu'au jour où cette folie n'aura point cessé, de laisser circuler des gens à pied, non munis d'autorisation préalable, de plaque indicatrice, frein, grelot, trompe et lanterne, nous aurons à vaincre ce danger public : le piéton écraseur.

[...]

Un règlement s'élabore pour refréner le piéton écraseur. Dans l'intention de nous documenter plus amplement au sujet de celui-ci, nous nous sommes exposés à sa férocité, monté sur un hétéromobile. Le piéton observé, en bas âge, s'est conformé de tous points à la description que nous avons donnés, dans cette revue, de ses allures. Après l'expérience, comme nous n'avions plus besoin de lui, l'humanité nous a fait un devoir de le mettre hors d'usage.

Voici, croyons-nous, quelques-unes des prescriptions du futur règlement en vigueur déjà dans plusieurs communes et l'article IV universellement appliqué :







Alfred Jarry – La chandelle verte 
in la Revue Blanche – 15 juillet & 1er novembre 1901
Gallimard / La Pléïade – 1988




40 de binage et 20 de misère - Alfred Jarry





À Rachilde
Grand-Lemps, le 7 septembre 1904
Le Père Ubu ayant acquis à la grande loterie de Chirin près le Grand-Lemps un plat à poisson allant au feu et apte à contenir Maurice Cala lui-même, regagne le petit arbre et le futur tripode ce soir par le train nocturne qui le déposera rue Cassette à 10 h 25 du matin. Le Barrage sera réintégré dans l'après-midi.
Le Pantagruel, au point maintenant, est une chose propre. Nous avons également appris à jouer au bézigue. Et maintenant nous allons maigrir !
Père Ubu


Alfred Jarry
Oeuvres complètes
Gallimard La Pléïade – 1988





Journal dentaire du père Ubu - Alfred Jarry



À Rachilde
4 septembre 1905
Journal dentaire du père Ubu.
9 h précises. - Le père Ubu arrive tel un projectile chez son brocanteur et lui fait rendre gorge de son encrier tant par or que par violence.
9 h 1 s. - Le père Ubu emporte son encrier.
9 h 2 s. - Le père Ubu met de l'encre dans son encrier et étale le papier vierge pour l'in-18.
9 h 1/2. - Il va chez son dentiste.
9 h 1/2 1 s. - Le dentiste s'ingénie. Il introduit dans le « canal dentaire » du Père Ubu un fil d'acier terminé par une pointe aiguë. Collusion entre le fil d'acier et le nerf dentaire. Surprise douloureuse du Père Ubu. Le dentiste met un pansement au fil d'acier et annonce au Père Ubu qu'il aura mal pendant 2 heures et qu'il lui serait agréable de le voir à 2 h 1/2 (sic).
2 h 1/2 1 s. - Le pansement mis sur le fil d'acier du nerf dentaire opère tel le notaire sur la jambe d'un boa. Le dentiste en met un autre plus fort. Le Père Ubu (qui en jouit pour l'instant) acquiert une petite marmite émaillée.
A 17 sols pour se procurer sa nourriture.
Il acquiert également l'herbe sainte chez Brunet.
(Sera continué)
A.J.


Alfred Jarry
Oeuvres complètes
Gallimard La Pléïade - 1988





Macia désossé - Benjamin Péret



Le vieux piment mangé par les mites
est mort
comme une coquille d'escargot
dans la vase
en criant
La Catalogne est perdue
Perdue pour toi dépouille d'asticot
cendre de mite
vase sèche
limace imprimé dans le charbon

Mais la Catalogne qui rôtit
les curés et les nonnes
après les avoir mariés
comme Carrier
fera
des notes de musique avec tes os
des grains de sel à mettre sur la queue des oies
avec tes yeux
et de tes couilles
un attrape-mouche perfectionné

Tes paroles historiques feront tourner la mayonnaise
et avorter les femmes
qui auraient pu
malgré elles
accoucher de bébés la bombe à la main

Crève encore pourri dont les pissenlits ne veulent pas
crève
que ta poussière noie les écrits 
de ceux qui diront du mal de ce poème





Benjamin Péret – Je ne mange pas de ce pain là
Œuvres complètes t. 1 - Éric Losfeld - 1980


 


À Marcel Jean 
Barcelone, 1936

Capitaine Bordure, les Polonais se portent assez bien par ici, ils ont vidé les chariots à phynances et ont fait des bûchers à curés.

Bien à toi.

Benjamin Péret


P.S. Écris-moi chez Remedios et dis-le à Breton. C'est là mon adresse.

Muchos abrazos.
Remedios


Benjamin Péret – Correspondance
Œuvres complètes t. 7 - José Corti - 1995
 




le fantastique coureur – Alfred Jarry / collège de pataphysique / Henri Cornet


L'ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873. 



