Réparties - Armée Noire // Arthur Rimbaud



RERO


Les reparties de Nina.
.........................
Lui - Ta poitrine sur ma poitrine,
     Hein ? nous irions,
Ayant de l'air plein la narine,
     Aux frais rayons

Du bon matin bleu, qui vous baigne
     Du vin de jour ?...
Quand tout le bois frissonnant saigne
     Muet d'amour

De chaque branche, gouttes vertes,
     Des bourgeons clairs,
On sent dans les choses ouvertes
     Frémir des chairs:

Tu plongerais dans la luzerne
     Ton blanc peignoir,
Rosant à l'air ce bleu qui cerne
     Ton grand oeil noir,

Amoureuse de la campagne,
     Semant partout,
Comme une mousse de champagne,
     Ton rire fou :

Riant à moi, brutal d'ivresse,
     Qui te prendrais
Comme cela, - la belle tresse,
     Oh ! - qui boirais

Ton goût de framboise et de fraise,
     O chair de fleur !
Riant au vent vif qui te baise
     Comme un voleur,

Au rose églantier qui t'embête
     Aimablement:
Riant surtout, ô folle tête,
     A ton amant !....

.....................................
- Ta poitrine sur ma poitrine,
     Mêlant nos voix
Lents, nous gagnerions la ravine,
     Puis les grands bois !...

Puis, comme une petite morte,
     Le cœur pâmé,
Tu me dirais que je te porte,
     L'œil mi fermé..

Je te porterais, palpitante,
     Dans le sentier:
L'oiseau filerait son andante:
     Au Noisetier...

Je te parlerais dans ta bouche:
     J'irais, pressant
Ton corps, comme une enfant qu'on couche,
     Ivre du sang

Qui coule, bleu, sous ta peau blanche
     Aux tons rosés:
Et te parlants la langue franche....
     Tiens !... - que tu sais...

Nos grands bois sentiraient la sève
     Et le soleil
Sablerait d'or fin leur grand rêve
     Vert et vermeil.

..................................
Le soir ?... Nous reprendrons la route
     Blanche qui court
Flânant, comme un troupeau qui broute,
     Tout à l'entour

Les bons vergers à l'herbe bleue
     Aux pommiers tors !
Comme on les sent tout une lieue
     Leurs parfums forts !

Nous regagnerons le village
     Au ciel mi-noir;
Et ça sentira le laitage
     Dans l'air du soir;

Ça sentira l'étable, pleine
     De fumiers chauds,
Pleine d'un lent rhythme d'haleine,
     Et de grands dos

Blanchissant sous quelque lumière;
     Et, tout là-bas,
Une vache fientera, fière,
     À chaque pas...

- Les lunettes de la grand'mère
     Et son nez long
Dans son missel: le pot de bière
     - Cerclé de plomb,

Moussant entre les larges pipes
     Qui, crânement,
Fument: les effroyables lippes
     Qui, tout fumant,

Happent le jambon aux fourchettes
     Tant, tant et plus:
Le feu qui claire les couchettes
     Et les bahuts.

Les fesses luisantes et grasses
     D'un gros enfant
Qui fourre, à genoux, dans les tasses,
     Son museau blanc

Frôlé par un mufle qui gronde
     D'un ton gentil,
Et pourlèche la face ronde
     Du cher petit.....

.............................
Que de choses verrons-nous, chère,
     Dans ces taudis,
Quand la flamme illumine, claire
     Les carreaux gris !...

- Puis, petite et toute nichée
     Dans les lilas
Noirs et frais : la vitre cachée,
     Qui rit là-bas....

Tu viendras, tu viendras, je t'aime !
     Ce sera beau.
Tu viendras, n'est-ce pas, et même...

Elle. - Et mon bureau ?

