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plumes - Henri Michaux // Murièle Modély







plume étend ses mains & fume - ongle rose

plume ne figure pas sur la carte - ongle vert

plume voyage en terminus - ongle bleu

plume s'assoit & erre - ongle jaune



plume marche - ongle noir


                                           krrr.





Jeudi 19 Palotin 142


tweets & ratures
 


, afin de visiter une des collections
   d'explorateurs, l'homme affirma

: les choses se passèrent ainsi
: tôt le matin, tard le soir


, en 1949







, qu'est-ce qu'on
  me dit ? qu'elle
  laisse son dard
  dans sa victime
  et qu'elle en meurt ? 

Francis Ponge




#twaiku



, au tour du cercueil
  plumets & vapeurs des morts
  avoine des chevaux

ah ah #JamesJoyce bloc de granit !







, à travers l'espace
  les rires bruyants & la neige

  mules des solitudes




ridicule canin &
rôle de la lune.

cf Francis Ponge in mœurs nuptiales des chiens




#CutUp

- c'est mort ici
- gagné !
- ailleurs aussi dans la tv c'est mort
- j'ai

#CharlesPennequin 



Le début d'apprenante

Il n'a plus plu.
What's this ?
Euh...enjoy...
Happy ?
… Yes ! Happy !

#MaConvulsion



, compléments de revenus
  long très très long #CutUp
  CoDe général des Impôts 

#JoachimSené 




#CutUp #accrochage

 

les oies ont des principes
& la grenade est le crâne
             )) inspiration (( 

#MurièleModély / #MickaelBerdugo 



- okay yeah
- dans moi les petits
- okay hein
- dodo
- okay you
- calin 

#MickaelBerdugo / #CharlesPennequin 



, terrier
  son cadre familier
  son silence trompeur

  va assister à de bien jolis spectacles
  & ça représente un espoir !
, à cause de la boue de betteraves
  et aussi les chasseurs 

#LucienSuel / #Kafka / #LaurentMargantin 



elle.est[à.[la].limite.]
ni_-_-ni-_-
ni_-_-ni-_-_-_
pas, libres.de.droits. 

#ColineTermash / #JeanYvesFick





, son ciré bleu
  nos sardines
  matin, grises
  lavaman red 

mimosa Silo





la place du X



Presse-papier - Philippe Harnois



   scènes de la vie d'un faune - Arno Schmidt
Entre les parcelles 123 et 124 ; puis le chemin vers l'orée de la forêt : les fougères sauvages ; jaunes les vieilles, vertes les jeunes, oisives imposantes. Ma sente serpentait, contournée, toujours plus isolée et insignifiante, et s'était depuis longtemps perdue quand je m'arrêtait sur la droite : Bon sang ! : le voilà, l'endroit où Thierry et Caterre disparaissaient toujours ! (Ou plutôt : Thierry ou Caterre. - Et donc, je jetai mon cartable derrière un buisson, avec mon bâton, et sondai le terrain : -.-.- agir encore avant que les ténèbres ne m'engloutissent ; bravons encore un peu la mort!) 
traduction Nicole Taubes
Tristram 2013


   je te vois - Murièle Modély

dans le foyer

des oh my god

des we gonna die

des fuck fuck fuck

le repas terminé dans la pièce à côté

les jambes s'ouvrent les yeux se ferment
 éditions du cygne - 2014


    extermination (parental advisory) - Lucien Suel

Je déteste la bave collante des limaces sur les doigts.

J'utilise n'importe quel moyen pour les tuer sans les toucher. Je les transperce avec une pique à brochettes en acier inoxydable, sinon avec la lame d'un canif, voire avec toute branchette pointue ramassée dans le jardin.