Je n’avais pas rêvé pourtant : un coureur étrange précédait la locomotive mais il ne montait pas un corps-droit à caoutchoucs pleins ! mais il ne portait pas de bottines à élastiques ! mais sa bicyclette ne grinçait pas, sinon dans mes oreilles qui bourdonnaient ! Mais il n’avait pas cassé sa chaîne puisque sa bicyclette était une machine sans chaîne ! Les bouts d’une ceinture lâche et noire flottaient derrière lui et caressaient l’éperon de la locomotive ! C’était ce que j’avais pris pour un garde-boue et pour les pans d’une redingote ! Sa culotte courte était éclatée sur les cuisses par le gonflement de ses muscles extenseurs ! Sa bicyclette était un modèle de course dont je n’ai jamais vu le pareil, aux pneus microscopiques, au développement supérieur à celui de la quintuplette il l’actionnait en se jouant et en effet comme s’il eût pédalé à vide. L’homme était devant nous : je voyais sa nuque, houleuse de cheveux longs le cordon de son lorgnon — ou une boucle noire de sa chevelure — était rabattu en arrière par le vent de la course jusque sur ses épaules. Les muscles de ses mollets palpitaient comme deux cœurs d’albâtre.


Alfred Jarry – Le Surmâle
La course des dix mille milles



Henri Cornet- 8 août 1908



éternuements dans la sciure - Collège de pataphysique / Jean Genet / Montéhus / Anatole Deibler



Mon cœur à ma mère, ma bite aux putains, ma tête à Deibler. 

in Notre-Dame des fleurs de Jean Genet




L'ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873. 





Enfin, ça y est ! On est en République !
Tout marche bien, tout le monde est content !
Monsieur Deibler, avec sa mécanique
Nous coûte à peine soixante mille francs par an

 
Montéhus / Roger Chantegrelet-Pierre Doubis
On est en République - 1910




soustraites par Anatole Joseph François Deibler



magie - Julien Torma / collège de pataphysique




L'ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873, qui d'ores en avant prend la dénomination de 1er du mois Absolu An 1 E.P. (Ère ’Pataphysique).

on consultera le calendrier du collège de pataphysique ici






Photo William Mumler

manifestation spectrique du Satrape Julien Torma
 pendant la cinquième séance (invocation de Mère Ubu)
de l'Institutum Pataphysicum Mediolanense
- première vacance du deuxième magistère -


Le baron perché - Gottfried August Bürger / Italo Calvino / Pataphysique



L'ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873, qui d'ores en avant prend la dénomination de 1er du mois Absolu An 1 E.P. (Ère ’Pataphysique).

on consultera le calendrier du collège de pataphysique ici







On lit dans les livres qu’au temps jadis, un singe parti de Rome pouvait arriver en Espagne
sans toucher terre, rien qu’en sautant d’arbre en arbre.
Si c’est vrai, je ne sais… De mon temps, seuls le golfe d’Ombreuse,
dans dans toute sa largeur, et sa vallée qui s’élève jusqu’à la crête des montagnes,
possédaient pareilles forêts foisonnantes.
La renommée de notre région n’avait pas d’autres motifs.
Italo Calvino - traduction Juliette Bertrand



Réduit à cet état d’humiliation, j’accomplissais un travail moins dur que singulier, moins avilissant qu’insupportable. J’étais chargé de mener chaque matin au champ les abeilles du sultan, de les garder tout le jour et de les ramener le soir à leur ruche. Un soir, il me manqua une abeille ; mais je reconnus aussitôt qu’elle avait été attaquée par deux ours qui voulaient la mettre en pièces pour avoir son miel. N’ayant entre les mains d’autre arme que la hachette d’argent qui est le signe distinctif des jardiniers et des laboureurs du sultan, je la lançai contre les deux voleurs, dans le but de les effrayer. Je réussis en effet à délivrer la pauvre abeille ; mais l’impulsion donnée par mon bras avait été trop forte ; la hache s’éleva en l’air si haut, si haut, qu‘elle s’en alla tomber dans la lune. Comment la ravoir ? Où trouver une échelle pour aller la rechercher ? Je me rappelai alors que le pois de Turquie croît très rapidement et à une hauteur extraordinaire. J’en plantai immédiatement un, qui se mit à pousser et alla de lui-même contourner sa pointe autour d’une des cornes de la lune. Je grimpai lestement vers l’astre, où j’arrivai sans encombre. Ce ne fut pas un petit travail que de rechercher ma hachette d’argent dans un endroit où tous les objets sont également en argent. Enfin je la trouvai sur un tas de paille. Alors je songeai au retour. Mais, ô désespoir ! la chaleur du soleil avait flétri la tige de mon pois, si bien que je ne pouvais descendre par cette voie sans risquer de me casser le cou. Que faire ? Je tressai avec la paille une corde aussi longue que je pus : je la fixai à l’une des cornes de la lune, et je me laissai glisser. Je me soutenais de la main droite, j’avais ma hache dans la gauche : arrivé au bout de ma corde, je tranchai la portion supérieure et la rattachai à l’extrémité inférieure : je réitérai plusieurs fois cette opération, et je finis, au bout de quelques temps, par discerner au-dessous de moi la campagne du sultan. Je pouvais bien être encore à une distance de deux lieues de la terre, dans les nuages, lorsque la corde se cassa, et je tombai si rudement sur le sol, que j’en restai tout étourdi. Mon corps, dont le poids s’était accru par la vitesse acquise et par la distance parcourue, creusa dans la terre un trou d’au moins neuf pieds de profondeur. Mais la nécessité est bonne conseillère. Je me taillai avec mes ongles de quarante ans une sorte d’escalier, et je parvins de cette façon à revoir le jour.