In Cahier de Douai

L'innomable (extrait) - Samuel Beckett





(…) je n’ai pas bougé, j’ai écouté, j’ai dû parler, pourquoi vouloir que non, après tout, je ne veux rien, je dis ce que j’entends, j’entends ce que je dis, je ne sais pas, l’un ou l’autre, ou les deux, ça fait trois possibilités, toutes ces histoires de voyageurs, ces histoires de coincés, elles sont de moi, je dois être extrêmement vieux, ou c’est la mémoire qui est mauvaise, si je savais si j’ai vécu, si je vis, si je vivrai, ça simplifierait tout , impossible de savoir, c’est là l’astuce, je n’ai pas bougé, c’est tout ce que je sais, non, je sais autre chose, ce n’est pas moi, je l’oublie toujours, je reprends, il faut reprendre, pas bougé d’ici, pas cessé de me raconter des histoires, les écoutant à peine, écoutant autre chose, me demandant de temps en temps d’où je les tiens, ai-je été chez les vivants, ou sont-ils venus chez moi, et où, où est-ce que je les tiens, dans ma tête, je ne me sens pas une tête, et avec quoi est-ce que je les dis, avec ma bouche, même remarque, et avec quoi est-ce que je les entends, et tatata et tatata, ça ne peut pas être moi, ou c’est que je ne fais pas attention, j’ai tellement l’habitude, je fais ça sans faire attention, ou étant comme ailleurs, me voilà loin, me voilà l’absent, c’est son tour, celui qui ne parle ni n’écoute, qui n’a ni corps ni âme, c’est autre chose qu’il a, il doit avoir quelque chose, il doit être quelque part, il est fait de silence, voilà une jolie analyse, il est dans le silence, c’est lui qu’il faut chercher, lui qu’il faut être, de lui qu’il faut parler, mais il ne peut pas parler, alors je pourrai m’arrêter, je serai lui, je serai le silence, je serai dans le silence, nous serons réunis, son histoire qu’il faut raconter, mais il n’a pas d’histoire, il n’a pas été dans l’histoire, ce n’est pas sûr, il est dans son histoire à lui, inimaginable, indicible, ça ne fait rien, il faut essayer, dans mes vieilles histoires venues je ne sais d’où, de trouver la sienne, elle doit y être, elle a dû être la mienne, avant d’être la sienne, je la reconnaîtrai, je finirai par la reconnaître, l’histoire du silence qu’il n’a jamais quitté, que je n’aurais jamais dû quitter, que je ne retrouverai peut-être jamais, que je retrouverai peut-être, alors ce sera lui, ce sera moi, ce sera l’endroit, le silence, la fin, le commencement, le recommencement, comment dire, ce sont des mots, je n’ai que ça, et encore, ils se font rares, la voix s’altère, à la bonne heure, je connais ça, je dois connaître ça, ce sera le silence, faute de mots, plein de murmures, de cris lointains, celui prévu, celui de l’écoute, celui de l’attente, l’attente de la voix, les cris s’apaisent, comme tous les cris, c’est-à-dire qu’ils se taisent, les murmures cessent, ils abandonnent, la voix reprend, elle se reprend à essayer, il ne faut pas attendre qu’il n’y en ait plus, plus de voix, qu’il n’en reste plus que le noyau de murmures, de cris lointains, il faut vite essayer, avec les mots qui restent, essayer quoi, je ne sais plus, ça ne fait rien, je ne l’ai jamais su, essayer qu’ils me portent dans mon histoire, les mots qui restent, ma vieille histoire, que j’ai oubliée, loin d’ici, à travers le bruit, à travers la porte, dans le silence, ça doit être ça, c’est trop tard, c’est peut-être trop tard, c’est peut-être déjà fait, comment le savoir, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, c’est peut-être la porte, je suis peut-être devant la porte, ça m’étonnerait, c’est peut-être moi, ça a été moi, quelque part ça a été moi, je veux partir, tout ce temps j’ai voyagé, sans le savoir, c’est moi devant la porte, quelle porte, ce n’est plus un autre, que vient faire une porte ici, ce sont les derniers mots, les vrais derniers, ou ce sont les murmures, ça va être les murmures, je connais ça, même pas, on parle de murmures, de cris lointains, tant qu’on peut parler, on en parle avant, on en parle après, ce sont des mensonges, ce sera le silence, mais qui ne dure pas, où l’on écoute, où l’on attend, qu’il se rompe, que la voix le rompe, c’est peut-être le seul, je ne sais pas, il ne vaut rien, c’est tout ce que je sais, ce n’est pas moi, c’est tout ce que je sais, ce n’est pas le mien, c’est le seul que j’ai eu, ce n’est pas vrai, j’ai dû avoir l’autre, celui qui dure, mais il n’a pas duré, je ne comprends pas, c’est-à-dire que si, il dure toujours, j’y suis toujours, je m’y suis laissé, je m’y attends, non, on n’y attend pas, on n’y écoute pas, je ne sais pas, c’est un rêve, c’est peut-être un rêve, ça m’étonnerait, je vais me réveiller, dans le silence, ne plus m’endormir, ce sera moi, ou rêver encore, rêver un silence, un silence de rêve, plein de murmures, je ne sais pas, ce sont des mots, ne jamais me réveiller, ce sont des mots, il n’y a que ça, il faut continuer, c’est tout ce que je sais, ils vont s’arrêter, je connais ça, je les sens qui me lâchent, ce sera le silence, un petit moment, un bon moment, ou ce sera le mien, celui qui dure, qui n’a pas duré, qui dure toujours, ce sera moi, il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu’il y en a, il faut les dire, jusqu’à ce qu’ils me trouvent, jusqu’à ce qu’ils me disent, étrange peine, étrange faute, il faut continuer, c’est peut-être déjà fait, ils m’ont peut-être déjà dit, ils m’ont peut-être porté jusqu’au seuil de mon histoire, devant la porte qui s’ouvre sur mon histoire, ça m’étonnerait, si elle s’ouvre, ça va être moi, ça va être le silence, là où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer.

