like an exorcism exercise - Mansfield.TYA / Alexander Gronsky








 
Fools – Mansfield.TYA


/ I told you we were fools /

/ Playing all the time in this room /

/ With the death shadows in our mind /

/ With the death shadows flying around

/ People talked about us /

/ They were saying that we lived in sin /

/ Trying to hide our own bodies /

/ Under our own thick skins /

/ But I told you we were fools /

/ Playing all day in this room /

/ With the death shadows and the knife /

/ (To) Stop the hunt, start the sacrifice /

/For sure we were fools /

/ To complain about life /

/ Poetry and verses / 
 

/ Like an exorcism exercise /








Notes de zoologie - Henri Michaux






… Là je vis aussi l'Auroch, la Parpue, la Darelette, l'Épigrue, la Cartive avec la tête en forme de poire, la Meige, l'Émeu avec du pus dans les oreilles, la Courtipliane avec sa démarche d'eunuque ; des Vampires, des Hypédruches à la queue noire, des Bourrasses à trois rangs de poches ventrales, des Chougnous en masse gélatineuse, des Peffils au bec en couteau ; le Cartuis avec son odeur de chocolat, des Daragues à plumes damasquinées, les Pourpiasses à l'anus vert et frémissant, les Baltrés à la peau de moire, les Babluites avec leurs poches d'eau, les Carcites avec leurs cristaux sur la gueule, les Jamettes au dos de scie et à la voix larmoyante, les Purlides chassieux et comme décomposés, avec leur venin à double jet, l'un en hauteur, l'autre vers le sol, les Cajax et les Bayabées, sortant rarement de leur vie parasitaire, les Paradrigues, si agiles, surnommés jets de pierre, les singes Rina, les singes Tirtis, les singes Macbelis, les singes « ro » s'attaquant à tout, sifflant par endroits plus aigu et tranchant que perroquets, barbrissant et ramoisant sur tout le paysage jusqu'à dominer le bruit de l'immense piétinement et le bruflement des gros pachydermes.

De larges avenues s'ouvraient tout à coup et la vue dévalait sur des foules d'échines et de croupes pour tomber sur des vides qui hurlaient à fond dans la bousculade universelle, sous les orteils de Bamanvus larges comme des tartes, sous les rapides pattes des crèles, qui, secs et nerveux, trottent, crottent, fouillent et pf… comme l'air.

On entendait en gong bas la bichuterie des Trèmes plates et basses comme des punaises, de la dimension d'une feuille de nénuphar, d'un vert olive ; elles faisaient dans la plaine, là où on pouvait les observer, comme une lente et merveilleuse circulation d'assiettes de couleur ; êtres mystérieux à tête semblable à celle de la sole, se basculant tout entiers pour manger, mangeurs de fourmis et autres raviots de cette taille.

Marchaient au milieu les grands Cowgas, échassiers au plumage nacré, si minces, tout en rotules, en vertèbres et en chapelet osseux, qui font résonner dans leur corps entier ce bruit de mastication et de salivation qui accompagne le manger chez le chien ou chez l'homme frustre.


Henri Michaux – La nuit remue
Poésie / Gallimard – 1987

Bad trip in Arkansas - Jørn Riel / Claude Pélieu / Kelly Pace / John Lomax


collages visuels & sonores





Nanok.

3 mois qu'il vadrouillait entre Menphis & Little Rock.
Pas un phoque, pas un renard à se mettre sous la dent.
Bien qu'encore gros comme 6 chiens de traîneau, Nanok était affamé...





 
& de chaleureux remerciements pour Lucien Suel


fouilles – Laurent Margantin






gps 48.453706 / 9.059271 : Dußlingen
strate 27.27 : leere Wohnung
scellées n° 180115 : pompes, tracts, clés
liasse 3 E 55/102 : Sabine, Hans-Peter, Matthias


Si je ne fais pas la sieste, je suis de mauvais poil. - Anne Fine



On nous suggère puis on roupille :


C'est ça, c'est ça. Plongez-moi la tête dans un buisson de houx. Je lance à la mère d'Ellie un regard noir. Tout est de sa faute. Elle monopolise mon bout de canapé. Vous savez, celui au soleil, sur le coussin tout doux, là où je m'installe pour regarder par la fenêtre.
Juste en face des oisillons qui quittent leur nid pour apprendre à voler.
Miam, miam…
Donc, je lui lance un regard noir. C'est tout ce qu'elle mérite. Ce que je veux, c'est qu'elle se décale un peu, que je puisse faire la sieste. Nous, les chats, nous avons besoin de faire la sieste. Si je ne fais pas la sieste, je suis de mauvais poil.
 

