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nature morte #56 - Jean Duperray


Nous sommes aujourd'hui le Mardi 10 Clinamen 142
Rémission des Poissons - fête suprême quarte






Le poisson tressautant, ressort d'or minime, sautait sur le carreau, se heurtant au comptoir cherchant le ballon d'eau, prison enfin brisée *

bonjour,

                                                                     * Jean Duperray




" il aspira long, long, chu ! chu ! chu !... chu ! " - Jean Duperray






[...]

il s'assit, et yeux clos suavement, accoudé des coudes aux genoux, il aspira long, long, chu ! chu ! chu !... chu ! Le bon café dont l'odeur sur fumier et foin de grande étable dans la cour s'épandait arôme au sucre et gniole, marc de raisin morsure,
     jusqu'aux haies, depuis la table,
    les deux yeux fermés donc et le chapeau baissé, il mit dans le jus noir ses moustach'à tremper. Ses deux moustaches longues, gauloises en poil de chèvre, mijotaient du milieu dans la tasse en faïence, décorée richement de cette Japonaise, qui sur le pont passait, sur l'épaule une ombrelle.

[...]

- Celui de tes moustaches ! Vous le sucez après ?
    [...]

Jean Duperray – Harengs frits au sang – l'arbre vengeur - 2010



sur les conseils avisés de Louis Watt-Owen


Harengs frits au sang - Jean Duperray



- Avant le grand plongeon, reprendre son souffle !
- On en recausera ...



Jean Duperray



THEOREME

Je veux, dans cette brève préface, non pas tenter de me faire pardonner les « trop longs commentaires » intégrés à de précédents récits, mais redire, une fois de plus, que, plus je vais, plus je pense, entre autres certitudes, que la magie picturale d'un livre, à la manière de celle des natures mortes, révèle d'abord son authenticité à son pouvoir indestructible de doter notre mémoire la plus interne d'inimitables assemblages d'objets familiers et sonores à ce point semblables à ceux de nos souvenirs que, par un subterfuge au mécanisme indiscernable, aussi insidieux qu'une germination filmée, à la limite précise où l'on n'en peut encore voir le mouvement, c'est de souvenirs artificiels qu'en fait nous nous trouvons dotés et qui, bientôt, se mêlant aux nôtres, s'y assimilent si bien que nous ne les en distinguons plus, sinon par l'étonnante et presque abusive parenté d'élection qu'avec les plus vivaces d'entre eux ils marquent justement par tout ce que, par rapport à eux, ils conservent d'insolite.


Jean Duperray – préface à Harengs frits au sang
L'arbre vengeur - 2010