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la robe - Arno Schmidt // Egon Schiele - #2



Egon Schiele



Selma donc, comme dit, tout organdi caillebotté, plein soleil, me saisit les mains d'un geste contraint, nous nous tripatouillons les doigts, à ma grande surprise mon cœur aussi se mit au trot, et enfin, laissant de côté tous les Oghams et Futharks, nous nous l'avouâmes franchement : combien nous étions mignons ensemble, etcetera. Sa robe dansotait par anticipation, fit sans doute aussi la roue, avec décence, et semblait d'ailleurs pas mal entreprenante, la robe. /


Arno Schmidt - Paysage lacustre avec Pocahontas
Traduction Claude Riehl

MAURICE NADEAU - 1994


 Arno Schmidt // Egon Schiele - #1



des moules de velours rouge lèvraient au sol avec des effleurements d'ivoire d'où se chamarraient des alphabets – Arno Schmidt // Egon Schiele #1





Egon Schiele


J'embrassai aussi son ventre-mirabelles, concave. Nous tombions de chus en chotements ; nos mains : s'accouplaient ! Je dus d'abord forcer la clôture rouge des bras, écarter un à un ses doigts-branches, avant d'arriver à saisir au bout de mes lèvres la tige fine et courte de sa tomate, elle se mutina, en grandisme mouveté, puis je l'avalai entièrement, elle voulut se soulever en tendre sédition (mais ne le pouvait) ; ainsi elle ne cria qu'une seule fois, tout bas et avec volupté ; ensuite la puissante tenaille des cuisses pinça à nouveau. (Nous nous chevauchions à bride abattue : à travers d'hirsutes forêts enchantées, les doigts broutaient, des bras couleuvraient, des mains voletaient chenapans rouges, (des ongles creusaient des éraflures d'épines), des talons tambourinaient des signaux de pic sous des aigrettes d'orteils, des yeux se languissaient de désir dans toutes les traces de pied, des moules de velours rouge lèvraient au sol avec des effleurements d'ivoire d'où se chamarraient des alphabets, des chuchots suçaient, des jus perlaient, alternativement, haut et bas.)



Paysage lacustre avec Pocahontas – Arno Schmidt

Traduction Claude Riehl

Editions Maurice Nadeau – 1994



En prison - Egon Schiele


D'art d'art !




Maison d'arrêt de Neulengbach, 16 avril 1912

Enfin ! - Enfin ! - Enfin ! - voici qui soulagera un peu mes souffrances ! Enfin du papier, des crayons, des pinceaux, des couleurs pour écrire, pour dessiner. Quels tourments que ces heures grises-grises, monotones, informes, qui se ressemblent toutes, grossières, confuses et vides, que je fus obligé de passer nu, dépouillé de tout, comme un animal, entre ces murs froids et nus !
Quelqu'un de plus faible intérieurement serait devenu fou sur-le-champ, et moi aussi à la longue, à force d'être hébété jour après jour ; c'est pourquoi, déraciné avec violence de mon terreau créatif, pour éviter de devenir vraiment fou, je m'étais mis à peindre avec mon doigt tremblant humecté de ma salive amère des paysages et des têtes sur les murs de la cellule en me servant des taches dans le mortier ; puis je regardais comment ils séchaient petit à petit, pâlissaient et disparaissaient dans les profondeurs des murs, comme effacés par une main invisible, puissante et magique.
A présent, par bonheur, j'ai à nouveau du matériel de dessin et de quoi écrire ; on m'a même rendu le dangereux petit canif. Je peux travailler et supporter ainsi ce qui serait sinon insupportable. Pour l'obtenir, j'ai dû courber l'échine, je me suis rabaissé, j'ai déposé une demande, prié, mendié et j'aurais gémi si ce n'eût été possible qu'à ce prix. O Art tout-puissant - que ne serais-je capable d'endurer pour toi !

Egon Schiele  en prison, Éd. La fosse aux ours, 2001