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nature morte #83 - Christopher Nunn // Jacques Vaché


Nous sommes aujourd'hui le Mercredi 11 Palotin 142
Explosion du Palotin - vacuation





journal des bords - 

- On me les a retirés - sans endormir - J'ai tenu jusqu'au dernier... où j'ai crié - Mais quelles souffrances ! vraiment ceux qui se font couper la jambe en fumant une cigarette sont prodigieux. *  


 bonjour,


* Jacques Vaché





apparitions des pantins brisables - Jacques Vaché


manuscrit et dessin - Jacques Vaché


  X. le 16-6-17


Mon cher ami,
J'ai reçu hier au soir votre mot. Je me permets d'inclure y cette sorte de lettre une sorte de dessin. Car décidément je ne peins plus qu'à l'aide d'encres de couleur.
Ainsi que je l'annonce à M. J. Cocteau je fais du plaisir de vous voir presque bientôt. Croyant qu'on me laissera débarquer le 23 après-midi à Paris. Et de la sorte je pourrais fort bien aller voir « les Mamell de Tirésias » de Guillaume A. – sur lequel – et ceci est une autre Histoire – je maintiens cet après-midi mon jugement – Vous ai-je dit vraiment que Gide était froid ?
Troisième reprise de ce mot – ÇA COMMENCE À M'AGACER – Apparitions des pantins brisables qui s'enquièrent ou vous font plaisir ! – J'abats le quatrième. Well.
Avez-vous reçu, il y a bientôt un mois, il me semble, – un individu souriant, très énervant, avec des figures alentour qui m'ont fait bien des fois – de colère – éclater de rire un peu ? – Il avait présidé, je crois, un certain temps à mes ébats guerriers et je serai, je l'avoue, déçu d'une perte – casse – Et il fait une chaleur pleine de mouches et d'odeurs de boîtes de conserves entr'ouvertes.
Je suis votre serviteur.

Jacques Tristan Hylar


Jacques Vaché – lettre à André Breton
in soixante-dix-neuf lettres de guerre
jeanmichelplace - 1989





l'aimable « ...WHAT ? » brutal – Jacques Vaché



X . le 29.12.16

Amie Jeannette,

– Je reviens d'une longue promenade à cheval – (pas drôle : de l'eau jusqu'au ventre les trois-quarts de la route) – C'était un peu pour aller jusqu'à A* chercher une correspondance possible – Aussi je vais vous attraper un peu à cause que je n'ai pas trouvé de lettre de vous – À moins que la Poste – ce bouddha tout-puissant…
– Où est ma chambre d'A*  ? ici je suis maintenant dans une chaumière écœurante d'odeurs et de crasse – Il règne dans le réduit minuscule où je loge un parfum puissant de souris et de lard rance – Et, aussitôt bougies éteintes, c'est un chahut épouvantable d'animaux qui grouillent et de petites pattes griffues sur les carreaux – Se battent-ils – tiennent-ils sabbat ? ou jouent-ils à des jeux de société  ? mais ce qu'il y a de certain est que c'est fort inquiétant – C'est une vieille maison qui tient un peu de celles des Histoires – avec une multitude peu croyable d'enfants sculptés dans la crasse – Et il bout toujours sur le feu des ragoûts innommables dans leur vieille graisse – Et le relent qui monte de toute cette crasse ! et les chats qui rôdent et qui font craquer quelqu'os séculaire sous le buffet ! Et le petit dernier qui bougeasse vaguement dans un coin sombre, humide et larmoyant un peu !
J'ai chaque soir l'appréhension de traverser cette mer d'excréments – et l’inondation, qui monte, risque d'entrer dans la maison – ce qui est arrivé une fois – Cela lave un peu… mais Dieu sait les horribles débris qui flottent !.
Déjà deux mois que j'ai été en permission – Cela a passé un peu plus vite que je ne croyais – D'ici un mois je pourrais en espérer une – Je suppose que la tenue australienne sera d'un gros effet sur la masse des populations urbaines –
A part cela – m'entendant toujours à peu près avec mes bonshommes – C'est affaire de manières communes à prendre : parler toujours sans aucun enveloppement, lentement et fort, en mâchant ses mots – Je ne suis tout de même pas encore entièrement accoutumé à l'aimable « ...WHAT ? » brutal qu'ils vous lancent quand ils ne vous entendent pas
Enfin ils ne font pas trop mauvais ménage avec les populations restées – et l'autre jour j'ai été témoin – au mariage d'un Australien Néo-Zélandais avec une petite d'A* -
Et maintenant, peut-on vous demander un petit mot quand vos «  Business » ne vous presseront pas trop ? –
Le meilleur souvenir de
           JACK

* Armentières

Jacques Vaché – lettre à Jeanne Derrien
in soixante-dix-neuf lettres de guerre
jeanmichelplace - 1989





dégorger un peu d'acide - Jacques Vaché




Dessin de Jacques Vaché


Donc nous n'aimons ni l'ART, ni les artistes (à bas Apollinaire) ET comme TOGRAPH A RAISON D'ASSASSINER LE POÈTE ! - Toutefois puisqu'ainsi il est nécessaire de dégorger un peu d'acide ou de vieux lyrisme, que ce soit fait saccade vivement – car les locomotives vont vite.

Jacques Tristan Hylar

Jacques Vaché à André Breton – 18 août 1917
Soixante-dix-neuf lettres de guerre
Éditions jean michel place