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pas de caféine pour eux - Jim Jarmusch / Bill Murray


Jim Jarmusch / Bill Murray - coffee & cigarettes




regarder le café couler

utiliser la force des yeux

bonsoir,




la voie du samouraï - Jim Jarmush // Vladimir Maïakovski



Jim Jarmush, Robby Müller, Jay Rabinowitz, Ted Berner, John A. Dunn, Forest Whitaker, John Tormey, Cliff Gorman, Tricia Vessey, Henry Silva, Richard Portnow, Isaach de Bankolé, Camille Winbush, Damon Whitaker, Gary Farmer, Frank Minucci, Frank Adonis, Victor Argo, Tony Rigo, Alfred Nittoli, RZA.





Un sabre surgit parfois dans le noir de ma nuit
 
Fendu mon crâne     
Fendue ma bouche
Fendu mon ventre **

** Vladimir Maïakovski




Une mentalité de nourrissons syndiqués - Claude Lucas




Down by law - Jim Jarmusch

« - Ce que vous voulez avant tout, c'est continuer à vivre comme si de rien n'était. C'est pourquoi vos revendications vont toujours dans le sens d'une amélioration matérielle du régime pénitentiaire. J'ai pas ci donne-moi ça, j'veux embrasser ma maman, areu-areu ça fait quinze ans qu'on me sert un biberon froid tous les matins, etc. Vous avez une mentalité de nourrissons syndiqués. Alors le ministère fait semblant de se faire tirer l'oreille, il vous envoie les CRS pour donner à croire qu'il vous prend au sérieux, mais au fond, il se frotte les mains. C'est bon, très bon ça, se dit-il. Nos petits ont enfin une conscience de classe, ils sont mûrs pour l'incompressibilité des peines. Car de même que les ouvriers ne manifestent pas pour qu'on supprime leur usine, vous, vous ne vous mutinez pas pour sortir de prison. Vous voulez seulement y être bien. La qualité de la vie intra-muros indexée sur le progrès social extra-muras. Alors, peu à peu, les prisons vont se transformer en HLM avec eau chaude sur l'évier, vide-ordures incorporé et la sacro-sainte télé. Au fond, vivre dedans, vivre dehors, hein, pourvu qu'on n'ait pas froid aux pieds...
- T'as pas le sentiment d'exagérer un peu ?
- A peine. On a évacué la tragédie de la sphère sociale, et l'homme a rapetissé. Il n'y a plus que des dérives, des nuisances, des pollutions, des problèmes et des malaises. Prends le crime, par exemple. C'est grand, ça, le crime ; c'est vertigineux, c'est métaphysique, ça ébranle les fondations du monde ! Demande à Dostoïevski, tu verras... Eh bien, regarde : aujourd'hui, cela s'appelle le problème de la délinquance et c'est un thème électoral. Votez pour moi, je protège mieux. Avec Peyrefitte, le loup prend la fuite. Ce n'est plus l'Etat-providence, c'est l'Etat-ange gardien... de la paix. Et vas-y que je t'amalgame : les fous de Dieu, les violeurs de l'Ardèche, le gang des postiches et les beurs des Minguettes. Tout ça, messieurs-dames, c'est des nuisances affreuses qui vous empêchent de vivre en paix. En paix, c'est-à-dire en toute sécurité et en toute liberté. Et vlan ! Autre amalgame, permettant d'introduire en douce une nouvelle définition de la liberté, une liberté par vertigineuse du tout, celle-là, pas métaphysique du tout, je te prie de le croire : être libre au XX° siècle, c'est être bien tranquille au chaud dans ses pantoufles. Et les taulards, qui ne veulent pas être en retard d'une mode ni d'un siècle, de réclamer leur paire de charentaises. Normal. Ils veulent être libres, quoi, merde alors ! »

Et je ponctuait ma diatribe d'un ricanement de mépris.


