Mots - Murièle Modély // Béatrice Brérot



Typoésie 1 - Béatrice Brérot



Je les mets en bouche -c'est le seul moyen pour
Je les passe à droite à gauche
sur la langue la glotte -jusqu'à le haut-le-coeur mais
Je mâche à peine
Je suce suçote -il ne faudrait pas que
J'imprègne de salive
mon fluide dissolvant
fait son travail
Je fends -jusqu'au cœur où


*

Au bout d'un moment
Sur la table
Entre mes mains
Dans la bouche
Ou la tête
Les mots gisent

Mon jus de salive
Tend ses fils entre les commissures
Et ces moitiés de mots
Qui hululent leurs ventres éclatés
La coulure des syllabes

Au bout d'un moment
Je passe la langue sur l'arête aiguë
De leurs déchirures
Tous les sens envolés dans la glu de ma joue


*

certains disent
Il n'y a rien au fond
-ceux-là ont percé à jour
sous l'adroit assemblage
de mes mots sur la page
le vide des cailloux-
certains disent
Il n'y a rien derrière
ce n'est pas faux


*


il y a juste la jouissance
le plaisir d'arracher
une à une les peaux
de gratter, de racler
du bout de l'ongle le mot
de ne plus rien comprendre
d'observer longuement
jusqu'à devenir folle
la coque vide et molle
de l'étrange animal


*


sous le mot il y a
ça coule à mon oreille
loin très loin derrière
le giclée de la mer


*


Le mot est une conque :
Qui comprend sa musique ? 


Pour lire encore Murièle Modély

Au restaurant - Arno Schmidt






Le repas de midi ; à l'hôtel près de l'avenue du Port : A notre table, un tailleur gris clair, avec des poings rougeauds (et de grands souliers pointus ; « Miss Alabama », incontestablement ; 5 poignards roses à chaque main). / Elle me décoche, par-dessus ses moules marinières, un tir roulant d'oeillades. Ses lèvres fuchsia vermiformes se tortillent gracieusement sur un fond blanc. (« I'll have three whores a day, to keep love out of my head. » Otway, si mes souvenirs sont exacts ¹.)

L'orchestre de danse ? : Il change tous les mois. / « Y a-t-il beaucoup de végétariens parmi les artistes ? » - Ils ne peuvent réprimer un sourire : « Pour ainsi dire pas. » / Suit l'explication sociologique : ils ont tous tant souffert de la faim qu'ils bâfrent par principe comme l'Enfant prodigue. (Que ne dévorons-nous pas, en fin de compte ? : nous prenons leurs baies aux plantes ; leur peau aux animaux. Nous suçons tous les tétons ; nous aspirons tous les tuyaux, gobons par tous les trous ; comme les crustacés des Seven Seas : et tout cela pour pouvoir roter et péter 10 heures de plus !) / «  Je laisse mes bagages ici ? » Oui.

Un adolescent éthéré entre, frêle et le dos voûté ; il commande 40 onces de steak tartare ² ; puis il contemple avec apathie le mur d'en face ; 2 yeux bestiaux dans un visage d'intellectuel. Ne trouvant rien de mieux à faire, il saisit son beau grand couteau et s'en sert comme d'une baguette de tambour – la noble lame résonne et rebondit docilement (et, tandis qu'il entonne mezza voce une Internationale farcie de trilles et de roulades, c'est plus fort que moi : je me lève respectueusement et je m'incline bien bas, les yeux baissés, comme il convient à un pauvre être tout relatif qui est confronté avec l'absolu. Il me regarde d'un air décontenancé ; sa bouche profère en silence une grossièreté inouïe (identifiable à l'expression de tout le bas du visage) ; et je m'incline à nouveau : quelle volupté d'être invité, même à cela, par de grands hommes. Et par de Grandes Femmes, ce doit être encore plus voluptueux !)).

