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CFM



     J'y viens donc avec
     C'est comme les abattoirs
     pour commencer







sous et contre - Catherine Ferrière Marzio // Emma Kisiel





Il y a des bêtes
frôlées tombées
par :
froids des plombs
rudesses des bruines
faims en terres dures
soifs qui brûlent
peur en broussailles
peur en bitumes
peur en vols
peurs
à découvert
sous tes bruits tes odeurs tes peurs tes froids tes rudesses ta faim tes peurs sous et contre
tes mains tes yeux tes dents tes ongles tes pieds tes fluides ton souffle tes pensées tes rêves sous et contre
ta vie ton existence ta mort ta naissance les leurs sous et contre
tu ne sais pas leurs secrets
tu parles elles ne parlent pas
tu passes elles ne passent pas
tu ne les vois pas
elles te sentent
elles te voient
quand tu plonges dans leur nuit
leur nuit
apprend
ce que tu es
ce que tu n'es pas
apprend
les feux.



J'ai vu ce jour une pluie drue tomber - Catherine Ferrière Marzio



Kawaguchiko - from Half awake and half asleep in the water serie 
2003 (c) Asako Narahashi



A la nuit,

J'ai vu ce jour une pluie drue tomber.
La surface de la mer
ne s'en irritait pas
qui recevait le martèlement constant
avec les patiences des saintes.

Aucune trace d'agacement : la moindre
vague poursuivant son travail d'être.

La pluie se conduisait comme
dans les dessins animés
en chose mordant
jusqu'au sang
les pieds d'un géant.

Il y avait dans cette grandeur
de la mer à demeurer
stoïque sous la morsure
quelque chose
quelque chose qui se résigne
devant l'inévitable.

Il y avait la dignité de la pluie, aussi.



 

La voix de Madame Edwarda - Georges Bataille // Au soir... - Catherine Ferrière Marzio



Volker Schlöndorff - Valeska Gert

De mon hébétude, une voix, trop humaine, me tira.
La voix de Madame Edwarda, comme son corps gracile, était obscène :
- Tu veux voir mes guenilles ? disait-elle .


Les deux mains agrippées à la table, je me tournai vers elle. Assise, elle maintenait haute une jambe écartée : pour mieux ouvrir la fente, elle achevait de tirer la peau des deux mains.
Ainsi les « guenilles » d’Edwarda me regardaient, velues et roses, pleines de vie comme une pieuvre répugnante.


Je balbutiai doucement :
-Pourquoi fais-tu cela ?

Madame Edwarda, La mort, Histoire de l'oeil - Georges Bataille 

Christian Bourgois - 10/18 - 2004
Pêché ici 




A la nuit,

Faut-il redire
redire pour que ça entre de dire
le noir
dedans la chambre
le noir creux qui tend sa langue au-dessus des draps
pour grimaces grandes pour de rire pour de rire
ça vient ça monte ça ne dit rien
ça touche
l'enfance l'enfance l'enfance
amusée...
Oh douleur dans tes yeux
ouverts sur hors-monde
ne rie pas vieille que tu es
dans la mélancolie des hommes
vieille d'être guenilles offertes
déjà aux lèvres désarmantes...



 

Je veux être chien - Catherine Ferrière Marzio



Ana Igluka



Je veux être chien
un jour une nuit et
un jour pour
prendre ma langue
à mon cou et me coucher
à côté de toute douleur
sans croire la soigner
me coucher pour
attendre là ce qui
ne s'attend pas et
que je ne sais pas
chien qui voit.
Ou alors chanter
doucement pour
consoler.

Catherine Ferrière Marzio                                                  


Catherine Ferrière Marzio




Fermin Ceballos


                Un croissant de lune cligne au-dessus de la mer


Catherine Ferrière Marzio             

      

grands rouges - Catherine Ferrière Marzio





La mer n'est ni triste ni joyeuse : elle est rouge pourtant dans ses si blanches écumes.







Muribeca Waste Dumping -



A la nuit, le phare éclaire clairement ma lanterne, et les containers brillent gueules ouvertes de tous leurs sacs... Trash ? Cash.




 

Le jour - Catherine Ferrière Marzio



Jean Dubuffet - Paysage métaphysique - 1952



A la flamme brille l'aile
danseuse au creux
de la puissante émanation

Corps à corps fascinant
dans une nuit défaite
soudée au feu vivant

La danse brûle
en approche des douleurs
dans l'étrange fête
au cœur
de transparences allumées
léchant lentement
le vert silencieux des forêts...

et l'étreinte éclaire les cécités.

