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c'est pour cela qu'on est venu nous chercher - Thierry Metz



4 août. – On a posé vingt-sept poutrelles de six mètres. Dans la journée. D'une traite. Sans regarder la montre. Sans penser que c'était lourd et difficile. Sans le dire. Sans compter.
Nous nous sommes avancés loin dans le chantier. Mais ce soir on a des enclumes au bout des bras. Nos visages en disent long. Impossible de cacher le dormeur qui s'accroche à nous.
Tout ce que nous pouvons faire maintenant : c'est bâtir une chambre autour de lui. Pour l'écouter. Pour finir ce que nous avons commencé là-bas. Sans lui.
C'est le peu qui nous reste.
Un souffle.
Une image.
C'est pour cela qu'on est venu nous chercher.


Thierry Metz – Le journal d'un manœuvre - 1990
Folio / Gallimard - 2004





nature morte #63 - Miranda Ivarsson // Richard Brautigan


Nous sommes aujourd'hui le Mardi 17 Clinamen 142
St Hiéronymus Bosch, démonarque - fête suprême quarte







journal des bords -
Je misais mon argent mental sur un moineau quand j'entendis un coq qui chantait *

bonjour,
 
 * Richard Brautigan - Journal japonais
traduction Nicolas Richard





dans les solitudes, dans la monotonie et les mirages… - Pierre Loti



Qui veut venir avec moi voir à Ispahan la saison des roses prenne son parti de cheminer lentement à mes côtés, par étapes, ainsi qu'au Moyen-Âge.
Qui veut venir avec moi voir à Ispahan la saison des roses consente au danger des chevauchées par les sentiers mauvais où les bêtes tombent, et à la promiscuité des caravansérails où l'on dort entassés dans une niche de terre battue, parmi les mouches et la vermine.
Qui veut venir avec moi voir apparaître, dans sa triste oasis, au milieu de ses champs de pavots blancs et des ses jardins de roses roses, la vieille ville de ruines et de mystère, avec tous ses dômes bleus, tous ses minarets bleus d'un inaltérable émail ; qui veut venir avec moi voir Ispahan sous le beau ciel de mai se prépare à de longues marches, au brûlant soleil, dans le vent âpre et froid des altitudes extrêmes, à travers ces plateaux d'Asie, les plus élevés et les plus vastes du monde, qui furent le berceau des humanités, mais sont devenus aujourd'hui des déserts.
Nous passerons devant des fantômes de palais, tout en un silex couleur de souris, dont le grain est plus durable et plus fin que celui des marbres. Là, jadis, habitaient les maîtres de la Terre, et, aux abords, veillent depuis plus de deux mille ans des colosses à grandes ailes, qui ont la forme d'un taureau, le visage d'un homme et la tiare d'un roi. Nous passerons, mais, alentour, il n'y aura rien, que le silence infini des foins en fleur et des orges vertes.
Qui veut venir avec moi voir la saison des roses à Ispahan s'attende à d'interminables plaines, aussi haut montées que les sommets des Alpes, tapissées d'herbes rares et d'étranges fleurettes pâles, où à peine de loin en loin surgira quelque village en terre d'un gris tourterelle, avec sa petite mosquée croulante, au dôme plus adorablement bleu qu'une turquoise ; qui veut me suivre se résigne à beaucoup de jours passés dans les solitudes, dans la monotonie et les mirages…


Pierre Loti – Vers Ispahan, prélude
in Voyages (1872-1913)
Bouquins / Robert Laffont - 1991





18 avril 1932, Gedaref - Michel Leiris


Mission Djakar-Djibouti - itinéraire Gedaref-Djibouti 
19-04-1932 / 30-01-1933



18 avril 1932, Gedaref.
La tension monte : je dors sur la terrasse, dans un vent fou. La chaleur est étouffante. Le casque vous sèche sur la tête, et serre le front car il est devenu trop étroit. Nos faces, nos bras, nos genoux sont brun-rouge. Je n'aime que cette couleur-là. Combien de kilomètre a-t-il fallu que nous fassions pour nous sentir au seuil de l'exotisme !


Michel Leiris – ouest du Soudan Anglo-Egyptien
in Miroir de l'Afrique
Quarto / Gallimard - 1995





traversée du Wolqayt - Michel Leiris



13 décembre 1932

Hier soir, beau clair de lune comme toujours. Vacarme de grillons et de grenouilles. Grands feux de bois illuminant les arbres. Des éclairs de chaleur puis le vent qui s'élève font craindre un moment une tornade. Il n'en est rien heureusement. Nous n'avons pas à regretter de ne pas avoir déplié nos tentes.

Je dors mal (je me suis couché trop tôt). Au matin, j'ai un fort rhume de cerveau.

La traversée du Wolqayt continue, pareille à ce qu'elle était précédemment. Nouveau changement d'escorte. Une bande de gens à pieds et à mulet débouchent sur la droite. Dans toute la plaine, la trompe sonne. C'est un certain fitaorari Molla, qui doit nous conduire jusqu'au Sétit. Il fait assez européen, possède une belle barbe noire et un petit boy giton au crâne tondu excepté les cheveux du pourtour, qui forment auréole.

Passage dans un champ de mashilla. Achkar et soldats (y compris les corrects métropolitains) font une ample moisson, selon l'habitude. Protestations inutiles d'une femme puis d'un homme chankalla, les propriétaires sans doute.

À l'étape Abba Jérôme nous apprend le dernier bruit qui court : le gouvernement tient à ce que nous soyons bien gardés ; on pense ici en effet que les Italiens voudraient nous faire assassiner pour avoir une raison d'envahir le pays…



Michel Leiris – nord-ouest de l'Éthiopie
in Miroir de l'Afrique
Quarto / Gallimard - 1995





Le journal de Kafka - Laurent Margantin


au format epub ou pdf par ici


Premier cahier (1910-11), 172 pages avec deux dessins de l’auteur, 
nouvelle traduction et présentation de Laurent Margantin, 
en accès libre dans la webliothèque d’Oeuvres ouvertes.