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Piscine - Collège de pataphysique / Arno Schmidt


L'ère Pataphysique commence le 8 septembre 1873, qui d'ores en avant prend la dénomination de 1er du mois Absolu An 1 E.P. (Ère ’Pataphysique).

on consultera le calendrier du collège de pataphysique ici





Retranscription - extraits de la vidéo Arno Schmidt, le cœur dans la tête



Gazon coiffé à la brosse avec parterre de fleurs.

Jazz diffusé par de hautes lanternes parleuses.

3 bassins, la mare à marmaille, le non-nageur et en contre-haut, tout à flanc de colline, celui pour les chevronnés. & le bassin de passage, pieds-propres, afférent, très bien.

Le géant-plongeoir blanc, judicieusement effilé, se penchait affectueusement de ses 10 bras déployés.
Arno Schmidt
Version française Laurent Szabo & Nicole Taubes



Alice & Arno Schmidt - photo  Willy & Erika Michels


ils vont nous construire un institut de physique nucléaire - Arno Schmidt





Retranscription - extraits de la vidéo Arno Schmidt, le cœur dans la tête


Au bord de la Darm, il fait 5 degrés au-dessous de 0. Un vent d'est glacial a blanchi les prairies. Les routes, des pistes de course, sont grises. De temps en temps une rafale y balaie une… Une quoi ? Est-ce une fille ? On n'en voit que le cube bien cimenté de son manteau.
De nouveau du raffut dans la Heinrich Strasse, à cause de ce qu'il y aurait encore à raconter mais qu'on n'a plus envie de raconter. À savoir qu'à Darmstadt, en plus du réacteur atomique, ils vont nous construire un institut de physique nucléaire. Bientôt je serais assez chargé de radio-activité pour pouvoir lire la nuit grâce à ma propre auréole. Toujours ça d'économisé !

Arno Schmidt
Version française Laurent Szabo & Nicole Taubes
 

À l'abri sûr des blindés - Arno Schmidt



Photo Arno Schmidt




Retranscription - extraits de la vidéo Arno Schmidt, le cœur dans la tête
 
Premièrement l'endroit. Bargfeld est situé à 20 kilomètres au nord-est de Zehle. 350 habitants, quelques 45 maisons. La route se termine dans la localité même, donc pas de circulation de transit. Un calme absolu garanti, d'ailleurs vérifié par 2 nuitées. Pas d'église. L'école est à l'autre extrémité de l'endroit. Donc cette source phonique est également en quantité négligeable. Les maisons entourent la place du village plantée d'un carré de chênes. C'est la City, avec l'auberge, la pompe à incendie et le flic du coin.

Au nord-est, s'étend la lande sauvage. C'est-à-dire une lande où le randonneur peut s'enliser imperceptiblement dans les marécages, à l'abri sûr des blindés. Dans cette direction, on peut parcourir 50 kilomètres sans apercevoir une seule maison. 
Lune, brume & pluie de premières qualités. 
Quant à l'eau du robinet, impossible, même avec la plus mauvaise volonté, de déceler le moindre arrière-goût de purin.



Arno Schmidt
Version française Laurent Szabo & Nicole Taubes
 

mieux vaut ne pas examiner le reste, défaillant - Arno Schmidt



Le cœur dans la tête
Film de Oliver Schwelm. Musique de Pascal Holtzer.
Version française Laurent Szabo & Nicole Taubes.



Emission TV « Titel, Thesen, Temperamente » - 1973

Comptant sur la chance, nous nous sommes postés devant 
cette maison. Pour ce qui est d'Arno Schmidt, il ne se montre pas. La maison est cachée par la verdure et entourée de barbelés. Pas de sonnette. Inutile de téléphoner.




Retranscription - extraits 

" [...] L'artiste n'a qu'une alternative : exister en tant qu'homme ou en tant qu’œuvre. Dans le second cas, mieux vaut ne pas examiner le reste, défaillant [...] "

" [...] Quand on enferme des grandes araignées dans un bocal, une persistante tradition populaire rapporte qu'elles s'engagent aussitôt dans une lutte à mort, au point de s'entre-dévorer jusqu'à la dernière survivante, la plus féroce. Ce sont donc vraiment de sales bêtes envers leurs congénères, farouchement jalouses de leur solitude. En même temps tissant des toiles fabuleuses, elles sont d'incontestables artistes, si répugnantes que nous apparaissent leurs mœurs, ou plutôt leurs mœurs contre nature. J'ose avancer que tout grand écrivain, et dans une mesure directement proportionnelle à son importance, fut pareillement, au sens bourgeois du terme, un individu sans amis ni sociabilité [...] "


" [...] Un bon écrivain ne doit avoir ni ami, ni patrie, ni religion. Il y a là sûrement de quoi choquer le lecteur, mais ça signifie simplement que : si j'ai un ami, je pourrais être induit à altérer la vérité, qu'au-dessus de la patrie, il y a au moins encore une chose : l'humanité. Et que si je me réclame d'une religion, je suis incapable de comprendre les peuples suivant d'autres croyances. Autrement dit, cette formule choquante signifie que l'écrivain doit être objectif, une sorte de miroir du monde [...] "


