Affichage des articles dont le libellé est Andrea Zanzotto. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Andrea Zanzotto. Afficher tous les articles

nature morte #81 - Marcus Doyle // Andrea Zanzotto


Nous sommes aujourd'hui le Lundi 9 Palotin 142
Sts Boleslas et Ladislas, polonais - fête suprême quarte



encore merci à Coline Termash


Marcus Doyle - Lanzarote


journal des bords - 

Et maintes fois, j'en suis presque venu
à maudire ces lieux de cinéma
qui, comme plaies, percent jusqu'en rase campagne,
et plus seulement dans les villes et les villages :
à empâter nos rêves * 
 
bonjour,
 
 
* Andrea Zanzotto
 
 
 
 
 

Prophéties ou mémoires, ou journaux muraux - Andrea Zanzotto





Collines, difficilement prophétisantes,
torturées, tordues par votre vérité et indication jusqu'ici
pour un bref repas,
pour un psssit à l'oreille.
Maintenant : exérèse d'une bonne part
pour le moins inutile ; puis nous verrons.
Le torturant, le verbalisant des plus instables,
ce qu'on vous tend, ou le courroucé et demi-tour,
mais : protestation ou louange et - ainsi -
"vous" appelle, en vous se stabilise
Parler toscan, et ho-homme-me je sculpte, et Beauté avalisée.

Oh, seuls quelques regards ici alentour
pour chacun, pour tout, qui apporterait son munuscule,
sa goutte de don et d'oeillade.
Et chacun a sa petite théodicée en lui ;
ne pas rater le show, ni, par la suite, le show des petits outrages.
Egalement : prophéties, mémoires, journaux muraux,
monogrammes, plurigrammes partout, effleurant   "                ".
Et les interférences de vies,
à peine vi, çà et là évanouies,
déficiences ou simples spécularités
ou même déficiences de spécularités.
Et, tout pareil, plaques sensibles, dossiers, enregistrements
pour attester de-ci de-là du passage
de la force de la grâce. "Grâce."
Gratitude initiale - c'est cela qu'on veut comprendre
et vous avouerez - ou le crime, l'outrance.
Qu'entre la gloire. Les restes de la gloire.


Andrea Zanzotto, in La Beauté
Traduction Philippe Di Meo
 Ed. Maurice Nadeau – 2000 – p.113

Monde, sois. - Catherine Ferrière Marzio // Andrea Zanzotto





Comme les ombelles sont belles dans ce gris presque bleu presque bleu ... parce que c'est au bout de toi que le parler navigue... comme les ombelles sont belles...parce que l'esprit y vit en ce pays des rives... dans ce gris presque bleu presque bleu...nous sommes extrêmement.
...comme les pierres des fonds emprisonnent les verts presque noirs presque noirs... il y a du sauvage dans le langage...nous sommes silencieusement.
... les pierres emprisonnent les verts de l'ombre noire de ton noir... sauvage langage... nous sommes... et les ombelles sont.



Bertrand Lamarche, Le terrain ombelliférique, 2006

 
Au monde

Monde, sois, et sois bon ;
existe bonnement,
fais que, cherche à, tends à, dis-moi tout,
et voici que je renversais, éludais
et toute inclusion n'était pas moins
efficace que toute exclusion ;
allez, mon bon, existe,
ne te recroqueville pas en toi-même, en moi-même

Je pensais que le monde ainsi conçu
dans ce super-choir, super-mourir,
le monde ainsi adultéré,
était seulement un moi mal décoconné,
que j'étais indigeste, mal imaginant,
mal imaginé, mal payé
et non pas toi, mon beau, pas toi, « saint » et « sanctifié »,
un peu plus loin, de côté, de côté

Fais en sorte d'(ex-de-ob, etc.) - sistere
et au-delà de toutes les prépositions connues et inconnues,
aie quelque chance,
fais bonnement un peu ;
que joue le mécanisme.
Allez, mon beau, allez.

Allez, münchhausen.