Car ce n'est autre que Stephen Graham Gregson ! : le poète de L'école des poulets, de Papa Luna et de l'incomparable Ceux du tissage (dont la publication a été suivie de 23 attentats dirigés contre sa personne par des magnats du textile ; et de 485 réquisitoires prononcés contre lui : il dut vivre 11 mois dans les bois, caché chez un ami courageux – jusqu'au moment où l'IRAS se décida à intervenir. Au cours d'une réunion plénière organisée dans la grande salle du théâtre (et retransmise par la télévision dans le monde entier) 800 génies se prononcèrent à l'unanimité en faveur de Gregson. Et séance tenante, un des avions de l'île, blanc comme neige et jouissant de l'immunité culturelle, partit pour les marécages de la Caroline où le malheureux se cachait, écrivant comme un possédé en maudissant sont sort – il crut tout d'abord à une nouvelle ruse de ses bourreaux et refusa de monter dans l'avion (soutenu par une poignée de partisans fanatiques ; il fut très difficile de s'emparer de lui sans lui faire de mal !). / Et l'indignation publique atteignait son paroxysme ! : Alors qu'une heure auparavant, il était cloué au pilori en tant qu'anarchiste, blasphémateur, pornografe et fou à lier – formidable, «  pornografe », on dirait une profession, comme fotografe ! - le manifeste solennel de l'île retourna l'opinion publique contre les auteurs de ces scandaleuses calomnies. On décida de boycotter l'industrie textile (et l'on tint promesse pendant quelques jours) ; tant et si bien que les fabricants affolés ne surent plus qu'inventer pour amadouer le client à grand renfort de cadeaux publicitaires. Ils y parvinrent sans peine, surtout chez les femmes (en leur permettant d'être en avance sur la mode) ; mais certains hommes furent plus difficiles à convaincre : des historiens de la littérature (qui ont une bonne mémoire des noms) refusèrent encore pendant des années d'acheter leurs habits de gala chez le fabricant incriminé par Gregson ! / Cette affaire eut une autre conséquence : aucun industriel n'engagea plus d'apprentis ayant fait des études secondaires ; rien que des gens relativement simples d'esprit (soumis auparavant à des tests raffinés sur leur aptitude à l'esclavage et sur la désespérante pauvreté de leur vocabulaire). Et on introduisit dans les contrats d'embauche une petite clause, discrètement élaborée par les juristes du pays : l'intéressé ne pourrait en aucun cas et sous quelque forme que ce soit, faire le récit de son temps d'apprentissage : « mesure préventive contre le sabotage économique ». - Ce qui revient à dire, pour parler net : le gouvernement se laissa acheter une fois de plus ³, pour couvrir les traficants d'esclaves blancs – vivant du travail des enfants, comme au-temps-de-Charles-Dickens !

Inglefield coupe court à ma révérence en me faisant retomber sur ma chaise ; il se met à parler ; il hoche la tête ; (et Miss Alabama, en fille bien élevée, plonge le nez dans son assiette) ; il semble songeur, morose, même. / « C'est un cas très curieux : il n'écrit plus une ligne ! - A son arrivée dans l'île, il produisait à la chaîne : des poèmes de plus en plus beaux et de plus en plus féroce. Puis - » (il se penche à mon oreille, chuchote d'un ton dramatique et confidentiel) : « - sa production s'est subitement tarie ! Et à la suite de l'incident que je vais vous raconter : » (il s'ébroue furieusement et mord frénétiquement ses lèvres de yankee (moi il faudrait me payer cher pour y passer la langue !) : « Au cours d'une rencontre sportive ʻʻ Bâbord contre Tribord ʼʼ, Gregson est tombé amoureux d'une Russe – type armoire à glace, capable de faire des tractions et des rétablissements d'une seule main à la barre fixe. » (Je le regarde : il a enfoui sa tête dans l'invraisemblable montagne de chair et l'engloutit avec une avidité bestiale) : «  Peut-être est-ce l'attirance des contraires ? » suggéré-je : « parce qu'il est si maigre ? C'est évident : transfert affectif ! : il se gave pour lui ressembler ! » Mais Inglefield hoche la tête, incrédule : « Vous ne savez pas encore tout ; attendez un peu avant d'échaffauder un roman. - Ils ont commencer par se rencontrer ̏ Hors les murs ˝. Mais cette maudite et impudente créature l'attira de plus en plus loin. Et elle finit par lui donner ses rendez-vous à la Bibliothèque de Gauche, où il se mit à fréquenter des Russes. And last but not least, il déclara un beau jour qu'il devait passer 6 ou 8 semaines de l'autre côté pour se livrer à des études préliminaires pour son prochain roman – et il n'y eut rien à objecter ; nous sommes officiellement impuissants. » / Silence ; il mâchonne rageusement.

