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Si ça y est ça y est - James Joyce



Ah.
Il laissa de nouveau pendre sa main.
Ne saurons jamais rien là-dessus. Inutile de chercher. Des boules de gaz qui tournent, qui se croisent, qui passent. Toujours la même ritournelle. Gaz, puis solide, puis monde, puis refroidi, puis coquille vide à la dérive, roc glacé comme ce rocher à l'ananas. La lune. Ça doit être la nouvelle lune à ce qu'elle disait. Je crois que oui.
Il passa près de la Maison Claire.
Voyons. La pleine lune c'était la nuit que nous étions, exactement dimanche quinze jours, c'est nouvelle lune. Nous marchions près de la Tolka. Bien réussie cette lune de Bellevue. Elle fredonnait : Jeune lune de Mai, mon amour nous éclaire. Lui de l'autre côté d'elle. Coude, bras. Lui. Le ve-e-r luisant s'allume, mon amour. Frôlement. Doigts. Demande. Réponse. Oui.
Assez. Assez. Si ça y est ça y est. C'était fatal.



 
James Joyce – Ulysses – 1922
traduction Auguste Morel, Valéry Larbaud,
Stuart Gilbert, James Joyce – 1957
folio Gallimard - 1990





La chandelle romaine - James Joyce



Et Jacky Caffrey hurla regardez, il y en avait une autre et elle se pencha en arrière et ses jarretières étaient bleues assorties à cause de la transparence et tous ils voyaient et hurlaient regardez, regardez là, et elle se pencha encore plus pour voir le feu d'artifice et quelque chose d'étrange voletait dans l'air autour d'elle, une douce chose qui allait de ci de là, sombre. Et elle vit une longue chandelle romaine qui montait au-dessus des arbres haut, haut, et, dans le silence tendu, ils avaient le souffle coupé d'excitation à mesure que ça montait plus haut, toujours plus haut, et il lui fallait se laisser aller à la renverse encore et encore pour la suivre, haut, haut, presque hors de vue, et son visage se teintait d'une divine, d'une enchanteresse rougeur à force de se cambrer et lui pouvait voir d'autres choses d'elle, les culottes de batiste, la matière qui caresse la peau, c'était beaucoup mieux que l'autre parure, la verte, à quatre shillings onze, parce qu'elles étaient blanches et elle le laissait et elle voyait qu'il voyait et puis cela monta si haut qu'on le perdit de vue un instant et elle tremblait de tous ses membres à force de rester renversée à ce point qu'il avait vue bien au-dessus du genou là où personne n'avait jamais pas même à la balançoire ou quand on fait trempette et elle n'avait pas honte et lui non plus de regarder de cette façon inconvenante comme ça parce qu'il ne pouvait pas résister au spectacle de cette merveilleuse révélation à demi offerte comme ces danseuses de cabaret qui se comportent de façon si inconvenante devant les messieurs qui les regardent et il ne cessait de regarder, regarder. Elle aurait aimé lancer vers lui un cri étouffé, lui tendre ses fragiles bras de neige pour qu'il se précipite, sentir ses lèvres se poser sur son front pâle, pousser le cri d'amour de la jeune fille, un petit cri étranglé, surgi du fond des entrailles, ce cri qui a retenti à travers les âges. Et alors une fusée pulsa et splasha en spasmes de blancs flashes et Oh ! elle éclata la chandelle romaine et ce fut comme si elle soupirait : Oh ! et tout le monde cria Oh ! Oh ! de ravissement et il en jaillit en gerbe un flot de cheveux d'or qui filaient et ruisselaient et ah ! ils devenaient un arrosement d'étoiles verluisantes tombant avec des dorées, Oh ! si exquis ! Oh si doux, si bien, si doux !

Puis tout fondit comme rosée dans l'air gris : tout fut silence. Ah !





James Joyce – Nausicaa in Ulysse – 1922

traduction Patrick Drevet

Gallimard – 2004





Occupé !





Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag IIB, mon retour en France – Casterman 2014

Ulysse – James Joyce – Traduction sous la direction de Jacques Aubert – Jacques Aubert, Michel Cusin, Pascal Bataillard, Patrick Drevet, Bernard Hœpffner, Tiphaine Samoyault, Sylvie Doizelet, Auguste Morel, Stuart Gilbert, Valery Larbaud – Gallimard 2004

Hiver sur les continents cernés – F.J. Ossang Archives Ossang, Volume 1, Revue - Cée 1977-1979 - éditions le Feu sacré

Journal du Blosne – Lucien Suel – Éditions Apogée – 2010

L'enregistré performances / improvisations / lectures – Christophe Tarkos – P.O.L – 2014

SchwarzWeißAufnahme – Fotografien von Arno un Alice Schmidt aus drei Jahrzehnten – Arno Schmidt Stiftung - 2009










Pour son argent - James Joyce





Et ce qu'on a vu en dernier c'est le sacré cab qui tournait le coin et la vieille tête de bouc en chaleur qui se gesticulait comme un perdu et le sacré enfant de garce de clebs par derrière avec ses esgourdes raplaties qui en mettait tant qu'il pouvait le bougre pour le déboyauter et de détripailler. Cent pour cinq ! Crédié, je vous fous mon billet qu'on lui en a donné pour son argent.


