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LA MAIN DE SINGE - Panizza // Jarry



Vous êtes rien bath. Ça me plairait drôlement d’être comme vous. 
Vzêtes drôlement bien roulée. Et d’une élégance avec ça.  

Raymond Queneaud - Zazie dans le métro



Merci à Louis Watt-Owen & La Main de Singe pour les chouettes découvertes ; vous êtes rien bath !





LA MAIN DE SINGE : 



Le Grand Muletier : 
"Le Pape sait tout faire très bien, c'est son métier : 
il est infaillible."

Alfred Jarry, Le Moutardier du pape



Presse-papier - Philippe Harnois


[...]                                        
« Seigneur, j’arrive d’Italie. De Naples. 
J’ai d’horribles choses à te rapporter. »
                                          [...]

" Lubrique et destructeur à la fois " - Oscar Panizza




William Hogarth - Credulity, Superstition and Fanaticism
Pièce présentée par Panizza devant le tribunal - 1895




LE DIABLE, après un moment de silence, s'adressant ironiquement à Dieu le Père. - Bon Dieu ! N'es-Tu pas le Créateur ? Serais-Tu ignorant ?

DIEU LE PERE, avec humeur. - Nous... hm ! Nous ne créons plus ! Nous sommes fatigués ! Et d'ailleurs le domaine proprement terrestre de la sensualité est de ton ressort. Donc, arrange-toi, souille les âmes si tu veux, mais qu'elles puissent retrouver leur pureté !

JESUS, encore faible, veut répéter ces dernières phrases, mais ne réussit qu'à proférer. - Souille – les – âmes...

LE DIABLE, à Dieu le Père. - Exciter les hommes à l'amour, dis-Tu, et en même temps les empoisonner ?

DIEU LE PERE. - Evidemment ! Sinon ils ne marcheront pas !

JESUS, qui a repris son souffle. - La volupté les rend aveugles, à ce que j'ai entendu dire.

MARIE. - Tiens ! On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre !

DIEU LE PERE. - Cherche un peu dans tes chaudrons de sorcière ! Il n'y manque pas d'ingrédients ! Et dans ton enfer, tu en as stocké de toutes les couleurs ! Tu es passé maître dans ce genre de cuisine ! Touille, mélange, crée, engendre-moi quelque chose !

MARIE. - De toute façon, il faut que ce soit extrêmement alléchant – si possible, quelque chose de féminin !

JESUS. - Oui, extrêmement alléchant.

LE DIABLE, creusant une idée. - Lubrique et destructeur à la fois, dites-vous, en sommes ? Et que l'âme ne soit pas définitivement détruite ?

TOUS LES TROIS, ensemble. - Lubrique – destructeur – alléchant – vénéneux – voluptueux – atroce - - qui brûle le cerveau et les veines !

DIEU LE PERE. - Mais pas l'âme ! A cause de la contrition ! A cause du désespoir !

LE DIABLE, arrêtant brusquement là ses réflexions. - Attendez ! J'ai trouvé quelque chose ! Je vais en toucher deux mots à Hérodiade !
(à mi-voix pour lui-même)
Lubrique et destructeur à la fois !
(haut)
Je vous apporterai quelque chose !

MARIE. - Dieu soit loué ! Enfin !

LE DIABLE, faisant demi-tour pour partir.  -  Je crois que j'ai trouvé !

DIEU LE PERE. - Bravo ! Bravo !

MARIE. - Bravo ! Bravo !

JESUS. - Bravo ! Bravo !

TOUS LES TROIS, ils se lèvent de leurs sièges, autant que faire se peut, et joyeusement en frappant doucement dans leurs mains. - Bravo, Diable, bravissimo !

LE DIABLE, il s'incline encore une fois pour prendre congé et fait claquer ses doigts en se retirant. - Je reviendrai bientôt !



Oscar Panizza - Le Concile d'Amour
Traduction Jean Bréjoux
Editions Autrement Littératures

Journal d'un chien - Oskar Panizza





Le chien de Panizza par L. Watt-Owen © 2009


On n'imagine pas jusqu'où peuvent aller ces comédiens !

Dernièrement, j'accompagnais mon maître dans une maison dont j'avais quelques souvenirs car un certain gaillard m'y avait donné des biscuits. Dès l'entrée nous tombâmes sur deux individus aux visages balafrés de morve et de larmes séchées. Ils nous assaillirent de reniflements et de roulements d'yeux comme ce n'est pas permis. Je me dis aussitôt qu'il se préparait là quelque fringante comédie. Dans la pièce suivante, le gaillard (l'homme aux biscuits) était couché de tout son long et raide comme du bois dans un caisson noir et laqué où il jouait à feindre, retenant son souffle et ne remuant pas le moins du monde. Comment peut-on se prêter à un jeu pareil ! 

Je vous devine, vous autres petits chiens ! Vous vous imaginez sans doute qu'après quelque temps le gredin se releva précipitamment, qu'il tendit la main à ses congénères (dont on voyait clairement les jambes) et qu'il prononça, les dents nues, ces paroles : " C'était pour rire ! Cela vous a plu, n'est-ce pas ! ". Eh bien non. On rabattit et on vissa le couvercle. L'éhonté bouffon se laissa transporter jusqu'en bas des marches et enfourner dans une de ces fameuses maisonnettes monstrueusement entichées de deux rosses efflanquées qui le promenèrent bien pendant une heure aux portes de la ville ! Et pour eux c'est le fin du fin !

Oscar Panizza, Journal d'un chien
traduit par Claude Riehl et Dominique Dubuy
paru chez Plasma, L'Instant et Ludd


Grand merci à Louis Watt-Owen de La Main de Singe