
La baise. Parlons de la baise. La bonne vraie baise. La vraie la
bonne l’ouverte. Une bonne ouverte. Une ouverture. Parlons baisons.
Parlons de la vraie baise. Celle qui nous tient. Celle qui nous fait
avoir. Celle qui nous fait être. Celle qui nous soutient nous tient.
Tiens tiens. Celle qui nous noue. La vraie. La vraie nouée en nous. Une
vraie bonne et baisante baise. Oui. Un nœud. Oui, parlons-en. En chœur.
En troupeau. En bêlant dans le beau troupeau. Bêlons la baise dedans. Et
cherchons-là. Longtemps le troupeau reste. Longtemps le troupeau noué.
Le troupeau nous. Longtemps le troupeau immobile. Cherchant. Ne
cherchant pas. Baisant. Ne baisant pas. Longtemps le troupeau
imbaisable. Longtemps le troupeau vidé de sa baise. C’est son essence la
baise. Mais il baise pas. Il attend de foutre. Oui, foutre pour lui
c’est baiser. Mais il sait que non. Il sait que baiser c’est différend
du foutre. Le foutre sait. Et le troupeau avec. Le troupeau sait la
baise et le foutre. Il sait que c’est deux choses. Il sait le foutre
c’est cafouiller. Il sait le foutre c’est être en brouille. Il sait
brouiller le foutre. Il sait le foutre c’est troupeauter. Il sait le
foutre entroupeautant ses phrases. Il sait le foutre c’est carrément se
la carrer. On carre du foutre où ça aurait pu penser. Baiser penser pour
lui c’est idem. C’est la pensée qui fout la baise. C’est la pensée qui
zone dedans. En foutant toute envie de baise. De vraie foutrée. Il sait
le troupeau mort la vraie foutrée c’est en finir. Finir pour une bonne
fois la baise. Et pas de bonne action. De bon coup pensé dans biquette.
Ou dans le bouc. Le bouc prendra biquette. Il prend sa corne. Le bouc
pense à biquette. Mais le bouc est corné. Cornard de lui. Cornard de sa
petite cornée. Pas encore né. Petite trouée de lui-même. Petite foutrée.
Foulée. Petite foule faite. Petit troupeau à foutre mais sans se
fouler. Que la biquette lui a collé. Que la biquette collera. Et le
troupeau avec. Troupeau de biques et de boucs moutonnant à l’envie.
Troupeau de morts encollés à l’idée de baise. Mais on baise pas l’envie.
On fait que niquer. On nique l’envie qui s’offre à nous. La nique
offerte. Ristourne. L’envie tristoune de nique sur un plateau. Les
plateaux tournent. Et les troupeaux avec. Tous les troupeaux finiront
par tourner. Et les petits plateaux petites enjambées au-dessus des
phrases. Petites politesses à la biquette. Petites courbettes à la
pensée. Petites branlettes au bouc. Petits torticolis. Petits bouquets
tordus. Petits colis. Coulées petites. Toutes petites claques et fessées
toutes petites. Petites fesses et puis petites trouées. Petites queues
bien rentrées. Stoïques. Petites quéquettes restées stoïques. Stoïcité
du troupeau sur un plateau tournant. Alors que pendant ce temps le ciel
la roche et l’herbe demandent la baise. Pendant ce temps le naturel
t’emmerde. Pendant ce temps le retour au galop la petite pente à être
continue de nous emmerder. Et qu’il va falloir cracher au bassinet.
Qu’il va falloir en finir avec l’herbe le naturel le galop et cracher.
Eructer, s’hargner et s’encrever. S’encrever d’un coup. D’une traite.
Oui il faudrait baiser avec des mots. Avec des tentatives. Baiser la
tentative. Des tentatives de mots. Baiser ça. Et le reste. Tout reste à
baiser. Ça nous reste sur les bras. Des heures durant. Baisement. Des
heures durant : baise-m’en, m’en une, puis deux, puis trois. Baise-m’en
bien quatre vraiment. Et dans baisement il y a baise. Et dans vraiment
il y a vrai. Et dans les deux il y a ment. Il y a toujours la baise
vraie qui nous ment. Et elle nous ment par deux. Elle dit je t’offre à
me baiser vraiment. Elle dit je t’offre une toute vraie baise bonnement.
Elle dit ça tout bonnement. Tout en baisant. Elle multiplie le ment.
L’aimant. Et puis elle te dit va t’en. Va te faire foutre avec ton
troupeau de ment. T’as jamais vu l’amour. T’as toujours vu qu’un trou.
T’as toujours vu que du satisfecit. T’as toujours vu qu’un fessier
satisfait. Satisfait de fait ci puis de fait ça. De fesses assises. Un
cul ouvert assis. Comme une approbation. Un calcul. Une solution
alternative. T’as toujours vu qu’un cul dans l’amour. Un bouchon. Et tu
trempais dedans. Le bouchon enfonçait ton idée. Et pour l’idée c’était
un cul imprenable. C’était prenant. T’as toujours été pris dans le
vertige prenant de l’imprenable. Alors t’as pris. Et t’es revenu. Revenu
d’avoir cru prendre. Alors que t’imprenais. Et tu t’es rassis sur tes
fesses. T’as rassis tes fesses sur ton envie de vrai cul. C’était pas un
vrai cul. Mais c’était une envie. C’était l’envie potable du cul. Le
cul potable tu t’es rassis dessus. Et t’as continuer à vivre.