La poésie fun est révolutionnaire - Christophe Fiat






La poésie est fun parce que la poésie est révolutionnaire, elle peut changer le monde. En effet, si nous entendons par monde, le spectacle dominé par la bio-pouvoir, la poésie apparaît comme une arme capable de bouleverser l’état des choses. Nous savons par Foucault et par Debord que le bio-pouvoir du spectacle exerce sa domination non plus en sanctionnant (comme cela se passait dans la société disciplinaire) mais en normalisant. Cette normalisation passe par le contrôle non plus des habitudes et des pratiques productives des individus. La normalisation passe par le contrôle " de machines qui organisent directement les cerveaux " (L’EMPIRE d’AntonioNegri et de Michel Hardt) : la machine de l’information et la machine de la communication. Ces machines ont une rationalité linguistique, elles portent sur les sujets eux-mêmes (leur vie) et sur la manière qu’ils ont de penser leur vie (leur langue). Ce que Foucault dénonçait dans les procédures d’aveux et de confidence qu’induit le contrôle et ce que Debord symptomatise comme étant " le langage du spectacle " justifiant une vision unilatérale du monde sont produits par ces machines. La poésie parce qu’elle touche à l’excès de la langue s’impose comme l’espace de sens le plus propice à une résistance à toute forme de contrôle et de spectacularisation du monde issue de ces machines. Ceci en devenant elle-même une machine. Pourquoi ? Parce que la domination du spectacle rendrait inefficace un conflit-contre qui verrait la poésie se marginaliser ou s’idéaliser dans la communication et l’information plutôt que fracturer, chaotiser le spectacle mais au terme d’une parole qui emprunte aux machines leur logistique. La poésie est une machine abstraite qui s’oppose ainsi à l’histoire de la société de contrôle en devenant un point de création et au spectacle en s’opposant à la fiction de toute machine supposées pures. Non plus la guerre juste de " l’empire " mondial mais la guérilla (les poèmes du Sous Commandant Marcos). Les poèmes-machines permettent d’élaborer un savoir (par sa rhétorique et son fond poiétique) anarchique : " un anarchiste est comme un agent secret qui joue le jeu de la raison pour saper l’autorité de la raison (la vérité, l’honnêteté, la justice et ainsi de suite) " (Feyerabend in CONTRE LAMÉTHODE). Ceci pour insuffler à la vie un désir de créer des conditions matérielles et structurelles d’être ensemble. Cette force de la machine-poésie, c’est le " fun ". Nous allons chercher cette force chez un poète DH Lawrence qui dit dans le poème A SANE REVOLUTION : " if you want make a revolution, do it for fun " et chez deux philosophes qui ont donné à penser la densité performative de la langue : Derrida avec le concept de teleiopoesis dans POLITIQUES DE L’AMITIÉ et Deleuze avec le concept de ritournelle dans MILLE PLATEAUX. La philosophie non pas pour revenir à une suture poésie/philosophie telle que l’envisage Badiou au XIX ème siècle, ni pour conceptualiser la poésie dans une " Idée " qui la transcendereait de nouveau mais la philosophie pour donner à la poésie un but qui soit à la fois et politique et esthétique. Politique et esthétique ouvrent un champ transcendantal qui permet à la poésie de se déployer sa rhétorique dans une praxis qui ne serait plus réduite à un bien culturel exclusivement littéraire, ni à une quête ultime de la vérité hors du spectacle. Champ de la langue devenu plan d’immanence de la révolution. Ainsi, le " fun " de D.H Lawrence ne désigne pas l’amusement, la gaieté, la plaisanterie mais rend aussi possible un espace de langue sous la forme du le jeu. Ce jeu met en branle deux catégories éthiques qui sont le rire et la fuite : la " teleiopoesis " de Derrida comme pensée du rire (sous la forme de la complicité des amis) et la ritournelle de Deleuze comme pensée de la fuite (sous la forme de la répétition). TELEIOPOESIS. Les amis qui rient, cela s’entend chez Derrida, autant à partir d’une physique du rire via Bergson qu’à partir d’une métaphysique du rire via Bataille : " Et plus c’est mal, et mieux c’est. Faire et rire, machen/lachen, faire le mal et rire du mal, faire rire du mal. Entre amis. Non pas se rire du mal, mais se faire rire du mal. Entre amis ". Le telos de la teleiopoesis est une promesse dont la saisie, le partage, la captation se fait à partir