premier jet


*


ruminer-grogner

asperger
miction
3 gouttes

frémir

aboyer-japper

décomposer
fuite
long jet

courir

buriner-terrer

marquer
fuite
ammoniac


pisser-trembler


froid


vider-rempli               r


pisser-stopper


! ! !


parquer-contenir


pisser                           .


krrr.                                                     


  

joy-full




                                 syncope

le bleu sec
le blanc froid
fluo-prothèse
respirateur-acier


à l'aube


                                                                                       krrr.

Robert Gligorov                                  
Koudlam                                               

#5





#4




tu sens qu'aujourd'hui est un bon jour pour semer - Lucien Suel






tu as beaucoup travaillé, le jardin n'existait plus, abandonné depuis des dizaines d'années, juste quelques mètres carrés de chiendent de chardon et d'orties cernés par la profusion des arbustes plantés par les oiseaux, aubépines aux longs couteaux pointus pics à glace dirigés vers tes yeux, prunelliers encastrés les uns dans les autres, églantiers et ronces entortillés autour des troncs, dégringolant du ciel, t'enfonçant des épines dans la tête, "ecce homo", tu t'échines tu t'esquintes tu frappes et coupes et creuses et arraches et scies et brûles et déchiquettes pendant des jours et des jours, t'écroulant sur le dos dans la terre mise au jour, la sueur ruisselle traçant des lignes noires dans la poussière qui recouvre ta poitrine, ton coeur cogne ton coeur cogne, la sueur tombe dans la terre sur le corps des fourmis, tes muscles sont brûlants,
 
tu plantes les pommes de terre, tu traces à la houe les sillons profonds en suivant le cordeau et les courbes de niveaux, ce n’est plus un sillon, presque une tranchée, de chaque côté du canyon, une chaîne de montagnes rectilignes au sommet pointu, tu aperçois des insectes escaladant les parois, araignées et cloportes, tu déposes les pommes de terre en avançant dans le fond de la vallée, une à une, à chaque pas, séparées par l’empreinte de tes bottines, tu prends garde de ne pas casser les germes violets qui ont poussé à la fin de l’hiver, tu plantes des Pompadour des Charlotte des Raja, tu les recouvres en inversant la géographie physique, la vallée devient montagne et inversement ;



 
tu sens qu'aujourd'hui est un bon jour pour semer, tu choisis dans la boîte en carton les sachets de graines en regrettant l'époque où ils étaient en papier kraft sans ce film plastifié, ces photos couleurs criardes et pire, parfois un second sachet métallisé gigogne à l'intérieur du premier, de plus en plus tu produis tes graines toi-même, il te suffit de laisser fleurir quelques plants de salades de carottes de poireaux de radis de navets, bientôt tu seras tout à fait autonome, tu n'auras plus à arpenter les allées des pseudo-magasins verts qui sont d'abord des entrepôts de produits chimiques et de gadgets ;

LucienSuel – Mort d'un jardinier
Éditions de la Table Ronde - 2008


savants en odeurs - Henri Michaux





Dans les rues, les lieux de débarras, les terrains vagues, circulent les chiens.

Savants en odeurs, ils fouillent les derniers détritus qui viennent d'être jetés. Attentifs, l'air d'experts. Jamais on ne les voit se pencher sur une rose ou une violette (senteurs pour ceux qui n'ont pas de nez, comme les couchers de soleil sont splendeurs pour ceux qui ne savent se servir de leurs yeux. Le genre même de l'amateur). Un sacré dossier qu'ils ont dans la tête, constamment tenu à jour. Qui connaît mieux la carte des puanteurs ? Les parfums ne les distraient pas, mais un horizon de rêve se lève pour eux de dessus les zones aux sécrétions les plus intimes, les plus révélatrices. Là-dessus, ils pensent. Compris ! Ils savent à présent. Ces innocents nous reviennent alors, sans transition, affectueux, avec le regard de l'heureuse conscience.



Henri Michaux

Merci Seb !

