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Nirvana - Charles Bukowski // Tom Waits






Pas trop de chance, complètement sans but,
c’était un jeune homme dans un bus traversant la Caroline du Nord en chemin vers quelque part.
Et il a commencé à neiger.
Et le bus s’est arrêté à un petit café nulle part dans les collines et les passagers sont entrés.

Il s’est assis à un coin avec les autres, il a commandé et la nourriture est arrivée.
Ce repas était particulièrement bon

Et le café.
La serveuse n’était pas comme les femmes qu’il avait connues.
Elle était pure, quelque chose d’authentique émanait d’elle.
Le cuisinier à la friteuse disait des imbécilités.
Le gars à la plonge, derrière, rigolait, un rire bon clair agréable.

Le jeune homme observait la neige tomber derrière les vitres.
Il avait envie de rester dans ce café pour toujours.
Le curieux sentiment le parcourut que tout était magnifique ici.
Que cela restera toujours magnifique ici.

Ensuite le conducteur a dit aux passagers qu’il était temps de réembarquer.
Le jeune homme a pensé, je vais rester assis ici, je vais juste rester ici.
Mais ensuite il s’est levé et a suivi les autres vers le bus.
Il s’est assis à sa place et a regardé vers le café à travers la fenêtre du bus.
Alors le bus a démarré, repris la route, descendant, loin des collines.

Le jeune homme regardait droit devant lui.
Il entendait les autres passagers parler d’autres choses,
ou ils lisaient ou ils essayaient de dormir.

Ils n’avaient pas remarqué la magie.
Le jeune homme appuya sa tête d’un côté,
ferma ses yeux, prétendit dormir.
Il n’y avait rien d’autre à faire -
seulement écouter le son du moteur,
le son des pneus
dans la neige.


Traduction : David Ruzicka

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Il est tard, il est tard - Brigitte Fontaine


Jim Jarmusch, Coffee and Cigarettes - Tom Waits & Iggy Pop


Il est tard, il est tard : toujours cette phrase qui revient depuis si longtemps. Je regarde ces cigarettes qui ne sont pas encore fumées, ces cigarettes qui m'étreignent à l'intérieur avec leur venin réconfortant.
Mes doigts, ma gorge, mes poumons sont pleins de tabac. Je fume à suffoquer, sans arrêt, je fume à en crever, je fume à m'en relever la nuit, je fume en vain, mais je fume surtout pour m'aider à vivre quelques minutes. Lorsque j'absorbe goulûment la fumée de ma clope, c'est la vie que je cherche à puiser. Je ne me connais plus aucune mesure, je tousse, je flambe, c'est ma part du feu - le prix à payer pour la dose.

Ici, chez nous, cette loi au sujet des cigarettes dans les endroits publics est assassine et hypocrite. Dans quel funeste délire, dans quel effroi, la terre de la liberté est-elle devenue celle de la répression sous toutes ses formes ? Nous sommes au bord du fascisme. La vérole sur leur gueule.

La police ? Oui, oui, la police est là. Tout est en place. Des buissons de CRS brillent dans la nuit de Paris. On est entre de bonnes mains. Il y a une extraordinaire variété de flics : des soldats bleu foncé, des gendarmes mobiles, des brigadiers par couples, fusil au dos. Paris est une ville occupée.

Alors faut-il encore descendre dans la rue ? Bientôt des insurrections, des barricades, des mitraillettes sur les gamins bouclés serré ? En attendant, où faut-il donc aller habiter ? Je songe à m'installer au Danemark, une terre dans mon rêve jolie, humaine, fraîche et sans orages. Où l'on peut encore fumer, parait-il.

Vivre tout ce qui prolonge le feu : les regards chauds, le rouge, les bêtes, la musique et les cigarettes. Vive le feu. 

portrait de l'artiste en déshabillé de soie - Actes Sud