d’un contrat entre l’écrivain et le lecteur: " Pourvu que vous me fassiez l’amitié de l’entendre ". RITOURNELLE. La ritournelle est la répétition. Il faut répéter non pas un passé mort comme c’est le cas dans la mélancolie, ni un présent infini comme c’est le cas de l’air du temps ou du consensus. Répéter, ce fait à partir de la répétition elle-même - à partir de l’inconscient (de notre psyché) et à partir des machines (de notre socius). Répéter non pas les verbes mais les noms : " et... et... et... ". Que la série ne soit jamais une clôture mais un seuil. La forme la plus adaptée à concentrer et le rire des amis et le jeu de la répétition est la phrase. La phrase dispose d’une force performative capable de produire des événements discrets, micrologiques, atomistiques. La poésie fun nous apparaît ainsi comme une poésie de circonstance, une poésie d’occasion, une poésie de la chance, une poésie à métamorphose toute entière jetée non pas dans l’avenir mais dans l’accélération via la répétition et l’amitié d’un temps qui franchit l’espace et le temps effectivement. Mais pour autant, cette poésie aussi hétérogène soit-elle à l’analyse et à la critique se maintient toujours à hauteur de sens. En effet, la phrase, parce qu’elle capte du sens et répand du sens sans être ni une proposition, ni un énoncé apparaît comme une puissance d’expression capable de traverser le bio-pouvoir sans jamais se fétichiser. Dans les phrases des poèmes fun, il n’y a jamais fusion du sens et du non-sens (comme c’est le cas dans l’esthétisme lyrique qui prend la forme de la dialectique amoureuse de la possession/dépossession), ni d’exclusion du sens et du non-sens (comme c’est le cas dans les rhétoriques absurdes qui prennent la forme d’effets d’incongruité systématiques). La phrase maintient sens et non sens au terme d’un équilibre langagier précaire et momentané qui n’est autre que le ton pour Derrida et le style pour Deleuze et Guattari. C’est avec et par le style ou/est le ton que la poésie donne une nouvelle vitalité à la langue. Contrairement aux primitifs de l’avant-garde (Rimbaud et Mallarmé) qui pensaient que la destruction du sens aurait pour effet de renverser et le mode de production capitaliste et la morale bourgeoise dans le cadre de la société disciplinaire - la société du spectacle, on le sait, a réaliser d’une manière beaucoup plus radicale et démiurgique ce voeu de destruction du sens et par la destruction réelle et par la récupération de ces deux poètes- nous pensons que le sens doit être maintenu, ceci compte tenu d’une logique du sens non pas structurelle mais événementielle. Comment ? Par le plagiat - via Lautréamont in POÉSIE II et le cut - via Cendrars in DOCUMENTS. Le plagiat et le cut sont des techniques d’écriture qui font de la langue l’événement même (ce que j’appelle par ailleurs " poésie© "). C’est le moment où la langue n’est apte à produire qu’une vérité en devenir qui a la force de libérer la vie. Dans le contexte du bio-pouvoir, le poète s’impose avec sa poésie-machine abstraite comme celui qui -par son travail sur et avec la langue- produit un événement inassimilable par le spectacle lui-même. Le poète n’est ni la prolétaire en quête de lutte des classes, ni l’esclave révolté, ni le prophète illuminé, ni le musicien mais toutes ces individualités en même temps. Homme de la multitude, homme de la tribu et de la meute, il apparaît comme un nomade pour qui la langue n’a de raison d’être qu’à nommer et à faire. Après Lautréamont et Cendrars, Nijinksy nous apparaît dans ses CAHIERS comme celui par qui cette multitude trouve sa densité dans le telos (Derrida) et la répétition (Deleuze) de la langue. Parce que Nijinsky n’imagine pas une langue dépendante du support de l’écrit imprimé mais une langue -selon sa volonté- qui pourrait être photographiée. La photographie de la langue pour donner à la langue un corps ni métaphorique, ni conceptuel, ni modélisant/modélisable. Mais un corps irradiant de toute sa désorganisation au terme d’une graphie visible. Ceci dans une plastique qui aventurerait le plagiat de Lautréamont et le cut de Cendrars dans une révolution inédite des signes. Non plus la langue du corps sujet ou du corps collectif. La langue plutôt de ce corps à venir. La langue-affect d’une poésie à habiter le temps que durera le spectacle et que dominera la société de contrôle.