Catherine Ferrière Marzio 
 

Alarme à l'agonie des géants rouges ! - Catherine Ferrière Marzio








Alarme
à l'agonie
des géants rouges !
encore debout
encore debout
sous la grisaille
comme mitraille
encore debout
cependant
vacillant 
 
maintenant 
 
l'homme sans travail
prenant sa tête entre ses mains
pour y garder sa rage et son chemin

maintenant

voit et écoute
claquer le pavois
de la sifflante plainte
tandis que les Vendus
au front des hontes
reconnus !
aspirent goulûment
les moelles des géants.


 

... même quand les lunes ... - Catherine Ferrière Marzio






Un arbre, pour dormir
dans les ombres des lunes
même quand les lunes
n'y seraient pas
agrandira mes perspectives
de compréhension des mondes
en bas
plus bas que les lunes et les ombres
dans les douceurs des mousses
dans les choses de racines
dans les oublis des cimes...




L'arbre sut le temps maudit. - Catherine Ferrière Marzio



 

EDOUARD BOUBAT

La Petite Fille aux Feuilles Mortes, 1946




A la nuit.

L'enfant confia sa main
L'arbre sut la protéger
A l'aube.

L'enfant reprit sa main
L'arbre sut lever le jour

A midi.

L'enfant donna du pain aux oiseaux
L'arbre sut partager

Après revint la nuit.

L'enfant ne parut pas
L'arbre sut le temps maudit.


                                     Catherine Ferrière Marzio

 

Abord - Catherine Ferrière Marzio



Abord
La soie fracasse
Le membre sec
L'origine fière
Ploie refaite

Apport
La Loi trace
La Voix arme
L'Orbite éclate
A l'Oeil
Sûr !
Catherine Ferrière Marzio
 

... et les vents portent ... - Catherine Ferrière Marzio







... et les vents portent aux sables des déserts et les déserts brûlent de Dieu, bleus ! et dedans les vents tournent les bêtes montées et de la geste rougeoient les armes...

Catherine Ferrière Marzio
le texte complet ici

 

Je vous en redirai - Catherine Ferrière Marzio







La roche profonde
des dehors vus
des dedans crus
nous y sommes
nus
dans les obscurités.

Je vous en redirai.

La ligne des horizons est aux silences des bêtes.
Une telle affirmation est le fait élevé à la gloire du poète.
Est-elle vraie ?
Oui.
Elle qui dit.
Mais !
Les réalités des faims, des cris, des sangs, des vies ?

Les lignes des horizons traversent les bêtes et les gens
ou
sont traversées.

Maintenant écrire les peurs des gens.
Ces gravités
jouées en patiences.

Je connais plusieurs perdus
aux soirs
épelant les abandons
penchés aux miroirs
délivrant les sciences liquides
de nuits déshabillées

Nuits Femmes !

ouvertes sur
des puits
des puits pour y brûler.
« Pour sûr Pour sûr. »

Pour suivre !

Dans les yeux vivants des gens
se taisent des baisers et
je vois des mains des mains
à leurs peaux dévisagées
et j'entends les coups au dur des cœurs.

Je vous en redirai.

Et des vinasses perlées aux fronts d'autres guerriers
lient les outrages flambés aux sangs chauffés
alors des moins que silences crachent les rancoeurs érigées.

Des verdures engluées aux pavés frottent leurs chevilles
car les froids sont arrivés
les froids des presque faims même si dans ce pays...

Les froids comme des bois pour s'y cacher

Aujourd'hui !

Et il y a des nantis aux biles furieuses
disant aux pauvres et maudits
les tristes suffisances
d'accusations pieuses
et d'aigres remontrances
l'ordinaire l'ordinaire...
des vies meurtries.

« Faut les crever ! »
« Pour sûr Pour sûr »

Pour suivre !

Et il y a des nuits
des nuits quand le loup fuit
plus que lui
rondes noires
des coquelets rieurs
aux toupets
jaunâtres
lardés et tremblant sur pattes
des nuits qui prennent en traître
les peurs des pauvres êtres.

Infamies crues !

Nuits marines
avec étoiles cousues
aux torses des petits ?

« Pour sûr Pour sûr »

Poursuivre...

Je connais de vieilles rides
offertes à nos actualités
elles grelottent un peu
dans les vastes incuries
à elles pour mourir attribuées.

Leurs têtes dodelinent bleuies
en mise-en-plis
aux airs des temps d'antan
frileuses sous soleils
fiévreuses tout pareil
cavales têtues
car ce qui est tu...

Parleuses dans les yeux
ô douces oublieuses.
Et leurs mains vieilles
tentent de donner
encore encore
et de tout pardonner
« On peut être et avoir été. »

« Faut les aimer ! »
« Pour sûr pour sûr »

A suivre.

Et les vieilles rides sont aussi aux vieux
sous casquettes
droits !
Ou pas.
Aux vieux revenus
de vieilles guerres
de vielles convictions
de vieilles obéissances
des vieux ors
des vieux jours et des vieilles nuits
des vieux hommes
enfants maris
des vieux.
Quoi !
Vous avez compris
il y a toutes les peurs
et
les dire où importent les crimes.
Tout a peur. Tout incrimine.