C’est-à-dire à te trouer le cul d’envie sans vivre. A te rasseoir le cul
sur tes envies. T’as continuer comme ça longtemps. Potablement
longtemps.
Moi je ne suis pas mon auteur. Je suis un
menotté. Menauteur. Je menotte pas pourtant. J’ai mon auteur. Il sent.
Mon auteur sent de partout. Il sort de là. Il sort d’ici, et de partout.
Mon auteur mène. Et il m’évite. Il m’évite vite de moi mon hauteur.
C’est lui qui m’a mené ici. Il m’a amené au moi d’ici. Moi noté bas.
Tout en bas de lui. Comme une note de bas de page. Un renvoi. Un petit
rot en moi. Je me mettais à me noter en rond. Je notulais. J’aurais pu
me tuer. Car tout en lui qui m’ôtait. Et je suis morte. Je me suis morte
au mort. Je mortais moi dedans. Dans le tout bas du bas. Je m’envoyais
bouler là-dedans. J’étais comme envoyé spécial. Mon envoyé boulé
spécial. Et je m’aimais comme ça. En mortant moi. En ôtant moi. Autant
pour moi.
L’inquiétude naît du cadavre. L’inquiétude force le cadavre à
naître. C’est un naissant inquiet. L’inquiétude est muette, parce que
cadavre.
Ce n’est pas le sexe le cadavre. Le sexe c’est l’histoire. La bonne
vieille histoire. Celle qu’on ne refait plus. On ne peut plus refaire
l’histoire du sexe maintenant. Depuis qu’il y a le présent. Depuis qu’on
vit dans le présent. Car si on vit dans le présent on naît dans
l’inquiétude. Et on est un cadavre.
Mais on a raison. On a raison de continuer.
On a raison de vouloir quitter le champ de la physique. On a raison
de vouloir s’habituer au cadavre, à sa bouche. A baiser du cadavre la
vie durant. On a raison d’être la vie durant plongé dans la bouche d’un
cadavre. Parce que c’est inquiétant. Donc on a tort. On aurait tort de
s’inquiéter. Outre mesure.
mon présent m’intéresse
le vôtre ne m’intéresse pas
votre présent est inintéressant au possible
Moi j’aimerais être à toi, complètement, totalement, absolument,
j’aimerais t’être, te téter et t’être, j’aimerais te donner toi sur un
plateau, moi j’aimerais exister que par toi, il y aurait toi et il y
aurait rien, il y aurait le rien qui serait moi, et toi qui serais toi,
juste à côté de rien moi j’aimerais, et j’aimerais être toi, et moi
j’aimerais qu’on s’aime comme ça, que tu me prennes en toi, que tu
veuilles bien, que moi je sois ta loque ta petite loque d’amour, ton
pain rassis dans toi, car je serai tout rassis, ou comme tu veux, si tu
veux pas du rassis tu auras du pain dur, du pain sec et de l’eau, je te
nourrirai, si tu veux pas du pain sec ou mou alors il sera croquant, je
craquerai pour toi, je serai ton bout craquant, mais c’est toi la
croqueuse, tu me grand-croqueras, tu seras grande croqueuse, moqueuse,
tu pourras moquer moi, grandement, tu pourras faire de moi ta moquette,
une toute petite moquette à moquer grand, une bonne moquette à
moquetter et à moucher son nez, un petit mou moqué en toi, voilà ce que
je serai, je serai mouché par toi, et je serai moquette, ton moi tout
mou, ton moi tout michetonné mie de pain, la molle baguette, ou dure,
comme tu veux, comme ça te plaira, je banderai dur, mais la mie dedans
sera molle, dans tout le dur de la quéquette il y aura le mou de moi,
mon petit mou travailleur, ravageur, ravalé moqué, ton petit mou bout de
toi, ton petit chez toi qui retombe en sucette, tu me suceras, tu
mangeras, tu téteras, tu goûteras la bonne chair qui bande dur, très
très dur, qui ira en toi très dur, qui te donnera l’ossature, qui sera
ta colonne, une colonne bien bandée pour remuer tes abattis, je
t’abattrai, je te ferai battue, comme des œufs, je serai ton batteur, tu
n’auras plus besoin de chercher un musicien, il sera en toi, il te
chantera la mélopée, il te fera la chansonnette, tu auras des
chansonnettes toute la journée dans ta tête, et nous ferons l’amour une
dernière fois, et nous flairons fleurons, et nous fleurirons d’amour
avant de nous dire adieu, et comme si c’était la dernière fois, et puis
fleurons encore l’amour mon amour, oh mon amour mon amour, et quand je
rêve c’est de toi, oh mon fleurons ma femme, oh ma flammelle, mon amour
où est passée la bohème, où sont passés les beaux jours, et les
souvenirs des je t’aime, et puis toutes les chansons enflammées, et la
tristesse de nos amours, la douce tristesse belle et molle, tout ça en
toi, tous nos amours tristes et mous de nous deux, de moi aussi, moi qui
suis rien j’aurais aussi la tristesse, je t’apporterai tout ça sur un
plateau, la tristesse et la viande, la chansonnette et les os, tout je
te ferai toute, et tu pourras enfin être, et tu pourras enfin avoir des
idées, des phrases tu pourras enfin te dire, me voilà, je suis là et
j’existe, je pense toute seule, je me dresse, j’avance dans la journée,
j’avance je fais des trucs, il faut que je pense à faire des trucs.