 Direct from Mission Impossible n°1

Temptation il diabolo - Laure Limongi


Mirage français participant aux bombardements dans le nord du Mali - janvier 2013 - AFP


" Nothing can kill Anybody. Not a poem or a fat penis "
Jack Spicer in Billy The Kid


il vous faudrait une bonne guerre

disent-elles mouchoir ensanglanté les mouchoirs de cholet disent les cheveux blancs jaunis le filet de gruyère recuit qui coule du menton à la soupe épaisse il vous la faudrait les dents décalcifiées les tickets rationnés un peu de haine qui chevrotte à la chair rose et tendre garde tes larmes pour plus tard ma fille un mouchoir de cholet au fusil avec la fleur ton arrière grand-oncle est mort à Verdun des yeux si bleus un obus le plus jeune capitaine raflé il vous faudrait une bonne guerre

le plus jamais ça en image orientée un drame a besoin de personnages par exemple 1 le président assassiné icône martyre il était déjà politiquement mort de toute façon fecit qui prodest 2 le mercenaire gb alias carlos alias le chacal brute mystérieure présentée treillis trempé de sueur estafilades esthétiquement encroûtées plan américain couleur avec mitraillette dernier cri = rejet et fascination médiatique 3 la victime tuée simplement pour ce qu’elle est ou parce qu’elle se trouve là un frêle étudiant immobile face à l’avancée d’un char ou les images de charniers avec gros plan sur les membres liés les mutilations certains ayant survécu à la férocité humaine ils vacillent au bord du gouffre l’extrême banalité du machiavélisme d’état il y a carence dans l’appareil responsabilité politique un drame a besoin de personnages

les mythologies leur confèrent leur force de séduction l’originalité la gravité le culte les dieux les héros les épopées les légendes parangons de vert aux moeurs lassés voire personnalités démoniaques exemplaires mais humains en 2 d coeur regard d’acier couleurs glacées ils peuvent souffrir la Mort l’Amour et le Destin les mythologies dispensent au sacré un essentiel élément de crainte la Mort l’Amour et le Destin la traduction de grands principes collectifs qui gouvernent l’humanité par delà le temps et l’espace

les écrans défilent analepse et représentation son sourire est le même en surface noir et blanc ou couleur ça n’arrête pas le flux d’un sourire non raconté ce qu’on en fait la cruauté les écrans les souvenirs par pitié ne vous glissez pas dans la peau du personnage

le problème c’est la dépendance aux images aux discours à la douleur qui voile la mémoire l’air se vivifie et devient embaumé et tout ce qui languissait déborde de vie sous son rayon parfumé la pire des dopes c’est la dépendance au petit frisson du scandale l’excitation fébrile du voyeurisme aux cours d’abdos-fessiers on vous veut recta à la diarrhée télé rien qui dépasse aux plans américains on n’en sort pas elle se souvient que l’outil et la langue sont apparus en même temps et le scalpel ? jour après jour une gorgée goulée insidieuse on se surprend à dire ils ne sont pas si méchants après tout une dose de trop la diabolisation plaque tournante du consensus ça tiédit même le rouge reste-t-il vraiment rouge prenons garde en portant la coupe à nos lèvres ni ouvrir les yeux toujours neufs au scalpel si nécessaire on ne se baigne pas deux fois dans les mêmes eaux d’un fleuve soudain rougi le sang a toujours l’odeur et le goût du sang est le sang est le sang