Gottfried August Bürger
Aventures et mésaventures du baron de Münchhausen
Traduction Théophile Gautier
Editions José Corti - 1998


Voyage - Alfred Jarry / Jules Vernes / Jenny Åkerlund & Sebastian Wahlforss



L'ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873, qui d'ores en avant prend la dénomination de 1er du mois Absolu An 1 E.P. (Ère ’Pataphysique).

on consultera le calendrier du collège de pataphysique ici

 







mathématiques de couple / représentation graphique & mise en équation - Alfred Jarry / Colette Calascione



L'ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873, qui d'ores en avant prend la dénomination de 1er du mois Absolu An 1 E.P. (Ère ’Pataphysique).

on consultera le calendrier du collège de pataphysique ici





Un couple identique est un couple pour lequel le même élément est à la fois origine et extrémité.





3j + 2j +3j = 8j = 4P
3p + 2p + 3p = 8p = 4P
>
j = p = 1/2P



1b + 1b = 2b = 1P
1c = 1P
>
b = 1/2c



0t = 0P

pff!

... s’étant décroché, il se coiffa d’un casque colonial - Alfred Jarry




André Stas - le Docteur Faustroll


Le docteur Faustroll naquit en Circassie, en 1898 (le XXème siècle avait (-2) ans), et à l’âge de soixante-trois ans.
À cet âge-là, lequel il conserva toute sa vie, le docteur Faustroll était un homme de taille moyenne, soit, pour être exactement véridique, de (8 × 1010 + 109 + 4 × 108 + 5 × 106) diamètres d’atomes ; de peau jaune d’or, au visage glabre, sauf des moustaches vert de mer, telles que les portait le roi Saleh ; les cheveux alternativement, poil par poil, blond cendré et très noir, ambiguïté auburnienne changeante avec l’heure du soleil ; les yeux, deux capsules de simple encre à écrire, préparée comme l’eau-de-vie de Dantzick, avec des spermatozoïdes d’or dedans.
Il était imberbe, sauf ses moustaches, par l’emploi bien entendu des microbes de la calvitie, saturant sa peau des aines aux paupières, et qui lui rongeaient tous les bulbes, sans que Faustroll eût à craindre la chute de sa chevelure ni de ses cils, car ils ne s’attaquent qu’aux cheveux jeunes. Des aines aux pieds par contraste, il s’engaînait dans un satyrique pelage noir, car il était un homme plus qu’il n’est de bienséance.
Ce matin-là, il prit son sponge-bath quotidien, qui fut d’un papier peint en deux tons par Maurice Denis, des trains rampant le long de spirales ; dès longtemps il avait substitué à l’eau une tapisserie de saison, de mode ou de son caprice.
Pour ne point choquer le peuple, il se vêtit, par-dessus cette tenture, d’une chemise en toile de quartz, d’un pantalon large, serré à la cheville, de velours noir mat ; de bottines minuscules et grises, la poussière y étant maintenue, non sans grands frais, en couche égale, depuis des mois, sauf les geysers secs des fourmilions ; d’un gilet de soie jaune d’or, de la couleur exacte de son teint, sans plus de boutons qu’un maillot, deux rubis fermant deux goussets, très haut ; et d’une grande pelisse de renard bleu.
Il empila sur son index droit des bagues, émeraudes et topazes, jusqu’à l’ongle, le seul de ses dix qu’il ne rongeât point, et arrêta la file d’anneaux par une goupille perfectionnée, en molybdène, vissée dans l’os de phalangette, à travers l’ongle.
En guise de cravate, il se passa au cou le grand cordon de la Grande-Gidouille, ordre inventé par lui et breveté, afin qu’il ne fût galvaudé.
Il se pendit par ce cordon à une potence disposée à cet effet, hésitant quelques quarts d’heure entre les deux maquillages suffocatoires dits pendu blanc et pendu bleu.
Et, s’étant décroché, il se coiffa d’un casque colonial.

Alfred Jarry - Gestes et opinions du Docteur Faustroll        
arléa - 2007        

             

la désOccultation - Collège de pataphysique



L'ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873, qui d'ores en avant prend la dénomination de 1er du mois Absolu An 1 E.P. (Ère ’Pataphysique).

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