L’écrivain est l’ennemi intime des
travailleurs. C’est l’ennemi des chômeurs aussi. L’ennemi de tous. Et
surtout : l’ennemi de lui-même.
L’écrivain est l’ennemi intime de l’Auteur qui l’habite.
L’auteur : espace uniquement réservé à notre clientelle (consommant nos produits)
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et contribuez activement à la direction, l’animation et la gestion de
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poste à responsabilités. Fixe + prime de résultat. Merci de déposer
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motivation.)
J’avance et j’ai des phrases, c’est les miennes, comment ça se fait
que je suis mienne, maintenant je pense, ça me va bien, maintenant
j’avance et je sais quoi penser, quoi dire, quoi être, maintenant j’ai
mes phrases et je sais quoi savoir, et dans le savoir une petite boule,
dans le savoir une petite bulle boule, un beau boulot, comme une
baballe, dans le savoir la bonne baballe, attrape ! attrape ! mais la
bouche attrape pas, la bouche veut pas attraper du savoir, la bouche
sort tout et n’importe comment, et comment n’importe quoi, n’importe
quoi de comment et de quoi, la bouche sort la bouche, la bouche sort et
la pensée dedans, la pensée meurt dedans, dans l’œuf de la pensée toute
pourrie, la pensée meurt en pourri, la pensée balle, la petite baballe,
le savoir, le savoir veut pas descendre, donne la baballe ! allez !
donne vite ! sale chienne ! saloperie de chienne de merde, saloperie
donne-moi ta pensée, pensée pute, pensée salope descend ! allez vient,
lâche cette baballe ! allez lâche ça, salope !
Oui maintenant les gens avancent, maintenant les gens discutent,
belle journée pour discuter maintenant les gens, maintenant les gens
vont leur train-train, train-train parle, train-train fait les
discussions, maintenant il fait beau demain ça se gâte, maintenant qu’il
est gâté ils annoncent quoi, ils annoncent un renouveau, un maintenant
moins gâté, un redoux, un re-re, maintenant les gens re-re, sont très
re-re, ça veut dire que ça parle, re-re ça aime, re-re aimer parler,
re-re ça peut parler de tout et de rien, et surtout de
rien, car ça aime rien les re-re, je veux dire les gens, tant que
parler, parler de rien, et aussi un peu de tout, c’est parler en re-re,
car si on veut on peut causer de tout si on veut, mais on veut pas
causer, si on veut on peut se taire si on veut, mais on veut pas se
taire, si on veut on peut essayer de vouloir si on veut, mais on veut
pas vouloir, donc on papote, on discute un brin, et quoi qu’on dit, et
quoi qu’on pense, on pense rien, on n’a rien à penser, là tout de suite ?
non, j’ai rien à penser là tout de suite, ou alors ça s’emmêle, c’est
des flashs, c’est des choses à penser qui flashent dans mon crâne et ça
s’emmêle, ça se prend les pieds, ça tombe dans la tête boum, et quand ma
tête fait boum, boum plein de choses qui s’agitent et plus savoir quoi,
plus savoir ce qui se dit se pense, ça se pense et ça se dit tout
pareil là dans mon crâne, c’est comme ça pleut, ça pleut de la pensée
là-haut, là dans mon crâne c’est comme des milliards de gouttelettes, et
faut passer entre pour pas se faire mouiller, faut passer entre les
gouttes sinon on est trempé, ils l’avaient annoncé, ils l’avaient dit
pourtant que ça ne passera goutte, ils l’avaient dit qu’il faudra aller
plus avant, mais plus avant pas pouvoir, plus avant attendre que
pouvoir, car plus avant on sait pas d’où ça crèche, d’où il nous sort de
pareilles idées, d’où nous sort tout ce tracas, tracas d’idées
pareilles, toutes les idées pareilles, alors pourquoi on se fait du
tracas, tracas pareil, alors qu’il fait beau, alors qu’ils ont annoncé
le redoux, le rebond, bonbon, alors qu’ils ont annoncé le re quetchose
quetpart, alors qu’ils l’ont bien dit qu’il y aurait du re-quetchose
quetpart, mais qu’on sait pu où, à d’où qu’ils ont pu annoncer ça
d’ailleurs, à d’où qu’ils ont pu dire d’où qu’on y allait, et qu’on
allait y revenir, à d’où qu’ils ont pu parler de tout un tas de truc et
de machins, à d’où qu’ils ont pu voir ça d’ailleurs, on n’a jamais pu
rien voir de ça, on a essayé mais on n’a rien pu voir, on n’a d’ailleurs
jamais vu, rien entendu, ils auraient pu au moins faire un peu de
bruit, on se serait réveillé, on aurait sursauté, et on aurait enfilé un
futal, et on aurait fait la malle, on se serait fait une belle malle
avec toutes ces annonces, tous ces communiqués en pagaille, et que
pendant tout ce temps-là nouzote on dormait, pendant qu’on nous occupait
avec les communiqués, nouzote on était planté là, dans notre pensée, à
pas savoir ce qu’on pense.