Fesses - Christophe Tarkos




La recherche de la fécalité (audio) - Antonin Artaud




Avis - Armée Noire





Direct & + par ici

Datation des textes - Christophe Tarkos



Direct from ici


Les textes datent
Je sais que Toto a été écrit en une nuit à Cavalière
Que signe = a été écrit en novembre 1998 sauf le port qui était dans Poézi
Prolétèr 1 qui a été écrit à Gap
Le Kilo entièrement écrit chez Pierre Tilman
Ainsi que le début des Ronds qui se sont poursuivis quand j'écrivais à François Dominique
qu'ils étaient en train de proliférer
Tout a commencé à Sainte-Anne
Lorsque j'ai eu une permission de sortie j'ai écrit sans rire à Petite Synthe puis Processe à
Anthony puis les Carrés rue de la Glacière
C'est de là que j'ai fait mon premier envoi puis j'ai eu une réponse de Alferi, Blaine, Deluy
Puis j'étais à Marseille place de Lenche et tous les soirs, j'allais place Etienne d'Orves
écrire l'Oiseau vole en terrasse donc ce n'était pas l'hiver
Les Nuages ont fait l'objet d'une lecture au théâtre de la Bastille puis à Malmö, les arbres
dans les Nuages ont été écrits avant que je donne le texte Je ne fais rien qui est devenu
la Cage, donc en novembre, décembre probablement mais il y a dedans de l'hiver mais
aussi du printemps
Le Baton en soie, je l'avais pour une lecture galerie J.F. Meyer
Donc il était fait à cette date, il a été écrit 13 rue de l'Espérance sur une longue période
Le premier livre est dans l'ordre des décisions celui de Electre, puis celui de Moulinier les Contemporains Favoris, puis le premier dans l'ordre des parutions, Processe est arrivé
trois ans après la décision, la décision est venue j'étais au 13 rue de l'Espérance autour du
moment où j'étais chez Tilman pour l'après-midi puisque je lui ai dit je pense qu'il se fera
un jour, mais je l'avais amené chez Pol quand j'étais rue de la Tombe-Issoire d'où est parti
RR
Il ne faut pas oublier qu'il m'en a fait couper la moitié
Que Tilman n'a pas tenu compte du fait que toutes les pages de l'Oiseau vole ont la même taille
Que Electre n'a pas accepté mes corrections pour Ma langue est poétique
Oui est sur le bureau d'Al Dante maintenant pour se faire sortir ainsi que le Train est sur le bureau de Pol pour se faire ressortir
Quand j'ai fait Morceaux choisis est un vrac, est un sacré vrac, ainsi que oui, j'étais à
Marseille quai de la Joliette j'allais chez Cauwet rue Thiers je me demande si ce n'étais pas le
mois d'août
Je ne voulais pas le faire, j'ai pris ce dont je ne voulais plus
Je ne voulais que de la typographie
Le Train je ne sais plus, cela a duré longtemps, cela n'a pas duré très longtemps avant que Suel le prenne pour son édition Suel, il faudrait voir les carnets où il y a du Train
Pour Sapriphage j'ai pris des photocopies au hasard dans les tas de photocopies, 10
Il y a en ce moment de prévu de en train de décidé Expressif, Calligrammes de Caen, trilogie donne calligrammes carrés dont le titre global est ma langue est poétique, le kilo, Pan qui est
Pan et gne et dans l'air sans décisions Anachronismes qui vole de l'un à l'autre
Ma dernière production est 5 tee shirts
Heureusement qu'il y a la distance - manuscrit
Poème du poney - tapé
Puis la semaine dernière, non quand je suis allé à Rodez-Cazère je l'ai donné à Marie Sol,
c'est le poème des coquillages, la vie est belle
Dans les vracs, il est difficile de s'y retrouver
Les cases du Damier devenu Caisses sont à Marseille cours Gambetta en été, enceinte
Le Nez est très vieux, très très vieux
Est-ce que Caisses est un vrac, je ne sais pas, c'est pendant une période qui va de l'été où j'étais à la Verrière où je l'ai fini, conclu, embrassé, débrouillé
Je ne connais que les saisons et les décisions des revues, mais de prendre quoi un texte
vieux de plusieurs années
La Fermeture date de la Glacière
Le Chapeau date de quai de la Joliette
A St Goussaud je préparais Anachronisme et je commençais Shoa qui  a commencé
quelques jours plus tôt
A quelle date datent les poèmes pour Yonet, quand il me les a demandés, il me
téléphonait je les écrivais dans les minutes qui suivaient, mais quand, en ce moment il a
choisi dit oui et c'est en partance c'est récent dans l'année
Difficile de trouver une trace pour tout ce qui est dans le vrac de Pan
Manger a été publié dans TTC peu de temps après son écriture
j'étais rue de l'Espérance
Je me souviens des racines, Processe, Carrés, la Fermeture


