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Murmure de mort - Jeannette Armstrong / Ana Álvarez-Errecalde








Je marchai hier
dans Thunderbird Park.

Cette nuit
j'enlève mon masque,
de mes doigts ensanglantés,
je me vois
marcher
devant les vitrines décorées de totem criards,
descendre des avenues sonores.

Il n'y a pas d'Indien ici.
Aucun
même dans le musée à un million de dollars
qui conserve si délicatement
leurs vêtements, leurs ustensiles de cuisine,
leur nourriture
pour ceux qui
venant de partout
paient leur billet
et y emmènent leurs enfants.

Il y a quelques Indiens
rôdant autour de l'hôtel Kings
et ils sont morts,
confits dans l'alcool.
Il aurait été plus clair
de nous tuer tous d'un coup.
Tous les clans et les tribus
auraient pu être habillés et empaillés.
Il aurait été plus simple d'ajouter
un cinquième étage au musée
pour les exposer.
Mieux encore :
de les empiler comme du bois de chauffage
dans nos longues maisons
où nous serions au moins chez nous
et ça serait d'un bon rapport.

Je marche lentement et me souviens
je chancelle sous
le poids de l'âpre fardeau enfoui
que je porte
et du masque ingénieux que je me suis fabriquée,
avec les ossements et la peau
de ma tribu disparue
en le plongeant dans le sang frais
de mes frères et sœurs
puisé sur les anciens champs de bataille
près des hôtels.


Jeannette Armstrong in Anthologie de la poésie amérindienne 
Traduction Manuel Van Thienen 
Bacchanales n° 42
Revue de la Maison de la Poésie Rhône-Alpes
Le Temps des Cerises

Laisse-moi dire rien qu’une fois et pour toujours, pour que cela soit clair : Coyote n'appartient à personne - Peter Blue Cloud // Joseph Beuys




















Joseph Beuys - “I Like America and America Likes Me”



Coyote, Coyote s’il te plaît dis-moi
Qu’est-ce qu’un shaman ?

Je ne sais rien
du shaman.
Je suis moi-même docteur.
Quand je pratique la médecine,
c’est une affaire entre moi,
le malade,
et la Création.


Coyote, Coyote s’il te plaît dis-moi 
ce qu’est le pouvoir ?

On dit que le pouvoir
c’est l’habileté à démarrer
sa tronçonneuse
du premier coup.


Coyote, Coyote s’il te plaît dis-moi  
qu’est-ce que la magie ?

La magie c’est la première saveur  
des fraises mures, c’est aussi
un enfant qui danse
dans une pluie d’été.


Coyote, Coyote s’il te plaît dis-moi
pourquoi la Création existe ?

La création existe parce que je
suis allé me coucher hier soir
avec le ventre plein,
et quand je me suis réveillé
ce matin
tout était là.


Coyote, Coyote s’il te plaît dis-moi
à qui appartiens-tu ?

Si je me réfère aux toutes dernières
études, il y a certaines
personnes qui, sous couvert de poésie
ou de science,
me revendiquent
comme objet de conquête.


Laisse-moi dire rien  
qu’une fois et pour toujours,
pour que cela soit clair :
Coyotte
n’appartient à personne.


Peter Blue Cloud
Traduction Manuel Van Thienen - Anthologie de la poésie amérindienne
Bacchanales n°42 - revue de la Maison de la Poésie Rhône-Alpes



 






Le vieux mort inconscient - Juanita Pahdopony



An abrupt End - James Huse


Comme une baudruche
je volai dans la pièce
me précipitant en tout sens
dans un grand fracas
de jet d'air chaud
finalement
quand tout l'air se fut échappé
et
qu'il ne resta plus rien
que ma peau brune de caoutchouc
rabougri
gisant silencieuse et immobile
comme une vieille
chambre à air
usagée
une foule se rassembla
et
chacun avait son opinion
sur ce qui était arrivé
au vieux
mort inconscient
moi.


Juanita Pahdopony – Anthologie de la poésie amérindienne
Traduction Manuel Van Thienen
Bacchanales n° 42
Revue de la maison de la poésie Rhône-Alpes – Le Temps des Cerises - 2008


Le loup hurle - Annette Arkeketa







Nous enseignons à nos enfants

« on ne coupe ses cheveux
qu'en cas de deuil

d'un être cher
à notre coeur
mort récemment

le temps cicatrise la peine
pendant que les cheveux repoussent
et calme la douleur »

Donc un directeur
de notre école primaire
ignorant la signification de la tresse
de nos enfants

envoie un mot aux parents
épinglé à l'extrémité de
la tresse de ce garçon

« votre enfant ne sera
plus accepté à l'école
s'il ne coupe pas
ses cheveux ! »

sa mère veillant à
son « éducation »

coupa les cheveux de son fils

le loup hurle


Annette Arkeketa in Anthologie de la poésie amérindienne
Traduction Manuel Van Thienen
 Bacchanales n° 42 - Revue de la Maison de la Poésie Rhône-Alpes -Le Temps des Cerises