Anne Fine – La vengeance du chat assassin
Traduction Véronique Haïtse
Illustrations Véronique
L'école des loisirs – 2008


la perspective oblique des animaux - Val K / Max Blecher





" Parfois je voulais être un chien,       
pour regarder ce monde trempé de la perspective oblique des animaux,       
de bas en haut, en tournant seulement la tête,       
et marcher au plus près de la terre, les yeux fixés au sol,       
me fondre dans la couleur violacée de la boue [...] "       
Max Blecher        


 
 

_@/" : Tu devras être patiente, très patiente, peut-être attendre comme un chien mouillé dans le brouillard, avant que l'escargot ne sorte de sa coquille…

_@/" : Tendrás que ser paciente, muy paciente, tal vez esperando como un perro mojado en la niebla ante el caracol fuera de su concha...

_@/" : You'll have to be patient, very patient, perhaps waiting like a wet dog in the fog before the snail comes out of its shell...






 


le cri strident du cru - Julien Bielka




Il faut demander aux œufs avant


Cri strident du cru
ha ha
mon œuf a explosé
et pas à moitié
c'est la seule chose à faire
au moment où on nous jette
gentiment ou non
dans une poêle



le grand Loiret du libre rire




René Laënnec et son stéthoscope



dites 545           





cendrier déborde



poisson-chats genoux fléchis
tir pigeon comprimé

ah la charogne
piaulent les médiators truqués

blabla du chroniqueur

grand steeple-chase

 
bivouac écrasé
têtes couronnées
arithméticien froissé


cendrier déborde
      
fish & chips


krrr.


la tache partirait juste ailleurs



le problème ne serait pas la surface
humide
mais ses doigts

la tache connaîtrait un autre chemin
notable
à boucles fines

un hibou qu'on décloue partirait juste
ailleurs
bordé de blanc

krrr.              

L’éléphant se laisse caresser. Le pou, non. - Lautréamont







Vous ne savez pas, vous autres, pourquoi ils ne dévorent pas les os de votre tête, et qu’ils se contentent d’extraire, avec leur pompe, la quintessence de votre sang. Attendez un instant, je vais vous le dire : c’est parce qu’ils n’en ont pas la force. Soyez certains que, si leur mâchoire était conforme à la mesure de leurs vœux infinis, la cervelle, la rétine des yeux, la colonne vertébrale, tout votre corps y passerait. Comme une goutte d’eau. Sur la tête d’un jeune mendiant des rues, observez, avec un microscope, un pou qui travaille ; vous m’en donnerez des nouvelles. Malheureusement ils sont petits, ces brigands de la longue chevelure. Ils ne seraient pas bons pour être conscrits ; car, ils n’ont pas la taille nécessaire exigée par la loi. Ils appartiennent au monde lilliputien de ceux de la courte cuisse, et les aveugles n’hésitent pas à les ranger parmi les infiniment petits. Malheur au cachalot qui se battrait contre un pou. Il serait dévoré en un clin d’œil, malgré sa taille. Il ne resterait pas la queue pour aller annoncer la nouvelle. L’éléphant se laisse caresser. Le pou, non. Je ne vous conseille pas de tenter cet essai périlleux. Gare à vous, si votre main est poilue, ou que seulement elle soit composée d’os et de chair. C’en est fait de vos doigts. Ils craqueront comme s’ils étaient à la torture. La peau disparaît par un étrange enchantement. Les poux sont incapables de commettre autant de mal que leur imagination en médite. Si vous trouvez un pou dans votre route, passez votre chemin, et ne lui léchez pas les papilles de la langue. Il vous arriverait quelque accident. Cela s’est vu. N’importe, je suis déjà content de la quantité de mal qu’il te fait, ô race humaine ; seulement, je voudrais qu’il t’en fît davantage.

Lautreamont - Chants de Maldoror - Chant deuxième - 1874

La peau et les os - Georges Hyvernaud



On publiera de belles choses sur l'énergie spirituelle des captifs. Et on ne dira rien des cabinets. C'est pourtant ça l'important. Cette fosse à merde et ce méli-mélo de larves. Toute l'abjection de la captivité est là, et l'Histoire, et le destin. En voilà un bouquin que j'aurais aimé écrire. Bien simplement, bien honnêtement. Un bouquin désolant, qui aurait l'odeur des cabinets et il faudrait que chacun la sentît et y reconnût l'odeur insoutenable de sa vie, l'odeur de son époque. Et que toute l'époque lui apparût comme une mélasse d’êtres sans pensée, sans squelette, grouillant dans les cabinets, comme nous, s'emplissant et se vidant avec gravité, sans fin et sans but. Et que le sens, le non-sens de l'époque fût là-dedans, visible, lisible, incontestable.