Est-ce qu’il y a des lieux à investir. Est-ce qu’on investi le lieu
de soi-même. Investissement. Retour sur soi. Est-ce qu’on fait encore
aujourd’hui le retour sur. Retour sur soi. Retour sur investissement de
sa perte. Est-ce que ça a encore un intérêt. Le corps, l’investissement
des lieux et du corps, ou l’investissement de la perte. C’est-à-dire de
la question. Question investie. Le corps et le vide. Est-ce qu’on a
encore envie d’investir le vide.
Je suis mon propre « flop ».
Je travail dans l’ingérable. Je suis pas gérable. Je suis travaillé.
On me gère. Qu’est-ce qu’on fait déjà avec soi-même. Q’est-ce qu’on en a
à faire de soi dans la voix. Et soi le corps. Qu’est-ce qu’on en a à
faire de soi le corps et de soi la voix. Soi dans le bain du social, soi
qu’on retrempe à sa sauce, c’est la sauce à soi-même. Soi confronté de
quoi. De quoi est on confronté. Quel lieu nous confronte. Quel autre
vient en confrontation. La confrontation est déjà en soi-même. La chose
confrontée, c’est déjà d’être à l’autre et au lieu, alors qu’on voudrait
disparaître. On passe son temps à être porté disparu. Le travail, c’est
l’histoire du porté disparu qui réapparaît dans le lieu grâce à
l’écrit. L’autre et le lieu ne réapparaîtront pas sinon. Sinon ce n’est
que vide. Je n’ai toujours été que dans le vide ignorant du monde.
Vide de soi dans ce lieu vide, vide de l’autre qui est venu me vider.
Il faudrait alors avoir son vide autre. Il faudrait alors se vider
autrement de soi-même. Soi-même lieu du vide, mais d’un vrai vide cette
fois. Vider les lieux de notre fausse présence, et quitter l’autre.
L’autre entravé de soi, l’autre grossement travaillé d’entravements.
Entravé car ne voyant pas la vie, la vraie vie qu’il pourrait réclamer.
L’autre enchaîné depuis la naissance. II n’y a pas de vraie relation,
car il n’y a pas de vrai autre. Il n’y a pas un autre en face. Il y a
soi. Soi qu’on entrave à tout va, soi l’entravé de tout un tas de tics
humains. Tics de
parole, tics de perceptions, tics de regards, tics d’être. Soi
bourré de tics, de tous les tics de tous les sois appelés les autres.
Sinon il faut accepter à l’autre sa possibilité de retrait face au lieu,
sa façon bien à lui de s’en soustraire, pour mieux apparaître, et dans
le lieu et pour lui-même.
Soi note, il note pour oublier, pour effacer les traces avec de
nouvelles notes. L’autre l’entrave, lui reste en travers. Tous les
rapports le travaillent, c’est-à-dire qu’il ne digère pas le refus à un
moment donné de l’autre. Le refus très profond, le refus de quelque
ordre que ce soit, et qui arrivera tôt ou tard. Car ce refus c’est
lui-même qui le porte. Soi n’a jamais si bien porté le refus de l’autre
en lui. Il le connaît intimement.
Tous les livres sont des testaments inscrits sur le dos de l’auteur.
Est-ce
que vous avez rencontré quelqu’un avec qui faire l’amour aujourd’hui.
Quelqu’un qui ferait comme vous. Est-ce que vous avez rencontré
quelqu’un comme vous. Il pense dans les moindres détails, il est comme
vous à penser. Il fait l’amour comme vous dans les moindres détails.
Est-ce que vous avez rencontré quelqu’un qui dans les moindres détails
et que vous êtes collés à lui, et lui se colle à vous. Est-ce que vous
avez rencontré quelqu’un avec qui être collé. Vous êtes avec quelqu’un.
Est-ce que vous êtes avec quelqu’un. C’est un collé, il est à vous, et
vous avec. Vous avez collé quelqu’un d’avec vous. Est-ce que ça vous
arrive. Est-ce que souvent vous avez vu ça. Quelqu’un qui vient, et il
est vous, et vous êtes collés d’à lui, et lui d’à vous. Et de vous à moi
est-ce que souvent ça vous est arrivé. Est-ce que vous avez vu arriver
ça, d’être avec quelqu’un qui est vous et vous faites l’amour et c’est
la même chose, c’est le même amour et c’est tout identique. C’est tout à
l’identique. L’amour à l’identique est-ce que ça vous est arrivé.
Arrivé de grogner pareil. Respirer. Est-ce que vous respirez en même
temps. Souffler, et respirer, et avoir de ces soufflements, et de ces
grognements. Est-ce que ça vous arrive souvent de pas grogner ou de pas
moufter, ou de moufter et grogner ou glouglouter en même temps. Est-ce
que c’est si souvent qu’on a ces gloussements et raclements. Ces mêmes
choses qui viennent, qui bouchent, qui empêchent est-ce que souvent on
est empêchés pareils. On a nos mêmes empêchements. On a aussi, est-ce
que c’est si souvent, nos moments qui s’emmêlent. Nos pensées
s’emmêlent. On est tout recroquevillés, et on ahane, on halète et on
ahane. Est-ce que souvent ça vous arrive. Que souvent ça halète et gémit
pareil. Et c’est les mêmes goûts. Et ça vient s’empêcher. Ça vient se
tordre. Et ça vient s’égosiller. Ça s’égosille dans le tuyau. Ça, comme
qui dirait, dégorge. Est-ce que souvent ça vous est arrivé d’avoir comme
un goulot et que vous êtes en même temps, au même moment, dans ce
goulot-là. Et vous voulez passer en même temps. Et que ça s’égorge.