 

nous les clouons là - Henri Michaux






homme-bouc - Henri Michaux





homme-bouc
homme à crêtes
à piquants,
à raccourcis
homme à huppe, galvanisant ses haillons
homme aux appuis secrets, fusant loin de son avilissante vie 


Henri Michaux - Mouvements
in Face aux verrous
Poésie/Gallimard - 2008

 

les mains bien noires - Laura Vazquez



© Emmet Gowin


viens me parler
viens me parler
je ne sais plus bouger mes doigts
prends tes affaires
viens me parler



tiens-moi la bouche
sors-moi la bouche
sors-moi tranquille



je suis tranquille
je suis tranquille
je me tiens bien
je me tiens droit



tu ne vas pas me laisser comme un arbre
tu ne peux pas me laisser comme un sac
je ne suis pas un arbre



mon ventre ne fait pas de miel, moi
mon ventre ne fait pas de bruit



quand tu viendras, tu pourras voir
je sais rouler les cigarettes
je sais m’endormir en bougeant



je m’ennuie quand je pense à tout
je voudrais être un château crevé
je voudrais être un cheval pourri


je voudrais être vraiment simple



je suis en train de me graver des tatouages partout sur les yeux
viens me toucher sur les yeux


je suis en train d’apprendre tous les alphabets du monde
viens vite avec ton alphabet



viens me parler, viens dans ma chambre
viens par les clés
je ne suis pas comme les arbres moi



toi tu es une goutte
et tu tombes sur ta tête
il faut que tu tombes sur le toit
tu dois faire pousser des plantes



viens vite avec tes branches sales




viens parler avec ma bouche
avec ta bouche



viens parler avec ma chambre
avec ma bouche



viens me parler sur les doigts
avec ta bouche



tu ne vas pas me laisser les mains mortes
avec ma bouche



tu ne vois pas que mes mains sont en train de dormir
sous ma tête



je ne suis pas une fanfare, je ne suis pas un lampadaire
j’ai de la peau, j’ai de la peau



j’habite la très petite chambre
je crois que je suis enfermée
je sens les pestes bêtes blanches
je les avale une par une
je fume toute la journée
je fume un million de cigarettes
mortes
bonnes
longues
lourdes
vite



viens vite, prends tes ongles, prends tes affaires
prends ta bouche
viens vite, je suis en train d’avoir une maladie
prends ta bouche
viens, je ne suis pas un ours moi, je ne suis pas une voiture
viens vite, il y a des fourmis partout, viens vite maintenant
il y a des planches sur les murs
il y a des ongles sur les murs
dépêche-toi, dépêche-toi




je ne suis pas comme un serpent
je ne me roule pas les jambes
je ne me colle pas les jambes
je ne me chauffe pas le ventre
ou les entrailles ou les poumons
je ne me parle pas la bouche



viens vite
viens trop près
ouvre l’œil
tourne-toi
prends la porte



il faut que tu grattes la plante,
dans le mur
dans ma gorge



il faut que tu grattes ta plante,
dans le mur
dans ta gorge



il faut que tu viennes parler
il faut que tu viennes bien tôt


prends la voiture
prends les clés
pense à moi
téléphone
réponds vite



je suis dans ma chambre
je ne trouve pas les yeux
fais vite
viens
tu ne vas pas me laisser vers la mort
je suis tranquille
je suis tranquille



j’ai le crâne sur les cheveux
il faut que tu te dépêches



tu ne vas pas me laisser rien sentir
viens vite, je suis un petit caillou
je vais me jeter la figure, tu dois venir très vite
tu ne vas pas me laisser comme une voiture
je ne suis pas une voiture



Viens me parler
près de la gorge
tu es une bête blanche
tu as du sang dans la bouche et moi j’ai du sang partout
j’ai du sang dans la tête et j’ai la tête très pleine
je suis comme ta sœur
je suis quelqu’un de ta famille
viens me parler, viens me parler, viens me parler



tu as de belles mains noires





youpi!-youp!i // la bellic'h - Val K



fin de chantier



tour de contrôle


piste




reportage