« Quand on y pense. »
« Pour sûr pour sûr. »

Et il y a la fleur.

La bête.

Et ces façons d'écrire...
Aux mondes parleurs pas écriveurs ! Parleurs ! S'exclamant ! Enjôleurs ! Penchés joliment sur les peurs. Devisant en mathématiques les choses des sentiments. Parleurs ! Pas écriveurs ! Mollissant aux ventres en jets cliquetant. Prises syncopées des réalités comme images pixelisées.
« Faut le dire faut le dire. »
Mais !

L'oiseau revient dans son silence, bête. Il se passe autre chose dans les gouffres. 



 

Restent - Catherine Ferrière Marzio




Origins - first chaos / déniché sur MEMBRANE



Parfois il y a le vent
parfois il y a l'oiseau
j'écoute
le vent et l'oiseau
cernée
par même voix.

Restent.

Emois et traces dans les sables des heures
à nous accordées.

A nous !
Du monde !

Je tends au chuchotement.

Et il succombe car
les voix hurlent
en chasse d'être hébergées
dans nos humilités
c'est là notre tâche
aux voeux des choses de bêtes et de vents
en premier.

Puis il y a les pierres aux terres noyées
les pierres graves
aux lieux des enterrés
empreintes monumentales
des mémoires ancestrales
mordues au sang par les éternités
ces pierres...
refoulées en marées
d'enfants, de femmes, de guerriers.

Et les pierres lancées aux frontières
du Constant messagères

Mais !

La roche profonde
des dehors vus
des dedans crus
nous y sommes
nus
dans les obscurités.

Je vous en redirai. 

L'écu ce matin encore brillait - Catherine Ferrière Marzio






L'écu ce matin encore brillait.

Elle en fit le tour avec la pointe du chiffon

et en admira l'or ouvragé avant de le soulever.

Elle chantonnait.

Madame entra.

-Je vous y prends jeune fille !

Elle ne sursauta que du mot et fit taire la chanson.

-Le chiffon partout est à passer !

Un doigt blanc griffa le marbre et le demeura.

Madame le scruta.

-M'expliquerez-vous ?

Elle expliqua.

-Tous les matins je le vois et il est encore là.

Madame se gaussa.

-Vous moqueriez-vous ?

Elle ne répondit pas.

-Si comme vous vous en vantez cela est nettoyé

comment se fait-il que l'écu y soit depuis huit jours sans en bouger ?

Elle eut l'âge, soudain, de conter ce refrain à sa descendance.

-L'écu était mouchard et Madame est morte ..



des lieux ! - Catherine Ferrière Marzio



Snow, 1960 © Saul Leiter


des lieux !
crus et vus
dans vitres et miroirs
pas des histoires !
en revenir est une affaire grise
grise
mais nos vies sont tendres comme fleurs et je vous ferai l'honneur de ne pas rimer avec bise... pourtant bise serait de mise... car une porte bat.





Monde, sois. - Catherine Ferrière Marzio // Andrea Zanzotto





Comme les ombelles sont belles dans ce gris presque bleu presque bleu ... parce que c'est au bout de toi que le parler navigue... comme les ombelles sont belles...parce que l'esprit y vit en ce pays des rives... dans ce gris presque bleu presque bleu...nous sommes extrêmement.
...comme les pierres des fonds emprisonnent les verts presque noirs presque noirs... il y a du sauvage dans le langage...nous sommes silencieusement.
... les pierres emprisonnent les verts de l'ombre noire de ton noir... sauvage langage... nous sommes... et les ombelles sont.



Bertrand Lamarche, Le terrain ombelliférique, 2006

 
Au monde

Monde, sois, et sois bon ;
existe bonnement,
fais que, cherche à, tends à, dis-moi tout,
et voici que je renversais, éludais
et toute inclusion n'était pas moins
efficace que toute exclusion ;
allez, mon bon, existe,
ne te recroqueville pas en toi-même, en moi-même

Je pensais que le monde ainsi conçu
dans ce super-choir, super-mourir,
le monde ainsi adultéré,
était seulement un moi mal décoconné,
que j'étais indigeste, mal imaginant,
mal imaginé, mal payé
et non pas toi, mon beau, pas toi, « saint » et « sanctifié »,
un peu plus loin, de côté, de côté

Fais en sorte d'(ex-de-ob, etc.) - sistere
et au-delà de toutes les prépositions connues et inconnues,
aie quelque chance,
fais bonnement un peu ;
que joue le mécanisme.
Allez, mon beau, allez.

Allez, münchhausen.

 
Andrea Zanzotto, in La Beauté
Traduction Philippe Di Meo - Ed. Maurice Nadeau – 2000 – p. 81