C’est en s’égorgeant pareil. C’est en venant au goulot, et ça s’étrangle
tellement que ça veut sortir. Est-ce que souvent ça vous sort, il vous
sort une volonté au même moment. La même pensée le même effort, la même
éructation. Ce même son éjaculé. La même tentative tout à coup étranglée
dans le goulot. Est-ce que ça vous arrive si souvent d’être
un étranglé du goulot ?
Oui,
le con d’entravé qu’on est a décidé encore une fois d’en finir. Il est
plus vrai d’être mort que d’être vivant aujourd’hui. Publier, c’est se
faire oublier par le plus grand nombre. On ne veut toujours pas dans
cette société accepter le fait qu’une oeuvre peut également être la
représentation d’un suicide. Non une trace à laisser de son vivant
(Internet en est pourri de tous ces égos qui veulent exister.) Mais une
façon de débarrasser le plancher de temps à autre. on règle des comptes,
non pas avec soi-même, mais avec le vivant qui navigue dans l’époque,
avec celui qui a tel moment, par rapport à un temps donné, à déroulé
telle action.
Aucun
écrivain ne serait capable de refaire son livre cinq ans après. La
consommation des produits culturels n’a rien à voir avec ça, même si on
fait mine de donner des rendez-vous à ses clients, elle fige le temps et
accepte la destruction de l’auteur ou plutôt que cet auteur incarne son
vide. Alors que l’art suppose pensée et pensée suppose prendre des
bosses. C’est-à-dire se cogner à la réalité. On comprend que les auteurs
soient intéressés par la déréalisation, de réel et réalisation. Mais il
existe aussi un soi qui se dépossède sur Internet et qui n’est pas
inintéressant, s’il fait sortir un autre, c’est-à-dire si l’on peut voir
à un moment donné bouger la bête. Souvent ce ne sont que trouvailles
savantes d’artistes. Ce qui est intéressant, c’est la monstration de
parole, et ce qui peut, avec encore peu de moyens, effrayer par son côté
humain ou post-humain. On oublie la bête de toute façon, la bête
machinique, car il y a fascination veule de l’artiste pour l’objet,
alors que si le corps est vraiment dans la machine, si la rage nous fait
nous deshabiter, tous les notions assises d’auteur volent en éclat.
Evidemment je perçois des droits d’auteur, et j’en vis (vote). mais cela
ne m’empêche pas de crever non plus. et de me dégoûter de cet auteur
qui m’habite. C’est dans nos gènes qu’il y a la notion d’auteur.
C’est-à-dire que plus ça vient, plus les gènes sont coriaces. Le
parasite intuable de soi. Soi contre son autre, le vrai auteur qui passe
son temps à me contredire. Car tout ce que j’écris me dépasse. Ce n’est
pas moi la cause de ces « oeuvres ». les oeuvres sont bassement
exécutées par un moi peut-être, mais un moi ratatiné dans les talons de
l’auteur.
Le droit de mon auteur.
Il
n’y a pas à se faire de bile concernant le droit d’auteur si on prend
en considération le fait qu’il y a peu d’auteurs. Par contre, sa nature
est en voie de disparition (et ce n’est pas nouveau). Ce qui est
inquiétant, c’est l’explosion de l’égo, le moi-je exponentiel qui n’en
peut plus d’exister et d’être prêt pour ça à bouffer à tous les
râteliers, même au rabais, de sa représentation.
On
nous demande à être tout ce qu’on n’est pas. L’écrivain comme envoyé
spécial, mais on a déjà du mal à être envoyé spécial de soi. C’est
plutôt : « envoyé boulé spécial de soi » qu’on est le plus souvent.
La
télé restera tant que les théâtreux resteront dans leur théâtre,
c’est-à-dire tant qu’ils n’auront pas admis qu’il y a nécessité de
parler autrement. L’auteur continue de déclamer, tout comme le
journaliste TV de faire le présentateur.
Solution
pour ceux qui ne veulent plus laisser de traces : Proposer à un groupe
de personnes de ne plus composer que dans sa tête. Il faudrait annoncer
tel récit inventé
dans la tête de l’auteur ou telle performance réalisée à l’intérieur
de et par l’artiste lui-même. l’ensemble des propositions invisibles
seraient tenues sur un agenda. Et pour les annonces, on pourrait faire
la demande au CNL de financement d’un numéro vert.
la
pensée c’est la peur. C’est parce qu’on a peur de crever qu’on pense.
la conscience fait penser. Penser provient donc de la douleur. Douleur à
vivre, douleur à être. Douleur à devoir exiter en séparé du monde et de
soi qu’on voudrait sentir un peu mieux. Comment sentir mieux soi? on
sent mieux soi quand on sait que c’est la fin. On dit alors : ça sent le
sapin son histoire.