James Joyce – Ulysse
Traduction Auguste Morel, Valéry Larbaud,
Stuart Gilbert, James Joyce
Gallimard – 1957

demi-rétablissement aux barres parallèles James Joyce




Joseph Hubertus Pilates



Quels moyens lui restaient pour obtenir le rajeunissement que ces réminiscences confiées à un compagnon plus jeune que lui rendaient plus désirable encore ?

Les exercices en chambre, pratiqués d'abord d'une façon intermittente et par la suite complètement négligés, prescrits dans La Force Physique et les Moyens de l'Obtenir par Eugène Sandow, qui s'adressent à tous ceux qui sont particulièrement assujettis par leur commerce à une vie sédentaire, et qui doivent s'exécuter devant une glace en concentrant sa volonté afin de faire jouer les différents groupes de muscles et produire successivement une agréable détente et une résurrection plus agréable encore de l'agilité de la jeunesse.




Avait-il montré quelque agilité particulière dans sa prime jeunesse ?

Bien que le levage de poids fût au-dessus de ses forces et que le tour complet à la barre fixe fût au-dessus de son courage, cependant comme élève du collège il s'était distingué par son exécution régulière et prolongée du demi-rétablissement aux barres parallèles en raison du développement anormal de ses muscles abdominaux.





Ulysse – James Joyce

Traduction Auguste Morel

Gallimard 1957


 
 Eugen Sandow

Miction - James Joyce






                [...] 
À la suggestion de Stephen, à l'instigation de Bloom, tous deux, Stephen d'abord, ensuite Bloom, se mirent à uriner dans la pénombre, côte à côte, leurs organes de miction rendus réciproquement invisibles par l'interposition de la main, leurs regards, d'abord celui de Bloom, puis celui de Stephen, levés vers la projection lumineuse et semi-lumineuse de l'ombre.
Avec similarité ?
Les trajectoires, d'abord successives, puis simultanées, de leurs jets étaient dissimilaires: celui de Bloom plus long, moins saccadé, affectant incomplètement la forme fourchue de la pénultième lettre de l'alphabet, Bloom qui dans l'ultime année de ses classes (1880) l'avait emporté en hauteur sur les efforts de tous ses concurrents, les 210 élèves de l'institution; celui de Stephen plus haut, plus sibilant, Stephen qui dans les heures ultimes du jour précédent avait augmenté par des consommations diurétiques une pression vésicale obstinée. 
                                                                                    [...] 

James Joyce - Ulysse 
traduction Philippe Lavergne
Folio / Gallimard

Ulysse - James Joyce

James Joyce par Pierre Le-Tan


Et par le même chemin s’écoulent d’innombrables troupeaux de sonnaillers et de massives mères brebis, de béliers à leur première tonte, d’agneaux, d’oies d’automne, de jeunes bœufs, de juments renâclantes, de veaux étêtés, de moutons angoras et de moutons de parcs, de bouvarts de chez Cuffe et de bêtes impropres à la reproduction, de truies et de cochons bien doublés, et les variétés les plus diversement variées des pourceaux les plus distingués, des génisses du comté d’Angus, des bouvillards au pedigree sans tache avec les jeunes laitières primées du herdbook et les.bœufs : et là se fait entendre un perpétuel piétinement, caquettement, mugissement, beuglement, bêlement, meuglement, grondement, rognonnement, mâchonnement, broutement des moutons et des porcs et des vaches à la démarche pesante venus des pâturages de Lush et de Rush et de Carrickmines et des vallées baignées d’eaux courantes de Thomond, des marécages de l’inaccessible M’Gillicuddy et du seigneurial et insondable Shannon, et des pentes douces du berceau de la race de Kiar, leurs mamelles distendues par la surabondance du lait, et enfin dénient des barriques de beurre et de petit-lait et des tonnelets et des poitrines d’agneaux et des mesures de froment et des œufs oblongs par mille et mille, de toutes grosseurs, d’agate et d’ambre.

James Joyce – Ulysse
Traduction Auguste Morel, Valéry Larbaud,
Stuart Gilbert, James Joyce
Gallimard – 1957

Ulysse - James Joyce





À la suggestion de Stephen, à l'instigation de Bloom, tous deux, Stephen d'abord, ensuite Bloom, se mirent à uriner dans la pénombre, côte à côte, leurs organes de miction rendus réciproquement invisibles par l'interposition de la main, leurs regards, d'abord celui de Bloom, puis celui de Stephen, levés vers la projection lumineuse et semi-lumineuse de l'ombre.
Avec similarité ?


Les trajectoires, d'abord successives, puis simultanées, de leurs jets étaient dissimilaires: celui de Bloom plus long, moins saccadé, affectant incomplètement la forme fourchue de la pénultième lettre de l'alphabet, Bloom qui dans l'ultime année de ses classes (1880) l'avait emporté en hauteur sur les efforts de tous ses concurrents, les 210 élèves de l'institution; celui de Stephen plus haut, plus sibilant, Stephen qui dans les heures ultimes du jour précédent avait augmenté par des consommations diurétiques une pression vésicale obstinée. (...)