 
Andrea Zanzotto, in La Beauté
Traduction Philippe Di Meo - Ed. Maurice Nadeau – 2000 – p. 81

Autres coquelicots - Andrea Zanzotto



Pierre Hanquin


Fiers d'une fierté et d'un rut barbare,
surabondants en tout pétale,
rouge+rouge+rouge+rouge
        coup de dés maudit,
        sanglantes puissances débordantes,
        presque chacune de vous pour couvrir un pré entier -
depuis quels,
depuis quels mondes massacrifères,
massacrifère coquelicots,
        flambant, ici, vous campâtes
        four effronté du rouge,
        qui en mystériques taches
        ne cesse de jaillir, de se répandre
        soufflant deçà delà ses habituels mois de mai gris-bleu ?

Comme les frelons se font toujours plus énormes
          CRABRO, CRABRO
et presque difformes vis-à-vis de tout destin,
et les escargots boyaux soufflant deçà delà sur la végétation :
allez ! allez ! il est temps de se débarrasser de ce printemps
de mares de sang, de salves de tireurs d'élite
Courir, courir
en se couvrant, anxieux, essoufflés, têtes et bras et corps aveugles,
courir, courir pour qui
court et court sous les frelons, les tireurs d'élite
et en effroyables coquelicots finit

                                                 (1993-95)



Andrea Zanzotto - Météo - traduction Philippe Di Meo - Editions Maurice Nadeau - 2002

(pour que) (croisse) - Andrea Zanzotto



Ingrid GANTNER - L'Oeil de la forêt - 2009



Pour que croisse l'obscur,
pour que soit juste l'obscur,
pour que, un à un, des arbres
et des ramifications et des feuillaisons d'obscur,
il vienne plus d'obscur -
pour qu'en nous tout vienne mettre bas dans l'ombre
de sorte que donner et avoir, arbre le plus sombre,
se rendent à d'uniques racines – surgis
sombre dans la morsure – entre les arbres – surgis
menace nocturne, fumée menaçante:
du non-arborescent par trop grande luxuriance,
viens, pentes déjà montées sur les pentes, l'obscur,
viens, frondaisons tombées, montées sur les frondaisons, l'obscur,
suce-nous autant qu'il se peut dans le bien obscur, dans l'obscure cession
pour te refaire dans le jeu, instant après instant,
de feuillage obscur en obscure filiation
Crois à l'impourvue, toi: l'obscur, les obscurs,
et qu'il n'y ait rien d'autre que la bouche
accidentée pire, meilleure, qu'une envie de consubstantialité,
envie de salvation – bouche à bouche – d'obscur
Que la langue essaie, agresse, s'englue en obscur
nous et nous en langues-obscur
Pour que croisse et s'avère sans s'élancer
mais en s'apaisant dans son accomplissement, l'obscur,
Chaque non des arbres non des sentiers,
non du tubercule contorté, non des phalanges,
non des courbes, des glissades agiles d'herbes,
Pour qu'il croisse et se retrouve et puisse se distraire en espaces,
en tortures, en paix, en armes tendues à l'obscur -
main tendue à l'obscur, main à la belle obscure,
doigt de la main jamais las
de s'enchaî-chaîner, de se mouiller, d'être séants à l'obscur -
Langues toujours au surcroît, au très doux excès
d'obscur, agglutinées, deux qui bout de deux -
clameur, arbres, autour de l'obscur,
clameur de plus en plus haute jusqu'à se dédire en obscur,
jusqu'à la pacifique, la greffe criée, dans le toi, dans le moi, dans l'obscur
Greffe et retours de faveur, creuset d'obscur,
oh, toi, greffé d'obscur en obscur, toi,
prolongée, retranchée de feuille en feuille/obscur,
louée de fougère en fougère, dans le brut, dans le raffiné d'obscur
Mais tu vois et ne peut voir combien il est ici d'obscur,
langue tu as bu et bien d'avantage et des sentiers et des mousses intruses,
cependant, tu t'assures, tu apprêtes, tu désaperçois,
tu te stratifies, légère, bénie, en l'obscur

Non-mémoire, millénaires et milles, entassés dans le fornix
sont un doigt de l'obscur, ôte-le de la bouche, fais-le noeud de phalange,
ruine et répare l'obscur, ce sera ainsi un forfait et un futur
Trop de l'aine, du ventre, de glands et glandes
s'enaimant en obscur, engendre des genres, pétrit du tissu glial
Se précipiter hors baiser, se décoaguler, venir à portée
de tout possible obscur
Arbres possibles, arbres à eux-mêmes obscurs
jamais rassasiés, jamais, d'avoir accès en multitudes,
à se désorienter, à orienter, intolérable levure
Fange d'obscur qui doucement fornique, paît
dans les cavités où se fige de fugues (l'obscur)