C’est l’histoire de soi qui a toujours senti le sapin
MIZOTE
Je
ne suis pas Mizote. Je suis Tizote. Lizote est à l’intérieur de Euzote.
Lizote parle à Mizote. Lizote me répond. Lizote m’engendre et Lizote me
renoue. Lizote fait que je me sois renoué avec Mizote. Ou avec Euzote.
Mizote est à l’origine du malentendu de Euzote. Mizote serait à
l’origine du malentendu. Et Tizote en serait la cause de tous les ennuis
avec Euzote. Qu’est-ce que Lizote peut savoir de Tizote. Savoir ce que
Tizote n’aurait pas su de suite en se voyant. En voyant le malentendu en
face. Face à soi. Ou face à Mizote. Mizote ferait qu’on soit. D’après
Euzotes. Et même d’après soi. Et pis d’après Nouzote. Car Nouzote
viendrait d’y être aussi. D’être non seulement en face mais aussi dans
la face. Il arriverait que Mizote soit en Nouzote. Je veux dire en
Tizote. Mais moi je suis en Mizote. Ca m’arrive de le penser. De penser
que j’y sois plus que le reste. J’y serai roulé dedans. Roulé au sens.
Au sens de Mizote. Ça n’a pas de sens. Nouzote ça roule en soi. Nouzote
il est roulé au sens de soi. Le sens du soi où Lizote n’a pas de sens.
Car ça ne peut pas marcher. Il n’y a qu’avec Mizote que ça roule. Mizote
roule comme au devant de Nouzote. Voilà ce que Mizote voit. Comme un
devant de soi-même. Voilà où Mizote en serait. D’après nos analyses.
Mizote
sait pas s’il va mourir tout de suite. Peut-être il va mettre un peu de
temps. Il va laisser les choses se faire. Elles se feront bien sans
lui. Lizote va attendre un peu aussi. Avant qu’il se rende à l’évidence.
Avant qu’on s’y rende aussi. Qu’on se rende tous au fait qu’il va s’y
rendre. Lui aussi. Car Nouzote ne s’y rend pas vraiment. Qu’est-ce qui
ferait que Nouzote s’y rende. Si Lizote l’écoutait. Lizote irait à
l’évidence. Lizote veut un peu s’y rendre avec lui. C’est-à-dire avec
Tizote. Ou bien c’était Mizote. Avec Euzote. Car Euzote est là à se voir
rendu près de lui. Mourrant un peu. Comme lui. C’est sa chance. Qu’en
mourrant Mizote l’accompagne. Avec Tizote. Qu’ils soient les derniers
compagnons de sa route. Quel chemin faudra-t-il suivre. Après qu’on en
aura fini avec Euzote. Tous les jours. C’est tous les jours qu’on
voudrait en finir. Lizote pense la même chose. Il est à se voir
s’acheminer vers ça aussi. Lizote fait comme si c’était normal. Comme si
c’était la vie. Elle était bien cette vie. Tizote a beau dire. Cette
vie elle avait du bon. Lorsque Tizote était avec le mourrant, il voyait
pas le bon côté des choses. Maintenant il le voit. Il voit que le bon
côté maintenant. Et c’est la mort. Quand Tizote est mort il a vu le bon
côté de la vie. Tizote voyait pas avant le bon côté de crever.
Maintenant il le voit. Maintenant que Lizote est déjà du bon côté depuis
longtemps. Il est déjà mort. Dans ma tête. C’est la tête à Mizote. Il
est déjà un peu parti. En même tant que Tizote. Ou à peu de choses près.
Il a vidé les lieux. Mizote n’est pas sorti par la même porte. Mizote
ne part pas par la grande porte. Mizote s’est vidé autrement. Il a vidé
son être autrement que lui. Lui c’est le fait d’être Lizote l’a tué.
Mizote c’est le contraire. D’avoir jamais pu être. D’avoir été seulement
dans l’idée qu’il aurait pu. S’il avait voulu. Il aurait pu être avec
Lizote, ou avec Tizote. Là-dedans. Mais toujours à côté de Mizote. Comme
à côté de ses pompes.
Lizote est en phase avec Mizote Mizote est en phase avec Tizote Tizote est en phase avec Euzote Euzote est en phase avec Nouzote Nouzote est en phase avec rien
et rien est en phase avec rien.
Nous aurions voulu être autre chose. Nous aurions voulu avoir tout et rien. Et surtout : nous n’aurions rien voulu.
Pou qu’on est dans l’impossibilité d’être.
POULE
Il
faudrait dépassionner le débat. Il faudrait que le débat soit moins
passionnant. Passionné passionnant. Il faudrait qu’on sache quoi faire
de la vie. Sans entrer dans la passion. Ou plutôt sans qu’il y ait de
débat, de débat passionné ou passionnant. Il faudrait pouvoir entrer
là-dedans comme ça, comme un animal. On n’a pas besoin de débattre entre
poules, on n’a pas besoin d’entrer dans les détails, d’arranger une
fuite, d’organiser des préludes. On est poule. On n’entre pas. On entre
mais on ne sait pas trop si on est entré. Peut-être c’est quelqu’un
d’autre. C’est peut-être une autre poule qui rentre, et peut-être même
je ne suis pas là. Je ne suis pas dans ma poule. Peut-être celui qui y
est n’y croit pas non plus. Personne n’y croit. Tout le monde est entré
mais personne n’y a cru.