In Poé/tri - pp. 140-143 - Editions Autrement Littératures

Oculisme de Précision RROSE SÉLAVY New York - Paris poils et coups de pied en tous genres - Marcel Duchamp



Rrose Sélavy - 1921 - by Man Ray. Art Direction by Marcel Duchamp.


Rrose Sélavy trouve qu'un insecticide doit coucher avec sa mère avant de la tuer ; les punaises sont de rigueur.

Rrose Sélavy et moi esquivons les ecchymoses des Esquimaux aux mots exquis.

Question d'hygiène intime : 
Faut-il mettre la moelle de l'épée dans le poil de l'aimée?

Abominables fourrures abdominales.

Parmi nos articles de quincaillerie paresseuses, nous recommandons un robinet qui s'arrête de couleur quand on ne l'écoute pas.

La mode pratique, création Rose Sélavy : La robe oblongue, dessinée, exclusivement pour dames affligées du hoquet.

La différence entre un bébé qui tète et un premier prix d'horticulture potagère est que le premier est un souffleur de chair chaude et le second un chou-fleur de serre chaude.

Nous livrons à domicile : moustiques domestiques (demi-stock).

Des bas en soie... la chose aussi.

A charge de revanche ; à verge de rechange.

A coups trop tirés.

Litanie des saints :
Je crois qu'elle sent du bout des seins,
Tais-toi, tu sens du bout des seins.
Pourquoi sens-tu du bout des seins?
Je veux sentir du bout des seins.


Opalin ; ô ma laine.
Avoir de l'haleine en dessous.


Un mot de reine ; des maux de reins.

Caleçons de musique (abréviation pour : leçons de musique de chambre)

Le meilleur des savons est le savon aux amendes honorables.

Il faut dire :
La crasse de tympan, et non le Sacre du Printemps.


La bagarre d'Austerlitz.

My niece is cold because my knees are cold.

Daily lady cherche démêlés avec Daily Mail.

Un cinq chevaux qui rue sur pignon.

Une nymphe amie d'enfance.

Ovaire toute la nuit.

Se livrer à des foies de veau sur quelqu'un.

Le système métrite par un temps blenorrhagieux.

Du dos de la cuillère au cul de la douairière.

Paroi parée de paresse de paroisse.

Prendre 1 centimètre cube de fumée de tabac et en peindre les surfaces extérieure d'une couleur hydrofuge.

Aiguiser l'ouïe (forme de torture).

Quand on a un corps étranger entre les jambes, il ne faut pas mettre son coude près des siennes.

Faut-il réagir contre la paresse des voies ferrées entre deux passages de trains ?

Si je te donne un sou, me donneras-tu une paire de ciseaux?

Une boîte de Suédoises pleine est plus légère qu'une boîte entamée parce qu'elle ne fait pas de bruit.

Bains de gros thé pour grains de beauté.

Fossettes d'aisances.

Nous nous cajolions (nounou ; cage aux lions).

M'amenez-y.

Étrangler l'étranger.

Orchidée fixe.

Abcès opulent.

