Affichage des articles dont le libellé est Emmet Gowin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Emmet Gowin. Afficher tous les articles

les mains bien noires - Laura Vazquez



© Emmet Gowin


viens me parler
viens me parler
je ne sais plus bouger mes doigts
prends tes affaires
viens me parler



tiens-moi la bouche
sors-moi la bouche
sors-moi tranquille



je suis tranquille
je suis tranquille
je me tiens bien
je me tiens droit



tu ne vas pas me laisser comme un arbre
tu ne peux pas me laisser comme un sac
je ne suis pas un arbre



mon ventre ne fait pas de miel, moi
mon ventre ne fait pas de bruit



quand tu viendras, tu pourras voir
je sais rouler les cigarettes
je sais m’endormir en bougeant



je m’ennuie quand je pense à tout
je voudrais être un château crevé
je voudrais être un cheval pourri


je voudrais être vraiment simple



je suis en train de me graver des tatouages partout sur les yeux
viens me toucher sur les yeux


je suis en train d’apprendre tous les alphabets du monde
viens vite avec ton alphabet



viens me parler, viens dans ma chambre
viens par les clés
je ne suis pas comme les arbres moi



toi tu es une goutte
et tu tombes sur ta tête
il faut que tu tombes sur le toit
tu dois faire pousser des plantes



viens vite avec tes branches sales




viens parler avec ma bouche
avec ta bouche



viens parler avec ma chambre
avec ma bouche



viens me parler sur les doigts
avec ta bouche



tu ne vas pas me laisser les mains mortes
avec ma bouche



tu ne vois pas que mes mains sont en train de dormir
sous ma tête



je ne suis pas une fanfare, je ne suis pas un lampadaire
j’ai de la peau, j’ai de la peau



j’habite la très petite chambre
je crois que je suis enfermée
je sens les pestes bêtes blanches
je les avale une par une
je fume toute la journée
je fume un million de cigarettes
mortes
bonnes
longues
lourdes
vite



viens vite, prends tes ongles, prends tes affaires
prends ta bouche
viens vite, je suis en train d’avoir une maladie
prends ta bouche
viens, je ne suis pas un ours moi, je ne suis pas une voiture
viens vite, il y a des fourmis partout, viens vite maintenant
il y a des planches sur les murs
il y a des ongles sur les murs
dépêche-toi, dépêche-toi




je ne suis pas comme un serpent
je ne me roule pas les jambes
je ne me colle pas les jambes
je ne me chauffe pas le ventre
ou les entrailles ou les poumons
je ne me parle pas la bouche



viens vite
viens trop près
ouvre l’œil
tourne-toi
prends la porte



il faut que tu grattes la plante,
dans le mur
dans ma gorge



il faut que tu grattes ta plante,
dans le mur
dans ta gorge



il faut que tu viennes parler
il faut que tu viennes bien tôt


prends la voiture
prends les clés
pense à moi
téléphone
réponds vite



je suis dans ma chambre
je ne trouve pas les yeux
fais vite
viens
tu ne vas pas me laisser vers la mort
je suis tranquille
je suis tranquille



j’ai le crâne sur les cheveux
il faut que tu te dépêches



tu ne vas pas me laisser rien sentir
viens vite, je suis un petit caillou
je vais me jeter la figure, tu dois venir très vite
tu ne vas pas me laisser comme une voiture
je ne suis pas une voiture



Viens me parler
près de la gorge
tu es une bête blanche
tu as du sang dans la bouche et moi j’ai du sang partout
j’ai du sang dans la tête et j’ai la tête très pleine
je suis comme ta sœur
je suis quelqu’un de ta famille
viens me parler, viens me parler, viens me parler



tu as de belles mains noires





des jours comme ça - Murièle Modély



l'Autre Hidalgo stupéfié
rien à ajouter ! Il y à L'oeil


(c) EudaldCJ



les chiennes courbent l'échine

les chiens lèvent la patte
les chiennes s'assoient
les chiens se couchent
les chiens aboient
la caravane passe
la révolte passe
la rage passe
la colère passe
les chiennes jappent
les chiens remuent la queue
les chiens, les chiennes mordillent peu 



© Emmet Gowin




C'est le jour
pose ton bras sur le rebord de la fenêtre

n'aie pas peur

attends que le soleil détricote tes pores
attends que la chaleur coule son or

laisse les rayons entrer puis charrier dans la rue
la merde, les cauchemars

ne pense pas à la vie
à ta putain de vie qui fait le trottoir

C'est le jour
profite

de l'instant
où tu es

rien de plus
rien de moins

vive
nette
dans le nouveau matin

puis
allume la radio
sers toi un café
laisse toi par les mots
lentement pénétrer

sors
cours
avance
tu vas avec



          La nuit doucement vient
          recoudre sur tes os

          l'enveloppe du chien

 Murièle Modély