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nature morte #81 - Marcus Doyle // Andrea Zanzotto


Nous sommes aujourd'hui le Lundi 9 Palotin 142
Sts Boleslas et Ladislas, polonais - fête suprême quarte



encore merci à Coline Termash


Marcus Doyle - Lanzarote


journal des bords - 

Et maintes fois, j'en suis presque venu
à maudire ces lieux de cinéma
qui, comme plaies, percent jusqu'en rase campagne,
et plus seulement dans les villes et les villages :
à empâter nos rêves * 
 
bonjour,
 
 
* Andrea Zanzotto
 
 
 
 
 

nature morte #80 - Françoise Goria // Philippe Soupault


Nous sommes aujourd'hui le Dimanche 8 Palotin 142
St BOUGRELAS, PRINCE - fête suprême tierce







journal des bords - 

J'étais couché dans un lit d'hôpital lorsque je lus pour la première fois les Chants de Maldoror. C'était le 7,8 juin. Depuis ce jour là personne ne m'a reconnu. Je ne sais plus moi-même si j'ai du cœur.* 
 
bonjour,
 
 
* Philippe Soupault
 
 
 
 
 

nature morte #79 - Krista Ashley // Francis Ponge


Nous sommes aujourd'hui le Vendredi 6 Palotin 142
Ste Oneille, gourgandine - fête suprême quarte



vivre! toujours !



journal des bords - 

Prisonniers par leurs racines,
Solides
Mais flexueux sur leurs talons,
Ils font le large autour du précieux * 
 
bonjour,
 
 
* Francis Ponge





nature morte #77 - Alex Webb // Henri Michaux


Nous sommes aujourd'hui le Mercredi 4 Palotin 142
Ste Susan Calvin, docteur - fête suprême quarte






journal des bords - 

Leur trou est immense, eux partis, qui penchés comme des barriques et hauts comme des cathédrales s'en vont roulant et toboggannant sur les routes, où circulaient le jour tant d'autos conduites par des aveugles aux lunettes vertes.* 
 
bonjour,
 
 
* Henri Michaux
 
 
 
 
 

nature morte #76 - Harry Gruyaert // Henri Michaux


Nous sommes aujourd'hui le Mardi 3 Palotin 142
Sts Trolls, pantins - fête suprême quarte






journal des bords - 

Peu me sépare de l'extérieur.
Je suis presque dehors.*  
 
bonjour,
 
 
* Henri Michaux
 
 
 
 
 

nature morte #75 - Hieronymus Bosch // Henri Michaux


Nous sommes aujourd'hui le Dimanche 1er Palotin 142
Sts CROCODILES, CROCODILES - fête suprême tierce



via Pandore


Hieronymus Bosch


journal des bords - 

Tout n’est pas dur chez le crocodile.
Les poumons sont spongieux, et il rêve sur la rive.*

bonjour,

* Henri Michaux - Face aux verrous





Raison suffisante pour devenir athée ! - Arno Schmidt




En guise de représailles  ( comme  si  des  “rétorsions”  ne  suffisaient  pas !) : l'ancienne église ?? Examiner le clocher d'un air scientifique-dégoûté : rien qu'à l’œil nu, on voyait déjà que le point d'intersection des diagonales de son plan rectangulaire ne coïncidait nullement avec la projection de la tige de la coupole : impossible de se fier aux installations de l'Église ! (Tout arpenteur vous le confirmera volontiers : aucun géodésien à l'esprit sain ne choisira, aussi longtemps qu'il a le choix, des clochers d'église pour une triangulation! Abstraction faite des transformations et des réparations (qui compliquent par la suite les choses quand il est nécessaire de retrouver les repères) et des fortes oscillations pendulaires dues aux rafales de vent : essayer voir à l'aide d'un instrument sensible de viser du haut d'un clocher un autre situé 30 kilomètres plus loin : vous avez l'impression d'être assis sur une balançoire ! Et puis, abstraction faite de cela, la plupart des charpentes subissent des déformations considérables au fil des siècles ; par la dessication et l'exposition d'un seul côté aux rayons du soleil ; par les précipitations et une poussée constante sur le côté exposé au vent : une raison suffisante pour devenir athée ! et je poursuivis ma pérégrination en tout bien tout honneur : celui qui sait beaucoup souffre beaucoup !).


Arno Schmidt – Das steinerne Herz – 1956
traduction Claude Riehl – Le cœur de pierre
Tristram - 2002





Si ça y est ça y est - James Joyce



Ah.
Il laissa de nouveau pendre sa main.
Ne saurons jamais rien là-dessus. Inutile de chercher. Des boules de gaz qui tournent, qui se croisent, qui passent. Toujours la même ritournelle. Gaz, puis solide, puis monde, puis refroidi, puis coquille vide à la dérive, roc glacé comme ce rocher à l'ananas. La lune. Ça doit être la nouvelle lune à ce qu'elle disait. Je crois que oui.
Il passa près de la Maison Claire.
Voyons. La pleine lune c'était la nuit que nous étions, exactement dimanche quinze jours, c'est nouvelle lune. Nous marchions près de la Tolka. Bien réussie cette lune de Bellevue. Elle fredonnait : Jeune lune de Mai, mon amour nous éclaire. Lui de l'autre côté d'elle. Coude, bras. Lui. Le ve-e-r luisant s'allume, mon amour. Frôlement. Doigts. Demande. Réponse. Oui.
Assez. Assez. Si ça y est ça y est. C'était fatal.