Anemic cinema.

Lits et ratures.

 In Duchamp du signe - pp. 153-157 - Champs Flammarion

Blanc vide - La maison des vaches





Trop épais brouillard, qui délite l’ainsi
nous séparant du reste par-delà l’étoupe,
la neige tuerait à peine plus les sons.


Jusque dans la tête, c’est…
pas juste en dehors,
c’est… la brume qui drape l’intérieur de nos reliefs
et remet tout au vague.


Et plus rien de luisant, reluisant,
de palpitant,
tout opaque
dépoli…


Humidité gourde à contracter toute extrémité
renoncement glacial,
brume en bouche, gerçant les mots,
si rien ne bouge que dégoutte l’eau…
à quoi sourire
et qui embrasse l’allant
que se laisser haler ?


L’hiver en pente raide,
effaré à démonter l’attente,
traversée aux longs jours,
désescalade lente d’un trou d’air,
l’apesanteur de la gravité des heures.
Fais chier janvier !


Direct from ici

La rivière souterraine - Laura Vazquez




Je ne suis pas un homme nouveau qui n’existe pas depuis des milliers beaucoup de millénaires, depuis mon ventre, j’ai nagé maintenant et beaucoup, voilà que je ne sais rien du tout la fin de ma vie un jour, depuis mon ventre.
De ma vie du jour de beaucoup de jours qui sont partis d’un jour que je sais que mon ventre, depuis beaucoup mais toujours je-vidé, prends dans ma tête, un homme nouveau.


J’ai toujours été un petit embryon que l’on appelle maintenant beaucoup parce que je parle. Je voulais parler de la lourdeur de ma parole pour traverser des rivières et devenir un homme de l’Europe maintenant, qui n’existe pas depuis des milliers, que je ne sais rien des jours, depuis mon ventre qui n’existe pas bien dans la fin de ma vie un jour. Voilà  que je ne sais rien.

Je parle de ma langue mais je prends bien mon ventre qui se vide depuis des jours jusqu’à la fin de la vie.

De sa parole si lourd à lui. Il est si lourd dans sa parole. Il purifie son langage il dit que ce n’est pas ça, si quelqu’un pouvait le voir, dans sa construction de sens.  Un jour.

Un jour.

Comme un embryon. Il a parlé et le mot si petit dans la sécheresse de sa gorge. Il parle. D’une matière. Sèche. Un jour. Il parle d’un homme à chaque pas un mot si petit beaucoup. Il dit que ce n’est pas ça. Si lourd.

Sa sècheresse dans sa boue qui parle mal. Tant de catastrophes. Il a parlé comme un petit ver d’une matière si petite. D’une coquille finalement, qui se mange. Un jour.


Direct from ici

Untitled 1984 - Richard Martel



La révolution sera rouge - Resistenz



+ ici

Poetry - Joseph Keppler



186 enfants - Laura Vazquez



J'ai rêvé - Cécile Richard





Bourriner de concert - Armée Noire // Dizzy Gillespie



Allan Grant : Dizzy Gillespie, "Bebop" King, with His Orchestra at a Jam Session

+ ici

C'est à qui d'parler là ? Charles Pennequin




c'est à qui d'parler là ?
c'est à qui d'prendre la parole ?
c'est à vous de prendre la parole ?
c'est vous qui vouliez parler ?
avoir une discussion ?
vous vouliez avoir une discussion
avec la parole ?
c'est vous ?
c'est vous qui avez demandé
à ce qu'on vous écoute ?
est-ce qu'on vous a écouté suffisamment ?
est-ce qu'on a entendu suffisamment
votre plainte ?
c'est vous qui étiez dans la plainte
vous vous plaignez ?
parler est une plainte
parler c'est
c'est avoir des récriminations
contre le monde
parler c'est dire
qu'on sait pas chanter
est-ce que vous savez chanter ?
c'est vous ?
c'est vous qui avez voulu
pousser la plainte
la complainte
c'est ça qu'on dit
on dit je pousse ma complainte
c'est-à-dire
ça pense
qu'il faut
à un moment donné
s'arrêter de braire
braire
je brais
j'écrase les mots
tout ce qu'y a dans ma tête
je le sors
et je le ratatine par terre


pp 84 - 85 - "Pamphlet contre la mort" -  éditions P.O.L