Georges Hyvernaud – La peau et les os
Éditions du Scorpion - 1949

Aux étalages - Berthe Bernage





Jadis, il était de mauvais ton pour une jeune femme de s'arrêter aux étalages. À présent, nous pouvons admirer à notre aise les charmantes vitrines que les commerçants des grandes villes ornent avec un art véritable ; bien entendu, nous éviterons les gravures, les statues peu convenables, les étalages de journaux illustrés.



Berthe Bernage
Le savoir-vivre & les usages du monde

Éditions Gautier-Languereau - 1931


poème #675839 - Raymond Queneau






Il se penche il voudrait attraper sa valise
pour déplaire au profane aussi bien qu'aux idiots
il se penche et alors à sa grande surprise
il ne trouve aussi sec qu'un sac de vieux fayots

Il déplore il déplore une telle mainmise
quand se carbonisait la fureur des châteaux
nous avions aussi froid que nus sur la banquise
lorsque pour nous distraire y plantions nos tréteaux

Le brave a beau crier ah cré nom saperlotte
le lâche peut arguer de sa mine palôtte
le chemin vicinal se nourrit de crottin

Frère je te comprends si parfois tu débloques
on transporte et le marbre et débris et défroques
le mammifère est roi nous sommes son cousin




Raymond Queneau - Cent mille milliards de poèmes
maquettes de Robert Massin
Gallimard NRF

Merdre !



Dunbar



Les trois hommes libres
Nous sommes les hommes libres, et voici notre caporal. - Vive la liberté, la liberté, la liberté ! Nous sommes libres. - N'oublions pas que notre devoir, c'est d'être libres. Allons moins vite, nous arriverions à l'heure. La liberté, c'est de n'arriver jamais à l'heure – jamais, jamais ! Pour nos exercices de liberté. Désobéissons avec ensemble… Non ! Pas ensemble : une, deux, trois ! Le premier à un, le deuxième à deux, le troisième à trois. Voilà toute la différence. Inventons chacun un temps différent, quoique ce soit bien fatigant. Désobéissons individuellement – au caporal des hommes libres !

Le caporal
Rassemblement !
Ils se dispersent.
Vous, l'homme libre numéro trois, vous me ferez deux jours de salle de police, pour vous être mis, avec le numéro deux, en rang. La théorie dit : Soyez libres ! - Exercices individuels de désobéissance… L'indiscipline aveugle et de tous les instants fait la force principale des hommes libres. - Portez… arme !

Les trois hommes libres
Parlons sur les rangs. - Désobéissons. - Le premier à un, le deuxième à deux, le troisième à trois. - Une, deux, trois !

Le caporal
Au temps ! Numéro un, vous deviez poser l'arme à terre ; numéro deux, la lever la crosse en l'air ; numéro trois, la jeter à six pas derrière et tâcher de prendre ensuite une attitude libertaire. Rompez vos rangs ! Une, deux ! Une, deux !

Ils se rassemblent et sortent en évitant de marcher au pas.

Alfred Jarry – Ubu enchaîné
Acte I – scène II
Folio Gallimard - 2008



À l'abri sûr des blindés - Arno Schmidt



Photo Arno Schmidt




Retranscription - extraits de la vidéo Arno Schmidt, le cœur dans la tête
 
Premièrement l'endroit. Bargfeld est situé à 20 kilomètres au nord-est de Zehle. 350 habitants, quelques 45 maisons. La route se termine dans la localité même, donc pas de circulation de transit. Un calme absolu garanti, d'ailleurs vérifié par 2 nuitées. Pas d'église. L'école est à l'autre extrémité de l'endroit. Donc cette source phonique est également en quantité négligeable. Les maisons entourent la place du village plantée d'un carré de chênes. C'est la City, avec l'auberge, la pompe à incendie et le flic du coin.

Au nord-est, s'étend la lande sauvage. C'est-à-dire une lande où le randonneur peut s'enliser imperceptiblement dans les marécages, à l'abri sûr des blindés. Dans cette direction, on peut parcourir 50 kilomètres sans apercevoir une seule maison. 
Lune, brume & pluie de premières qualités. 
Quant à l'eau du robinet, impossible, même avec la plus mauvaise volonté, de déceler le moindre arrière-goût de purin.



Arno Schmidt
Version française Laurent Szabo & Nicole Taubes