« Et : officieusement ? » me risqué-je à demander. « Ah, officieusementficieusement ! » gueule-t-il, impatienté : «  bien sûr qu'officieusement nous avons tout essayé : conseils discrets d'amis. Invitation flatteuse pour une tournée de conférences à travers les States – qu'il esquivait sous l'arrogant prétexte que ce serait trop bon pour eux § / Toutes les WAACs reçurent l'ordre de s'occuper de lui : on promit un nouveau contrat avec salaire double à celle qui réussirait à lui faire oublier sa Russe. - Peine perdue ! : et il y a pourtant des filles étonnantes parmi elles... ! Il ferme la bouche (et pense visiblement à une scultrice nommée Berta Sutton, what a woman. Et je ne puis pas donner tout à fait tort à Gregson. (Ou bien si ; car Bertie est aussi ̏ étonnante ̋ dans son genre. Et même très. Bien qu'il lui manque à peu près tout ce qu'il faut pour faire une femme. Sauf une petite chose, et encore ?)).

« Il a donc passé de l'autre côté : 4 semaines ; 6 semaines : 8 semaines ! - Puis il est revenu : tel que vous le voyez maintenant. - / Il n'écrit plus ; il ne travaille plus. A chaque question, il répète invariablement le même slogan : toute la littérature occidentale est... Vous savez la suite. »

Il se penche à mon oreille ; sa voix est pâteuse comme une sauce de ragoût : « Nous l'avons interrogé sous hypnose, cela va de soi : il n'est plus le même !! Son vocabulaire s'est incroyablement appauvri ; mais les mots américains qu'il a oublié n'ont pas été remplacés par des mots russes ; non ! Il a le niveau mental d'un garçon d'écurie ! »

L'autre se redresse, l'air hébété ; il croise ses bras encombrants sur sa poitrine ; il me fixe d'un regard perçant :

« Voilà pourquoi, Mister Ouainer : je vous demande d'ouvrir bien les yeux, là-bas – de les ouvrir le plus grand possible : il s'est passé quelque chose ! / Et ce n'est pas la seule affaire de ce genre : Miss Jane Cappelman » (mon visage béant de respect lui montre que je connais la poétesse et il se dispense de commentaires) : « elle aussi, elle erre, comme si elle n'avait plus ̏ tous ses esprits ̋, dans Poet's Corner. Elle a succombé aux charmes glabres d'un Russe de Toula ; et elle aussi a éprouvé le besoin d'étudier les moeurs des Républiques Populaires – et elle aussi s'est tue : nous avons recensé son vocabulaire ; il ne comporte plus que 380 mots ! » / Nous nous levons de table (Miss Alabama me tend d'un air boudeur sa main ripolinée : parce que je n'ai pas capitulé sans conditions devant ses charmes). -




1. Thomas Otway, The Soldier's Fortune, acte I, scène 3.
2. Soit 1 134,52 grammes.
3. Voici de nouveau une diatribe qui vient mal à propos.Monsieur Gregson – la postérité en jugera - a incontestablement du talent, mais il se laisse putréfier dans les bourbiers d'appétits déréglés ! Son roman en question sur l'industrie textile américaine ne prouve rien sinon qu'il est de ces individus qui n'ont pu trouver leur place dans la société : l'apprentissage et le service militaire n'ont jamais fait de mal à personne.


Arno Schmidt - La République des savants - 1957
 Traduction Martine Vallette, Jean-Claude Hémery 
Christian Bourgois éditeur - 2001 - pp 169-175

Paroles - Armée Noire // Prévert // Hergé


35ème jour du Calendrier Armée Noire

Hergé - Tintin au Congo - 5 juin 1930/18 juin 1931



Il parle et le silence est tel qu'on entend les mouches voler et qu'on les entend si distinctement voler qu'on n'entend plus du tout le président parler, et c'est bien regrettable parce qu'il parle des mouches, précisément, et de leur incontestable utilité dans tous les domaines et dans le domaine colonial en particulier.