Au pire, je me sers d'un éclat de silex pour éclater leur bedaine de gastéropode.
La Table Ronde – 2014


    mouvements - Henri Michaux

Abstraction de toute lourdeur

de toute langueur

de toute géométrie

de toute architecture

abstraction faite, VITESSE !
 in Face aux verrous
 Poésie/Gallimard – 2008


    Paysage lacustre avec Pocahontas - Arno Schmidt

Ma tête sur ses genoux (dans l'herbe haute de ses doigts) : et elle avait des taches vertes sur les cuisses, des bleu-noir à bordure jaune, toutes des grimpages dans le canoë, autour de certaines on voyait même des arcs dentés, et je secouai la tête, compatissant, hypocrite. Dans la toile d'araignée de paroles chuchotées, dans le lustre d'eau et de plomb./ 
in Roses & Poireau - traduction Claude Riehl
éditions Maurice Nadeau - 1994



Moines - Minoru Yoshiokia

Quatre moines

Déambulent dans un jardin

De temps en temps ils enroulent une étoffe noire

En forme de bâton

Et sans la moindre haine

Ils flagellent une jeune femme

Jusqu'à ce que les chauves-souris hurlent

L'un prépare les repas

L'un va chercher les impies

L'un se masturbe

L'un est tué par une femme 
in Anthologie de poésie japonaise contemporaine
traduction Jeanne Sigée
Gallimard – 1986



le rouge au doigt - Murièle Modély




qu'ai je si peur de perdre à serrer si furieusement des doigts
qu'est ce qui se cache vraiment dans les lignes de main
où nous mènent les vergetures sur mon ventre
les serpents blancs
qui plissent
quelque part
à l'orée de forêt
jusqu'où dois-je remonter pour dompter le danger
qui bride
à l'intérieur

Bruno Legeai
les brandons font les nœuds au ventre
les pattes de mouche aux pages
des clic & des clac, index sur touches
des cric & des crac, voyelles en bouche

(c) Deanna M. Witman

des os surnuméraires - Murièle Modély





Personne ne dit que le mot est un os qui fore, l'infection creuse son trou, l'écorchure du genou,
l'escarre dans le cou. Personne ne soulève sous l'amoncellement d'os, les charniers dans les odeurs putrides, la boue, les vieilles eaux. Qui évoque seulement cette maladie-là qui rampe
entre les tempes
la page
noire

des os surnuméraires courant dans la poussière
écrit en cours
 




le déluge rouge charrieur de sorts - Murièle Modély







C’est le retour
du poisseux
rouge

qui éclabousse les rats
au milieu du trottoir

patine la surface
des cœurs congelés

coagule en plaque
les jeunes filles fardées

c’est le déluge rouge
charrieur de sorts

immondes poupées molles
pendues, ventrues, barbues

l’âcre flux de gorge
qui vomit les guirlandes

l’attente
le désir


c’est le velours tendu
des doigts secs  noueux

contre la bouche
la boucle

de métal
la ceinture


c’est l’esprit de Noël
le ventre dilaté 




 

(Araneus quadratus) - Murièle Modély



Angela Young
Untitled, plate and stone lithograph, 22” x 15”




Dans la cave de ta chambre
L'angoisse tisse et détisse
Sa toile entre les draps

D'un battement de cils
Les filles à l'intérieur
(Araneus quadratus)
Entourent tes côtes
De mailles

Tu en perds ton latin
Et ton sens de l'humour

Tes quatre vérités
Entre les quatre points
Tatoués sur leurs reins


écrit en cours



 

Déviance & Folie - Gelée Rouge



               Vincent, Murièle, Cécile, Chris & plein d'autres...





                                                       Gelée Rouge # 3


                            
                                      [...]
Et tous les jours des inspecteurs devaient passer devant chaque maison, ils devaient s'y arrêter et faire l'appel. Chaque individu se voyait assigner une fenêtre à laquelle il devait apparaître, et lorsqu'on appelait son nom il devait se présenter à la fenêtre, étant entendu que, s'il ne se présentait pas, c'est qu'il était dans son lit ; et s'il était dans son lit, c'est qu'il était malade ; et s'il était malade, c'est qu'il était dangereux. Et, par conséquent, il fallait intervenir.
                                                                             [...] 
 