Nous
ne voulons plus de l’amour tout prêt, l’amour tout prêt tout digéré,
nous voulons plus du tout de l’amour qui est tout à fait prêt à être
ingurgité. L’amour tout prêt de nous. Nous n’en voulons plus. Nous
voulons de l’amour loin. L’amour qui se fait pas. L’amour impossible, ça
nous voulons bien. Nous voulons bien être impossiblement dans l’amour.
Et pas avoir affaire à des affaires. Des choses emballées. Des trucs
tout faits. Cousus mains. Nous ne voulons plus l’amour cousu main.
Bouche donnée. Bouche cousue et la main dans la main. Nous voulons la
main pas dans la main mais dans la tête. C’est la main qu’on tient dans
la tête. Nous ne voulons plus du corps de l’autre et du nous avec. Du
nous avec l’autre et la main dans la main du nous tout court. Nous
voulons un nous qui tient tout court dans la tête. Nous voulons pas du
nous rallongé d’une tête seulement. Nous voulons un nous rallongé de
plusieurs têtes. Et pas un nous seulement à nous. Un nous qui tient dans
la main. Ou alors c’est dans la main de la tête que ça tient.
C’est-à-dire faut que ça tienne à rien. Un nous pas vrai. Ça sera notre
vrai à nous. Le vrai pas vrai. Le vrai du corps et le vrai des mains ça
nous emmerde. Les corps ça devient emmerdant au bout du compte. Il faut
du nous en dehors de nous. Il faut du nous qui s’échappe de tout compte.
Et de l’amour qui s’en va du corps pour rejoindre l’autre, et l’autre
parti avec. Tout les deux foutus le camp. Tous les deux amoureux qui
débarrassent le plancher, nous le voulons. Nous voulons débarrasser le
plancher des choses qui nous tiennent à cœur. Il n’y a rien de pire que
les choses qui nous tiennent à cœur. C’est comme si on nous amarrait.
C’est comme si le corps était notre amarre mais qu’on pouvait plus se
barrer. On peut plus que couler dedans. Pourtant on voudrait bien se
barrer nous. On voudrait bien foutre le camp nous, et rejoindre l’autre.
L’autre foutu le camp avec nous. Et nous irions où. Où est-ce qu’on
pourrait se foutre le camp. On pourrait se foutre le camp ailleurs que
dans un nous tout court. Car dans nous c’est la tombe tout court. Dans
le nous, c’est le cercueil plombé des sentiments. Dans le nous, c’est
les choses sues d’avance et même pas que par nous. Dans le nous, c’est
les trucs posés de plusieurs plombes par des nous d’avant nous. Des nous
qui ont cru bien faire en s’épousant. Dans le nous, c’est les
épousailles d’avant nous, et les restes de la veille où qu’on n’est même
pas invités. Les noces d’où qu’on n’a même pas foutu les pieds. On n’a
pas foutu les pieds dans le nous. C’est comme ça que ça marche. On est
des invités de la dernière minute. On a loupé tout le début. C’est pour
ça qu’ils voudraient qu’on reste dans le nous. Pour qu’on termine le
boulot. Qu’on essuie les plats. Qu’on remballe tout. Qu’on se remballe
avec. Qu’on soit des remballés de naissance. Que la naissance soit
remballée avec, et qu’on nous fasse ravaler notre ticket. Le ticket
qu’on a eu dès qu’on a né. Le ticket qu’on a perdu d’avance. On a marqué
qu’on était né dessus, et puis qu’on a perdu. On a perdu l’amour du né,
c’est comme ça qu’on a dit. On a dit, c’est l’amour qu’on veut perdre.
On veut que de ce ticket-là, mais eux ils le veulent pas. Ils veulent
pas des perdants. Ils veulent des amoureux physiques, alors que nous on
veut perdre le ticket. C’est-à-dire qu’on quitte le corps, pour devenir
des amoureux. On réinvente nous. Et on réinventera la physique. On
pourra jouer à l’amoureux loin de chez lui. L’amoureux qui a quitté le
domicile conjugale. Son domicile de où qu’il naît, et de où qu’il meurt.
Il a quitté tous les domiciles connus. Il a quitté le physiquement
connu. Le domicile conjugué à lui, et pas à nous. Ou plutôt, à un nous
qu’on veut plus. Nous on veut des nous qu’il y a dans les autres. On
veut des inconnus. Il faudrait faire l’amour qu’avec des inconnus.
Faudrait connaître que des inconnus, et faire l’amour qu’avec eux.
Faudrait être qu’avec l’idée de ça, de leur inconnu à eux. Etre avec soi
aussi, avec son inconnu à soi. Et faire l’amour à tout le monde, mais
tout le monde dans l’inconnu. Qu’avec des inconnus de soi. L’amour qu’on
ferait, on le ferait qu’avec soi dedans des inconnus.
C’est
pour ça qu’on regarde la télé. C’est parce que ça a été inventé là.