Jacques Prévert - Tentative de description d'un dîner de têtes à Paris-France
in Commerce, Cahier 28, été 1931.



" nous, payer  dette à vous " wouarfFH


On peut pas - Laura Vazquez



El Fuego Fatuo : Laura Vazquez - Clara de Asis


Je suis en retard à mon

C’est les enfants à mon

Le beau-père il les a

Ils sont allés au

Ils pleuraient les

Et les juges ils étaient

Et après ils ont repris leurs

Et nous aussi

Parce c’est comme ça, ça

On peut pas tous s’arrêter de vivre

Pour une histoire si

Bien sûr le beau-père des

On peut dire c’est un

On peut lui cracher dessus

Y en a qui ont dit faut lui couper la

Les enfants c’est

On peut pas les toucher et surtout pas les

y z-ont dit, il a mis son

dans les mains de la petite, elle a tout juste

bien sûr la petite elle l’a

c’est une enfant, elle est

mais là ces jours-ci la gamine elle

on la reconnait pas

le procès ça l’a

et le petit il a dû raconter toute l’

devant sa mère et devant

comment il lui a mis la

dans le

quand la mère était pas

un enfant comme ça

c’est des choses on peut pas les dire

on peut pas les imaginer

Y en a sur la tête ils portaient des

Et sur les yeux ils les

Pour pas qu’on voie leurs

Parce qu’on sait pas où les

C’est comme les mains ou les

Moi le beau-père avant je l’aimais

J’ai du mal à le

Maintenant

Je peux pas dire que le beau-père c’est un

Y a des choses on peut pas les

Alors on se

On sait pas ce qu’il vont lui

Il est vieux

Il vont le faire mourir en

Le beau-père il va mourir en

La terre est ronde - Armée Noire // Arno Schmidt


34ème jour du Calendrier Armée Noire

" L'eau érode les montagnes et remplit les vallées,
 si elle le pouvait elle transformerait la terre en une boule parfaitement ronde."

Léonard de Vinci (1452-1519)





Un jour je tins à Erathosthène le raisonnement suivant : l'esprit se caractérise par sa volonté d'infini ; or le disque étant plus infini que la sphère, la terre sera donc nécessairement un disque. Et je lui demandai avec agacement s'il n'était pas capable de sentir combien l'idée d'une sphère dont on aurait fini d'explorer la surface était terrifiante ? Il m'avait écouter en hochant la tête d'un air impassible, puis avait rétorqué en souriant : " Il y en a encore pour un moment. " Soit. Je lui souhaite bien du plaisir en attendant. Evidemment, quelqu'un qui s'interroge sur les menées et les agissements de l'homme - et des êtres vivants en général - de ces mille dernières années et des mille autres à venir ne fera jamais un bon citoyen et ne connaîtra jamais le bonheur. Idem pour ce qui est de la psyché et de la mnémè des plantes. Cependant, j'avais passé sous silence ce qui m'importait le plus : où s'enfuir si la terre est une sphère ? Que disparaissent une fois pour toute ces faces d'humains de notre regard épouvanté (et jette aussi les miroirs, et ferme les yeux en buvant !) Ne débouleraient-ils pas de tous côtés ronds de la sphère, se frottant les mains, comme un troupeau affairé bousculant tout sur son passage ; et même si on courait se réfugier au pôle, ils ne manqueraient pas d'y venir pulluler là aussi jusque sur l'ultime convexité avec leurs tronches sifflantes et obscènes pour dénoncer de leurs doigts railleurs, salis par le métal, l'individu qui avec une moue dégoutée se drape dans son manteau ! - Non, non, je veux qu'elle soit un disque, et donc infinie : et maintenant, suivez-moi si vous le pouvez, bande d'ahuris ! Quand bien même vous parviendriez à franchir la première colline boisée et la première mer que la deuxième, puis la troisième vous ferait déjà hésiter ! - mais la dixième ? ! - Mais la centième ? ! ! Et moi j'escalade en riant les rochers désolés et parcours le désert sans fatiguer (et que derrière moi soit le vent qui efface toutes traces ; je veux porter un manteau de sable, que personne ne me repère dans l'océan de dunes) - Seul avec Hélios au-dessus de moi, dans sa nef lançant des gerbes d'or ; et parfois, oh oui, viennent les démons ! Me fait signe déjà une mer nouvelle à l'écume d'argent, îles sur l'horizon. -