 
James Joyce – Ulysses – 1922
traduction Auguste Morel, Valéry Larbaud,
Stuart Gilbert, James Joyce – 1957
folio Gallimard - 1990





C'en est un de pierre qu'il faudrait avoir - Arno Schmidt // Toshio Saeki 佐伯 俊男


via red lipstick

Japanese, b. 1945, Miyazaki Prefecture, Japan



La lumière qui s'éteint : nous avons doté de souffrance : la lumière “brûle” ; le son “meurt” ; la lune “décline” ; le vent “gémit”, l'éclair “tressaille” ; le ruisseau comme la route “se tortille”. / Mon cœur pompait et vidait la nuit : quelle installation idiote que cette saloperie gluante rouge laque qui doit en permanence tourner et s'engraisser à l'intérieur de nous ! C'en est un de pierre qu'il faudrait avoir, comme chez Hauff. (Le mur là-bas toussotait).


Arno Schmidt – Das steinerne Hertz – 1956
traduction Claude Riehl – Le cœur de pierre – 2002
Tristram – 2002




nature morte #67 - Ed Freeman // Arno Schmidt


Nous sommes aujourd'hui le Samedi 21 Clinamen 142
St Docteur Moreau, insulaire - fête suprême quarte



vivre! : encore merci !




journal des bords - 
section horizontale : [5] fois 3 mètres [+ 4]
les murs joliment peints avec une nouvelle peinture laquée,
[gris & blanc & bleu] : assortis [aux sols]. * 
bonjour,

 * Arno Schmidt - Le cœur de pierre




 

c'est pour cela qu'on est venu nous chercher - Thierry Metz



4 août. – On a posé vingt-sept poutrelles de six mètres. Dans la journée. D'une traite. Sans regarder la montre. Sans penser que c'était lourd et difficile. Sans le dire. Sans compter.
Nous nous sommes avancés loin dans le chantier. Mais ce soir on a des enclumes au bout des bras. Nos visages en disent long. Impossible de cacher le dormeur qui s'accroche à nous.
Tout ce que nous pouvons faire maintenant : c'est bâtir une chambre autour de lui. Pour l'écouter. Pour finir ce que nous avons commencé là-bas. Sans lui.
C'est le peu qui nous reste.
Un souffle.
Une image.
C'est pour cela qu'on est venu nous chercher.


Thierry Metz – Le journal d'un manœuvre - 1990
Folio / Gallimard - 2004





La rue file ses légendes – James Joyce



Ainsi la rue file ses légendes tandis que les fanons des baleines à quai tissent les histoires d'une querelle de famille avec un air entendu sur les noms. Le vieux Vico s'est assis dans les aires pour ajuster quelques points de lingerie. Red Rowleys est sorti de son trou pour demander ce qui n'allait pas dans cette course ? Mick na Murrough s'est servi des rigoles pour évacuer la barbe de son visage, les Burke-Lee et Coyle-Finn ont fait amende honorable lorsque Cap et Miss Coolie furent molestés.
Rollo modeste.


James Joyce – Finnegans Wake - 1939
traduction Philippe Lavergne – 1982
folio / Gallimard - 1997




nature morte #59 - Alexander Gronsky // St Batsal


Nous sommes aujourd'hui le Vendredi 13 Clinamen 142
Nativité de Maldoror, corsaire aux cheveux d'or - fête suprême quarte





 

journal des bords - 
ciel bleu
mouette plane
en falaise abrupte *

bonjour,

Petits animaux fouisseurs dans la maison – Christian Prigent (extraits)



leur bras avec mes triques trombait

et cas. Ceci en isolant

les boucles pubiennes (belles bou-

clés : &). L'cygne en pets rieurs

s'orifice par lequel dans l'ordre in

verse du plumeau, d'ouest en est, on

parviendrait à utiliser la disposition

intérieure de façon matérialiste :

et voilà la méthode mitée.



(froid aigu, dit Jules, soudain

sur les pages dans l'antichambre)



bure rein sang levant les aires,

le dos appuyé contre la chaleur dor

on aimait un trou du palpab- selon

un grand sycomore cernés d'assise suc

hurlant dans les feuillards à laine mo.



Violente saison et tu t'asseois parti

culièrement fendue de ce que démente

la journée avait été brûlant sur l'éc.



l'essieu taché, un vit sage, dans l'

lape meulière : tout cela était possi

dans l'ultramarin entonnoir, encore.

Et sans en avoir l'air essuyée elle

avait à ruiner à la main l'imparfait,

toute perdue de honte et de

plaisir, serrée d'un grand j-

continûment chaud. Tant de choses cou.



Nous débarquons le long du golfe travail

lant une imagination enfantine à ergots

vidangeant quelques lettres parmi les

mécaniques moustachues en vitesse.






Christian Prigent

in La nouvelle poésie française, anthologie – Bernard Delvaille

Seghers - 1974