C’est dans la télé qu’on a inventé l’inconnu. C’est là aussi qu’on a
fait l’amour, c’est en regardant la télé. Car nous sommes une génération
d’amour, et pour que la génération d’amour pousse bien faut qu’elle
regarde la télé. La télé est amour. Il faut voir tous les couples qui
maintenant passe leur temps à baiser. C’est parce qu’ils ont la télé.
C’est pour ça qu’on les baise. Sinon ça baiserait pas un couple. Un
couple qui baise est un couple devant la télé. C’est la télé qui a
inventé ça. Elle a inventé le style, et l’inconnu. C’est la vérité. Même
la vérité a été inventée de toute pièce. C’est pour ça qu’on continue
d’y croire, sinon on n’y croirait pas à la vérité. On finirait par
croire qu’il faut vivre sans avoir de télé. C’est-à-dire sans vivre. Car
vivre c’est la télé qui fait ça. Sinon on est un couple et on a rien
qui passe plus. On n’a que les plats qui passent. Les plats tous les
jours sont passés. Les plats tous les jours qu’on entasse. Pour cacher
la vérité. La vérité qu’on a rien à faire là, dans notre appartement,
dans notre petit lit, dans nos petites pièces, avec notre petite
musique. On a tous des petites musiques dans des petites pièces. Alors
on invente des grandes musiques à mettre dans de petites pièces. Et même
dans les grandes pièces ça fait toujours petit. C’est toujours pour les
minus la musique. La voix, c’est toujours pour nos corps de minus, de
petits minus dans la vie de nos appartements, nos appartements beaucoup
trop petits. Nos appartements beaucoup trop moches pour nous, pour des
couples moches comme nous. Nous sommes des couples beaucoup trop moches
dans nos pensées qui sont comme des petits appartement. Des appartements
trop moches. Heureusement, il y a l’espace devant, la vérité.
Heureusement, il y a la vie et la vérité. Et heureusement, on invente.
Heureusement, on invente la vérité dans l’inconnu. Et heureusement la
musique, la musique en boîte. Heureusement la petite musique, et la
grande. La grande vie dans l’inconnu. On voit ça à la télé. Maintenant
on a de grandes télés. On peut voir grand. Maintenant on a agrandi les
écrans. Maintenant on a des grands écrans pour couples.
Les petits garçons sont travaillés par le sexe. Tous les
petits garçons travaillés ils sont. Sont petits. Petits sexes. Petit
travail. Petit développement mental. Petit humain pas développé. Ou à
peine. Mais déjà travaillé. Tous les garçons travaillent. Et ont de la
peine. Le sexe ils ne connaissent gouttent. Ils rêvent de croiser. De
croisement. De possibilités. D’affleurement. Ils rêvent qu’on les
affleure. Ils se voient bien s’approcher. Montrer qu’ils sont beaux. Et
que les filles sont belles. Toutes les filles aussi sont travaillées.
Elle se cherchent. Elles cherchent leur sexe. Elles ont un sexe partout.
Mais elles le cherchent. Elle ne comprennent rien. Elles prennent leur
sexe pour un poteau. Et le poteau irait dans le gars. Le gars pense
qu’il a un poteau dans la bouche et les yeux. Les garçons voient
également des poteaux partout. Les garçons et les filles se rencontrent.
S’approchent. Se tendent. Puis se reprennent. Les garçons voient bien
des cuisses. Les filles voient également des épaules. Et après ? on fait
quoi avec l’épaule ou la cuisse ? qu’est-ce qu’on fait quand on part de
là. De ce postulat là. C’est une fille qui a lancé ce mot-là sur la
piste. Elle a parlé de postulat. Et puis elle a encore dit connaître des
phrases. Et puis qu’elle irait voir le gars. Et puis qu’elle irait voir
dedans. Elle irait voir son postulat dedans. Elle a dit j’irai voir ton
postulat là. Voir comment il est. Et si manque pas une pièce.
Manquerait-il une pièce à son postulat là, pense-t-elle ? Car elle pense
ça. Avec ses cuisses ouvertes. Elle pense au postulat perdu du gars qui
est resté planté là, en elle, comme un poteau dans sa tête. Elle dit je
pourrai pas d’un coup tout prendre de toi. Je prends un tout petit peu
chaque jour. Un peu de toi tué chaque jour en moi. Car sinon c’est trop.
Si on doit tuer le bonhomme d’un coup, le mental digère pas. Mais si on
le tue à petite dose chaque jour ça va. Chaque jour je prends un bout
du petit gars et je l’enfourne en moi. Chaque jour petit gars peut venir
s’enfourner. Chaque jour petit gars est mentalement admis par moi,
dit-elle. Et elle aussi chaque jour elle se farcit des lourdaud. Chaque
jour la balourdise du gars l’empêche de respirer. Chaque jour un gars
étouffe une fille et en fait des petits tas. Allez savoir pourquoi.
Je m’occupe. Je m’angoisse. Je voudrais m’occuper. Occuper mon
angoisse. Et occuper toutes les autres. Toutes les angoisses. Tout
prendre et tout mettre là. Et puis après redistribuer, comme des
maillots de foot. Chacun son maillot angoissant. On fait des équipes. On
s’angoisse en groupe. On a des chapelles d’angoisses. Et on prie pour
que ça dure.