" [...] Je dois dire que le fossé se creuse entre moi et les… Je ne sais pas s'ils sont vraiment jeunes. Je suis heureux d'apprendre que mon public vieillit avec moi. Il y a une chose qui me chagrine : notre jeunesse ouest-allemande, c'est différent à l'est, notre jeunesse ne sait plus ce que sont le travail et la discipline. Je crois qu'il y a un malentendu. Ils veulent tous… Ils sont ambitieux, ils veulent être célèbres, ils veulent réussir, mais… il faut payer de sa personne pour accomplir de grandes choses et ils n'en ont pas conscience [...] "

Arno Schmidt
Version française Laurent Szabo & Nicole Taubes


la place du X



Presse-papier - Philippe Harnois



   scènes de la vie d'un faune - Arno Schmidt
Entre les parcelles 123 et 124 ; puis le chemin vers l'orée de la forêt : les fougères sauvages ; jaunes les vieilles, vertes les jeunes, oisives imposantes. Ma sente serpentait, contournée, toujours plus isolée et insignifiante, et s'était depuis longtemps perdue quand je m'arrêtait sur la droite : Bon sang ! : le voilà, l'endroit où Thierry et Caterre disparaissaient toujours ! (Ou plutôt : Thierry ou Caterre. - Et donc, je jetai mon cartable derrière un buisson, avec mon bâton, et sondai le terrain : -.-.- agir encore avant que les ténèbres ne m'engloutissent ; bravons encore un peu la mort!) 
traduction Nicole Taubes
Tristram 2013


   je te vois - Murièle Modély

dans le foyer

des oh my god

des we gonna die

des fuck fuck fuck

le repas terminé dans la pièce à côté

les jambes s'ouvrent les yeux se ferment
 éditions du cygne - 2014


    extermination (parental advisory) - Lucien Suel

Je déteste la bave collante des limaces sur les doigts.

J'utilise n'importe quel moyen pour les tuer sans les toucher. Je les transperce avec une pique à brochettes en acier inoxydable, sinon avec la lame d'un canif, voire avec toute branchette pointue ramassée dans le jardin.

Au pire, je me sers d'un éclat de silex pour éclater leur bedaine de gastéropode.
La Table Ronde – 2014


    mouvements - Henri Michaux

Abstraction de toute lourdeur

de toute langueur

de toute géométrie

de toute architecture

abstraction faite, VITESSE !
 in Face aux verrous
 Poésie/Gallimard – 2008


    Paysage lacustre avec Pocahontas - Arno Schmidt

Ma tête sur ses genoux (dans l'herbe haute de ses doigts) : et elle avait des taches vertes sur les cuisses, des bleu-noir à bordure jaune, toutes des grimpages dans le canoë, autour de certaines on voyait même des arcs dentés, et je secouai la tête, compatissant, hypocrite. Dans la toile d'araignée de paroles chuchotées, dans le lustre d'eau et de plomb./ 
in Roses & Poireau - traduction Claude Riehl
éditions Maurice Nadeau - 1994



Moines - Minoru Yoshiokia

Quatre moines

Déambulent dans un jardin

De temps en temps ils enroulent une étoffe noire

En forme de bâton

Et sans la moindre haine

Ils flagellent une jeune femme

Jusqu'à ce que les chauves-souris hurlent

L'un prépare les repas

L'un va chercher les impies

L'un se masturbe

L'un est tué par une femme 
in Anthologie de poésie japonaise contemporaine
traduction Jeanne Sigée
Gallimard – 1986



de blêmes faces de cauchemar - Arno Schmidt





Deux versions

Traduction de Claude Riehl :
Ma vie ? ! : Ma vie n'est pas un continuum ! (il n'est pas que le jour et la nuit pour la diviser en fragments alternativement blancs et noirs ! Car le jour aussi m'accompagne cet autre qui va à la gare, est assis derrière un bureau, bouquine, traîne dans les bois, copule, bavarde, écrit, pense à mille petits riens. Cet éventail qui se disloque. Qui court, fume, défèque, radiophone et télespecte, dit " Monsieur le sous-préfet " : That's me !) : Une succession d'instantanés scintillants, en vrac.
Non, pas un continuum, certainement pas un continuum ! : Ainsi court ma vie, ainsi mes souvenirs (comme qui, pantelant, voit approcher la tempête nocturne) :
Un éclair : une bicoque désolée qui grimace au milieu de taillis vert-de-gris. Puis : la nuit.
Un éclair : de blêmes faces de cauchemar, roulant des yeux vides, des langues, battants de cloches, à toute volée, des doigts qui se font dents : Nuit.
Un éclair : des arbres font la haie; des cerceaux jouent avec des gosses; des femmes s'accroupissent; des fillettes polissonnent blouse au vent : Nuit !
Un éclair : moi : Hélas : Nuit !
Ma vie : La ressentir comme un ruban qui, majestueusement, se déroule, voilà précisément ce dont je ne suis pas capable. Pas moi ! (Dire pourquoi.)

Arno Schmidt - Scènes de la Vie d'un Faune
Traduction Claude Riehl
Christian Bourgeois Editeur - 1991



Traduction Nicole Taubes :