Les Anormaux - Michel Foucault
éd. Gallimard Le Seuil, coll. Hautes Etudes, 1999 

 

des jours comme ça - Murièle Modély



l'Autre Hidalgo stupéfié
rien à ajouter ! Il y à L'oeil


(c) EudaldCJ



les chiennes courbent l'échine

les chiens lèvent la patte
les chiennes s'assoient
les chiens se couchent
les chiens aboient
la caravane passe
la révolte passe
la rage passe
la colère passe
les chiennes jappent
les chiens remuent la queue
les chiens, les chiennes mordillent peu 



© Emmet Gowin




C'est le jour
pose ton bras sur le rebord de la fenêtre

n'aie pas peur

attends que le soleil détricote tes pores
attends que la chaleur coule son or

laisse les rayons entrer puis charrier dans la rue
la merde, les cauchemars

ne pense pas à la vie
à ta putain de vie qui fait le trottoir

C'est le jour
profite

de l'instant
où tu es

rien de plus
rien de moins

vive
nette
dans le nouveau matin

puis
allume la radio
sers toi un café
laisse toi par les mots
lentement pénétrer

sors
cours
avance
tu vas avec



          La nuit doucement vient
          recoudre sur tes os

          l'enveloppe du chien

 Murièle Modély


je lis entasse et vide - Murièle Modély



mansfield tya


je lis un essai dont je peine à pénétrer le sens
je lis "la mémoire a besoin que les morts soient dans l'ombre des vivants"
je lis et je bute  
je lis pour le mot sans le sens
le mot sens ressemble à une chambre
la décoration me plaît je ne sais pas où m'assoir
je lis et m'applique et recopie
mon écriture embarrassée des hampes de l'enfance
je lis dans mon carnet des phrases entre guillemets
quatre racines coupées net en suspens dans l'air
je lis je prends aussi un air
un r  je fronce des sourcils
je lis je ne sais pas d'où le mot vient je ne sais pas où le mot va je ne sais pas ce que j'entends
je lis il est question d'oreille pas de compréhension
je lis la dernière lettre dévie la phrase
je lis et m'illusionne je ne suis pas un buvard l'encre coule sous la table
je lis des bouts de phrases sur les murs
des affiches au travail
des publicités sur l'écran
des blogs des articles le journal
la liste des ingrédients sur la boîte de céréales
je lis dedans
et dehors
je lis
j'avale ma soupe je rattrape
le temps perdu enfant les lettres ne flottaient pas
je lis je barbouille
ma bouche mon ventre mes seins je lis avec mes tripes
je ne comprends rien je lis avec mes intestins
je lis j'avale je lis je déglutis
des livres au creux du ventre j'amasse
je lis entasse
et vide 



 

Pourquoi l'oeil bande - Murièle Modély // Paul Nougé // Emmanuel Laugier



 L'oeil bande :






" L'oeil bande. L'oeil bande avant le sexe. Il arrive même que l'oeil bande seul " 

Paul Nougé

Comme si les mots - Murièle Modély



Pris dans ses mailles, cerveau et oeil bandent... 





comme si les mots
pouvaient tendre un filet
et m'empêcher de tomber


à travers les mailles,  je les vois, les entends
pendant que sur ma joue les fibres font leur trou


des mots familiers, et doux, et simples, et convenus, et attendus
toute chose maillée sent l'enfance


tout est courbe au dehors, de l'autre côté
dans le carrelet accroché au passé
je suis un poisson fou à l'odeur rance


j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
et glisse


ma bouche
un cercle humide
un nœud coulant
sangle la langue


bang ! rebang ! rerebang ! - Murièle Modély // Nancy Sinatra



Bang bang, I shot you down
Bang bang, you hit the ground
Bang bang, that awful sound
Bang bang, I used to shoot you down