Claude Lucas - Suerte, l'exclusion volontaire
Terre Humaine, Plon - 1996

 

Résurgences momentanées des sensations visuelles - Sandra Moussempès



Iggy Pop & Johnny Depp in Dead Man de Jim Jarmush


lorsque je me questionne je pense à penser à ma place je pense avec mes lèvres je souris mais je réfléchis sans penser en fait la pensée parle à ma place le son de mes lèvres n’existe pas si ce n’est dans la fiction sonore je voudrais vous parler je voudrais tout dire mais tout dire entraîne une réalité qui n’est plus ma façon de dire et d’être et si un film obscurcit mon champ de vision je pense alors qu’il s’agit d’un remake je pense aussi aux sous-titres aux langues lues entendues apprises je pense en pensée disent-ils pour ouvrir leurs lèvres ils clignent des yeux ma bouche est ouverte à présent je présélectionne une pensée je pense à votre place je me divise en pensée dans mes rêves la pensée s’inscrit tout au long des visages les couleurs ont une pensée propre qui remplit chaque plan en mode plein écran on voit les lèvres des acteurs on voit qu’ils ne pensent pas les acteurs ne pensent pas puisque leur vie est une contrainte momentanée une photographie de miroir sans tain les acteurs jouent à l’écran tandis qu’hors champ l’acteur pense au rôle il est donc hors du rôle et je me désigne parfois comme actrice de ma pensée pensée, pensée parlée, pensée pensée à l’instant puis décrite tant bien que mal, je me désigne alors que ceux qui pensent recevoir mes confidences n’ont rien entendu ne m’ont pas vue, ceux-là ont des idées mais pas de pensée propre, ce pourquoi la pliure des commissures entraîne une réponse affirmative

j'aime bien les voix pouvait-elle dire j'aime bien ne pas synthétiser ne pas raconter ne pas tracer au lieu de me taire, je m'interroge et ma réponse est une question qui devient le remake de ma précédente vie supposée, suivez le son qui sort de mes lèvres en différé suivez ce qui en sort en pensée pensez-vous alors que l'on peut devenir une personne qui reviendra que l'on peut revenir en pensée dans la pensée de ceux qui vous questionnent ?


Sandra Moussempès - extrait de Acrobaties dessinées, éditions de l'Attente - 2012
 in Gare Maritime 2012 - p. 53 - Maison de la Poésie Nantes

Il est tard, il est tard - Brigitte Fontaine


Jim Jarmusch, Coffee and Cigarettes - Tom Waits & Iggy Pop


Il est tard, il est tard : toujours cette phrase qui revient depuis si longtemps. Je regarde ces cigarettes qui ne sont pas encore fumées, ces cigarettes qui m'étreignent à l'intérieur avec leur venin réconfortant.
Mes doigts, ma gorge, mes poumons sont pleins de tabac. Je fume à suffoquer, sans arrêt, je fume à en crever, je fume à m'en relever la nuit, je fume en vain, mais je fume surtout pour m'aider à vivre quelques minutes. Lorsque j'absorbe goulûment la fumée de ma clope, c'est la vie que je cherche à puiser. Je ne me connais plus aucune mesure, je tousse, je flambe, c'est ma part du feu - le prix à payer pour la dose.

Ici, chez nous, cette loi au sujet des cigarettes dans les endroits publics est assassine et hypocrite. Dans quel funeste délire, dans quel effroi, la terre de la liberté est-elle devenue celle de la répression sous toutes ses formes ? Nous sommes au bord du fascisme. La vérole sur leur gueule.

La police ? Oui, oui, la police est là. Tout est en place. Des buissons de CRS brillent dans la nuit de Paris. On est entre de bonnes mains. Il y a une extraordinaire variété de flics : des soldats bleu foncé, des gendarmes mobiles, des brigadiers par couples, fusil au dos. Paris est une ville occupée.

Alors faut-il encore descendre dans la rue ? Bientôt des insurrections, des barricades, des mitraillettes sur les gamins bouclés serré ? En attendant, où faut-il donc aller habiter ? Je songe à m'installer au Danemark, une terre dans mon rêve jolie, humaine, fraîche et sans orages. Où l'on peut encore fumer, parait-il.

Vivre tout ce qui prolonge le feu : les regards chauds, le rouge, les bêtes, la musique et les cigarettes. Vive le feu. 

portrait de l'artiste en déshabillé de soie - Actes Sud