Et la pluralité innombrable des modalités
de l'obscur, s'entretailler en innombrables – non deux -
d'obscures sexualités

Ici, en fèce, à l'obscur, être immanent
Là en voûte, à l'obscur, s'exhaler
Possibles, arbres – Possible, obscurs, obscur.
Obscur a soi, sexuée, humilité,
outrecuidance, pitié.


Le Galaté au bois (1978) - pp 167/169 - in Du paysage à l'Idiome
Traduction Philippe Di Meo 
Maurice Nadeau / Editions UNESCO - 1994

Moisissures - Andrea Zanzotto





–   L’éternel tremblement des feuilles
–   Arrêtez un instant !
–   Ça suffit
–   Dérive au point
     Dérive au point
–   Avec tant de nébuleuse verte
     flamboyante en vain,
     vertige d’éveils
     des fissures du ciment
–   Conduite continue en hypnose
     que stimulent des yeux-doigts étouffants
–   Étouffe – c’est l’heure – allez, cesse
     de feindre d’attendre en spasmes
–   Nous t’accordons des brevets et des licences
     de haute séduction –, mais ça suffit
–   Destins sequins, pinocchios grand éclos,
     torsions de déjà-vu, mais ça suffit
–   Petite moisissure de la planète ou pain des bois
     râpé avec munition ou affliction
     d’un logos qu’on ne trouve plus qu’en location.
–   Et je t’y reprends avec ton éternel tremblement des feuilles
–   « Gris tombe le soir ; qu’il se confonde
     avec le bruit du four à micro-ondes. »


in Po&sie n° 109 - traduction de Philippe di Méo et Martin Rueff, p. 146 

Martyr, printemps - Andrea Zanzotto



Mario Giacomelli, Paesaggio


II

Le mont, ton mont se libère
au-dessus de la stature de tous les pays,
de la vie où nous persistons,
aveuglés de pluies et bois,
les tempes opprimées par le golfe boréal
des cieux qui te consumèrent,
impurs et ternes les pas
entre le souffle de la belle et l'erreur du dément.

Là-haut il n'est plus de lumière, 
peut-être, ni d'azur, le printemps
paît d'angoissants pollens les crêtes vides,
écho sans gloire, la neige,
parmi les larves visqueuses des tourmentes ;
mais la noire inondation
monte la garde devant ton grabat,
les torrents courroucés surprennent
tout ce qui est entre nous,
tout lien, toute figure.

Violant tant d'abruptes
terreurs, de pierreuses distances,
amour, toi seul fais irruption dans ma poitrine,
toi, sur nous, sentier
plus escarpé, sur tous nos
jours rompus et fourmillants,
sur tout le touffu du printemps.

Derrière le paysage (1951) - p 33 - in Du paysage à l'Idiome
Traduction Philippe Di Meo 
Maurice Nadeau / Editions UNESCO - 1994

Epistaxis - Andrea Zanzotto



Coulées de sang noir sur papier
Pierre Soulages


Comme on se retrouve avec du sang-de-nez,
sang gnome ou bambin ou babouin,
sans apparemment
- sang non pertinent –
cause aucune.
Une goutte qui pourrait être mucus
mais qui est au contraire rouge
sur la table ou sur le mouchoir,
c’est à cela que ressemble maintenant
le fait de me retrouver encore
à l’improviste face à
ces lignes
que je ne devrais désormais plus écrire
et, qui, au contraire, et sait-on/ depuis quelles rares narines/
jaillit cette négligeable épistaxis
celle qui se fait laque sur la table,/
un rouge que je ne peux refuser,
rouge de cellules n’appartenant
déjà plus à personne,
rouge innocente épistaxis
« qui passera aussitôt », et d’ailleurs,
(« c’est comme si elle était déjà passée,
certes sans besoin de tampons
ou de lumières, ou de ténèbres
ou d’effets spéciaux »)

 Idiome, traduction Philippe Di Meo, José Corti, 2006