Arno Schmidt - Enthymésis ou C.J.V.H.
Traduction Claude Riehl
 in Léviathan - Christian Bourgois Editeur- 1998 - pp 97/98



archives © la terre est ronde  



L'exemple de la nuit - El Fuego Fatuo



Louis Cane - Toile tamponnée, 1967


Prenons par exemple la nuit
qui tremble
à tel point que toute la maison tombe


Nous sommes dans le lit
Nous sommes dans la maison


Prenons l’exemple de la nuit
qui tombe sur nous
Sur toute notre vie
Le toit sur nous
avec les chats qui hurlent un peu


Prenons par exemple une nuit
Prenons une nuit ordinaire
Mais qui tombe
Seulement
Avec des tuiles et des clous rouillés
Avec du ciment et du plâtre
humides
Sur nous


Prenons un corps intact dans la nuit
qui tombe
Sans même nous réveiller


Prenons nos corps dans une nuit qui tombe

Prenons un simple exemple
Un peu noir mais très blanc dans la nuit
Sur l’herbe sur les jardins de la ville


Prenons des corps qui disparaissent
Prenons des corps très blancs et noirs
qui disparaissent
avec la nuit


Prenons beaucoup d’herbe
qui tombe
Sur nous


Une nuit
Une nuit très ordinaire
Et qui tombe

Le Train de Tarkos - Silo



 
Je n'ai pas entendu, aurais-je entendu je n'aurais pas pu faire celui qui n'entend pas, et j'aurais bien évidemment réagi immédiatement, mais je n'ai pas entendu. Je n'ai pas médusé, je ne reste pas là à me méduser, je ne méduse. Ce n'est pas de l'anémie. Je ne crois pas que ce soit de l'anémie. Je ne nie pas. Je n'ai pas de bouquet d'aménités et d'anémones à l'encontre de mes avis, de mon opinion, de ma vie, de mon songe, du monde. Je ne méduse, je ne mens, je ne nie, je ne noie. J'ai pas de l'anémie. Je n'ai pas emmagasiné d'anémie. Je ne m'arrête pas une minute, je chemine à tout moment, je ne m'arrête pas une minute ou deux, je ne vais pas ralentissant.

Le long petit train rouge marche. Il est en marche

Je vais m'être agréable. Je vais être aimable pendant ce moment avec moi. Je ne vois pas pourquoi je ne me serais pas agréable ni aimable, je ne veux pas m'ennuyer, je ne veux me navrer et me plaindre envers moi de je ne sais quoi. Je vais m'attendrir amplement, je m'attendrirai largement et amplement. Je ne m'en veux pas, de quoi m'en voudrais-jea?
 
 
 
Que de mets exquis ici. A conserver dans le compartiment du bas de votre réfrigérateur avec les légumes frais.

Je suis le Monde - Armée Noire // Pusse



Mika Pusse


UNDERGROUND

moi je suis underground
je ne suis pas à vende
car je fais de l'art moi
moi...je...moi...je...euh...je...moi

mon penchant pour l'art brut
me pousse à faire d'l'art prout
qui y'a personne qui comprends pas

je fais des happeninges
où je fais du bondage
de filles au regard sage
avec des pinces à linge
j'leur pince les bouts de gras
j'les saucissonne à tour de bras

pis avec mes pieds nus
sur des cailloux pointus
je danse une rumba
ha ha ha ha... ha ha ha ha

cagar si quieres cagar
aï me gusta la salsa
cantar si quieres cantar
aï me gusta la salsa
aï me gusta la salsaaaaaa

le summum du spectacle
c'est quand à quatre pattes
je mange du caca
MIAM
In Pusse - Soupir Léger - Mon Slip 2001

33ème jour du Calendrier Armée Noire

Manifeste mutantiste 1.1 - Mathias Richard & al



g.cl4renko & Nikola Akileus


Mutantisme =
1/ un constat sur l'époque ;
2/ une façon de créer ;
3/ un agrégat de personnes se déclarant "mutantistes"
« Le mutantisme est un logiciel psychique s'adressant aux personnes voulant penser et créer hors de ce qui est. »
Que faire quand on s'emmerde à mourir dans la France des années 2010 ?
Réponse : devenir mutantiste !
Le seul avantage d'une époque-désert comme celle-ci, c'est que tout est réinitialisé, et que des zozos peuvent tout reprendre à zéro.
Le seul avantage de cet espace lisse désertifié -ce monde- est que des originaux peuvent en récréer les plis.