Ça commence
toujours pareil

d’abord
rien

puis bang !
(un point)

rebang !
(une courbe)

rerebang !
(un mot)


Assise par terre
sur la terrasse
le doigt dans mon filet
de salive

j’écris

un mot
une courbe
un poing

ou rien

Murièle Modély, extrait de A la lettre, Mi(ni)crobes n° 38

Mots - Murièle Modély




“feelings factory” © Flore Kunst

on m'a expliqué un jour
qu'on publiait mes poèmes
parce que
on
            c'était un gentil on
sentait bien que
            bien que
là en dessous
on le sentait
vrai de vrai
              on en avait
que mes mots
pourraient
aller
              allez
plus loin
plus fort
plus vif
plus vite
              un p'tit effort 
 

on m'a dit ça
un jour
au siècle dernier
et pour faire court
            on ne va pas
c'est vrai mes mots
peuvent être
vont plus
            peut-être
vite
loin
vif
fort
            tout ça tout ça
dans le désordre
 

les mots courent
moi je traîne
           derrière 
j'ahane m'essouffle
en douce


Murièle Modély - L'oeil bande

Murièle Modély





un jour, le baiser redevient
une langue, c'est comme ça
un muscle épais gluant

ça rentre, ça claque
il y a toujours, dans un sens
ou un autre, une première fois

sous le sentiment nu
la chair qui pénètre, attaque
la salive qui retisse la distance
entre lui et toi



pourtant
quand même
le je t'aime glisse
à chaque fois

tu salives
et ça tombe
par les fentes bien au fond
tout au fond de toi


Nadir - bertfromsang


observé chez Murièle Modély

hasard néant merde. rien après l'ennui l'instinct d'ombre; se soulève le ventre à son rythme - pantelant néant merde. trou prenant focale amère hasard se perdre est divertissement - toxique - éphémère. panmixie nandrolone sanguine il se peut que rien. maladie nomade bruit blanc fusil métaphysique enrayé pour un temps. merde hasard merde obsessions obstructions échange de fluide/le néant n'intéresse plus personne. nul exil élégant, l'élimination est un langage, l'hébétude, un sens. encore cette ondée carcinogène. j'attends - la fin soudaine ou la blessure, absurde - néant merde hasard - hasard par-delà les nuits/en merde contemporaine.

 Y'a quelqu'un là-dessous ?

Mots - Murièle Modély // Béatrice Brérot



Typoésie 1 - Béatrice Brérot



Je les mets en bouche -c'est le seul moyen pour
Je les passe à droite à gauche
sur la langue la glotte -jusqu'à le haut-le-coeur mais
Je mâche à peine
Je suce suçote -il ne faudrait pas que
J'imprègne de salive
mon fluide dissolvant
fait son travail
Je fends -jusqu'au cœur où


*

Au bout d'un moment
Sur la table
Entre mes mains
Dans la bouche
Ou la tête
Les mots gisent

Mon jus de salive
Tend ses fils entre les commissures
Et ces moitiés de mots
Qui hululent leurs ventres éclatés
La coulure des syllabes

Au bout d'un moment
Je passe la langue sur l'arête aiguë
De leurs déchirures
Tous les sens envolés dans la glu de ma joue


*

certains disent
Il n'y a rien au fond
-ceux-là ont percé à jour
sous l'adroit assemblage
de mes mots sur la page
le vide des cailloux-
certains disent
Il n'y a rien derrière
ce n'est pas faux


*


il y a juste la jouissance
le plaisir d'arracher
une à une les peaux
de gratter, de racler
du bout de l'ongle le mot
de ne plus rien comprendre
d'observer longuement
jusqu'à devenir folle
la coque vide et molle
de l'étrange animal


*


sous le mot il y a
ça coule à mon oreille
loin très loin derrière
le giclée de la mer


*


Le mot est une conque :
Qui comprend sa musique ? 


Pour lire encore Murièle Modély