Tout reprendre à zéro. S'organiser.

Tout reprendre à zéro. Tout est fini. Rien n'a commencé.

Auto-organisation. Mutantisme.


Hymne à la création, à la solidarité entre « différants » (voire « inadaptés », ceux qui font « un pas de côté »), Manifeste mutantiste 1.1, de Mathias Richard, exprime les principes du « mutantisme ». Texte de poésie, de pensée, manifeste littéraire et artistique, manuel, essai transgenre avec liste de protocoles de création (« machines abstraites ») et d'exemples (textes, images...), notice technique, contrepoison à une époque mortifère, rassemblement de singularités utilisant l'environnement technoscientifique et informationnel, le Manifeste mutantiste propose des perspectives créatives et communautaires.

Le mutantisme est un réseau asocial (tellement asocial qu'il est toujours en voie d'effondrement, de disparition !) et une cellule de recherche et développement sur la multiplicité des formes et des formats. Certains qualifient cet agrégat de « situationnisme psychédélique ». Du noir, mais en couleur ? Des arcs-en-ciel, mais noirs !


Le livre s'organise en trois mouvements :
(1) le manifeste lui-même, constitué dix chapitres modulaires très brefs (des modules synthétiques), sauf le dernier,
(2) le module « Machines », qui est hypertrophié, atteint d'éléphantiasis, car son principe, matriciel, est d'être développable, augmentable à l'infini, d'être l'objet d'ajouts par qui veut, ouvert à tous vents, [20 auteurs participent à cette partie]
(3) un appendice contenant des exemples et des textes de création, trop longs pour être insérés dans le corps même du manifeste, dont le texte « Réplicants » (chronologiquement première oeuvre-application issue des machines mutantistes) qui à lui seul pourrait constituer un livre autonome.


Une grande force du Manifeste mutantiste est son aspect synthétique, la qualité de sa synthèse d'éléments civilisationnels, culturels, sa vision transversale traversant les différents champs, s'attardant particulièrement, dans cette version, sur celui de la création (art, littérature...). C'est un texte matriciel qui donne des pistes pour créer.

1/ En art et littérature, le mutantisme déclare une table rase et une reconstruction des genres sous forme de machines.

2/ D'un point de vue social, le mutantisme constitue un appel aux « déviants » à s'allier, ou du moins s'agréger (pour solidarité, amusement, émulation, créativité accentuée accélérée, projets, soutien des uns et des autres à travers la construction d'un réseau).
Le mutantisme rêve de créer une zone de solidarité entre ceux qui ne se reconnaissent dans rien et veulent créer, commencer, de nouvelles choses.
Les « différants » sont souvent convaincus qu'ils sont des erreurs et frappés d'anomie sociale. Nous sommes divisés pour être mieux régnés, il n'y a plus aucune solution collective. Un début : mutantisme.


Mutantisme = 1/ un constat sur une époque ; 2/ une façon de créer ; 3/ un agrégat de personnes se déclarant « mutantistes ».

Ce livre déclare une réinitialisation générale, une reconfiguration.
« Création, solidarité, liberté », semble-t-il nous dire.
« Le mutantisme est un programme de réinitialisation d'où naissent de nouvelles catégories, de nouvelles classifications, de nouvelles formes. »

Manifeste mutantiste 1.1 de Mathias Richard et al.
Avec la participation de Nikola Akileus, Gabriel Azais, Guénolé Boillot, Philippe Boisnard, Antoine Boute, Lucille Calmel, Cyrill Chatelain, Georges Cl4renko, Yvan Corbineau, Grégoire Courtois, Etienne Dodet, Christophe Esnault, Caroline Hazard, Hypsis, LWO, Méryl Marchetti, Cédric Micchi, Virgile Novarina, François Richard, Yannick Torlini.
 

convulsion(s) - bertfromsang



on croit qu'on en est sorti ...

... y fouir encore / éruption d'intensité - suffoque / odoriférante apocalypse / oeillet noir / à nos lèvres vos coupes insolentes / vacarme silencieux / en subtile démence / mirage vice diffracté / la soif la soif la soif désordres / au-delà des lignes brisées le nombre / gracile / convulsion(s) / héritières des nuits les puissances du soir s'immiscent, lourdes & lentes / 23: 34 / éphémère stridence - mensonge obsession / toujours plus, par le fond, boire / fluide ardent / corps électriques / d'attractions en vertiges, langues déliées, gangues lacérées / encore hier alone ...


elle perdure

pousser vous entendez pousser... Thomas Bernhard





Tout à coup la chute
dans le confort
effrayant
irresponsable
Le monde veut de la distraction
mais il faut le perturber
le perturber le perturber
Où que nous regardions rien
qu'un mécanisme de distraction aujourd'hui
Dans la catastrophe de l'art madame
c'est dans la plus incroyable de toutes les catastrophes de l'art
qu'il faut pousser toute chose
pousser vous entendez
pousser...

Thomas Bernhard, Minetti (2ème scène)
traduction Claude Porcell -
L'Arche éditeur ©


Merci La Main de Singe !

Marseillaise - Armée Noire


La Marseillaise, même en reggae, ça m'a toujours fait dégueuler *





Vendredi 01 février, c'est poisson et grosse semaine !

* Renaud
32ème jour du Calendrier Armée Noire

L'usure des chaussure - Nathalie Quintane





A quel moment puis-je dire d'une chaussure : «  elle est usée » ?
A quel degré d'usure, à quel stade de transformation de la chaussure, intervient le jugement : « elle est usée » ?
Quelles sont les circonstances qui m'amènent à repousser dans le temps la formulation de cette phrase : « elle est usée » ?
Les signes extérieurs de l'usure sont-ils semblable d'une chaussure à l'autre ? Sont-ils constants ?
Une botte en cuir s'use-t-elle de la même manière qu'une pantoufle en feutre ?
Toutes les semelles s'usent-elles plus vite que l'empeigne ?
Jusqu'à quel degré d'usure la marche est-elle possible ?
Une chaussure s'use-t-elle même quand je ne la porte pas ?
Une chaussure est-elle usée plus vite par la marche, ou par les intempéries ?
Y a-t-il un moment, au cours de son utilisation, où une chaussure s'use plus vite (par exemple, juste avant « la fin ») ?
Quel est le laps de temps, limité par deux états de la chaussure, au cours duquel les différents degrés d'usure qu'elle présente permettent d'énoncer : « elle est usée » ?
Puis-je connaître la limite entre l'usure et la destruction de la chaussure ?
Quand je porte sans cesse la même paire de chaussures, est-ce parce qu'elle me plaît, ou par désir de l'user (i.e. « d'en finir ») ?
Est-ce vraiment par souci d'en prolonger la durée que je prends soin de mes chaussures ?
Une chaussure est-elle usée quand je ne peux plus la porter, ou quand je ne veux plus la porter ?
La même chaussure, portée par moi, sera-t-elle pareillement usée aux pieds d'autrui ?
Lorsque je parle d'usure, cela concerne-t-il le cuir de la chaussure, matière dont elle est constituée, ou la chaussure entière ?
L'usure change-t-elle la nature de la marche ?
L'analyse de certains paramètres (qualité du cuir, forme du pied, façon de marcher, aire géographique, climat de la région dans laquelle je marche...) permettrait-elle de prévoir l'évolution de l'usure ?
Est-ce l'achat de la chaussure, ou son usage, qui détermine la possession ?
Une chaussure usée est-elle plus « mienne » qu'une chaussure neuve ?
Quelle signification a le fait que je puisse regretter, voire même pleurer, la perte d'une chaussure ?
L'usure est-elle de l' « humanité » ajoutée à de l'inanimé ?
L'usure comme processus a-t-elle plus d'intérêt que comme résultat ?

Nathalie Quintane – Chaussure – P.O.L -1997
in la poésie française contemporaine – pp. 334/335 – Le Cherche Midi