Datation des textes - Christophe Tarkos



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Les textes datent
Je sais que Toto a été écrit en une nuit à Cavalière
Que signe = a été écrit en novembre 1998 sauf le port qui était dans Poézi
Prolétèr 1 qui a été écrit à Gap
Le Kilo entièrement écrit chez Pierre Tilman
Ainsi que le début des Ronds qui se sont poursuivis quand j'écrivais à François Dominique
qu'ils étaient en train de proliférer
Tout a commencé à Sainte-Anne
Lorsque j'ai eu une permission de sortie j'ai écrit sans rire à Petite Synthe puis Processe à
Anthony puis les Carrés rue de la Glacière
C'est de là que j'ai fait mon premier envoi puis j'ai eu une réponse de Alferi, Blaine, Deluy
Puis j'étais à Marseille place de Lenche et tous les soirs, j'allais place Etienne d'Orves
écrire l'Oiseau vole en terrasse donc ce n'était pas l'hiver
Les Nuages ont fait l'objet d'une lecture au théâtre de la Bastille puis à Malmö, les arbres
dans les Nuages ont été écrits avant que je donne le texte Je ne fais rien qui est devenu
la Cage, donc en novembre, décembre probablement mais il y a dedans de l'hiver mais
aussi du printemps
Le Baton en soie, je l'avais pour une lecture galerie J.F. Meyer
Donc il était fait à cette date, il a été écrit 13 rue de l'Espérance sur une longue période
Le premier livre est dans l'ordre des décisions celui de Electre, puis celui de Moulinier les Contemporains Favoris, puis le premier dans l'ordre des parutions, Processe est arrivé
trois ans après la décision, la décision est venue j'étais au 13 rue de l'Espérance autour du
moment où j'étais chez Tilman pour l'après-midi puisque je lui ai dit je pense qu'il se fera
un jour, mais je l'avais amené chez Pol quand j'étais rue de la Tombe-Issoire d'où est parti
RR
Il ne faut pas oublier qu'il m'en a fait couper la moitié
Que Tilman n'a pas tenu compte du fait que toutes les pages de l'Oiseau vole ont la même taille
Que Electre n'a pas accepté mes corrections pour Ma langue est poétique
Oui est sur le bureau d'Al Dante maintenant pour se faire sortir ainsi que le Train est sur le bureau de Pol pour se faire ressortir
Quand j'ai fait Morceaux choisis est un vrac, est un sacré vrac, ainsi que oui, j'étais à
Marseille quai de la Joliette j'allais chez Cauwet rue Thiers je me demande si ce n'étais pas le
mois d'août
Je ne voulais pas le faire, j'ai pris ce dont je ne voulais plus
Je ne voulais que de la typographie
Le Train je ne sais plus, cela a duré longtemps, cela n'a pas duré très longtemps avant que Suel le prenne pour son édition Suel, il faudrait voir les carnets où il y a du Train
Pour Sapriphage j'ai pris des photocopies au hasard dans les tas de photocopies, 10
Il y a en ce moment de prévu de en train de décidé Expressif, Calligrammes de Caen, trilogie donne calligrammes carrés dont le titre global est ma langue est poétique, le kilo, Pan qui est
Pan et gne et dans l'air sans décisions Anachronismes qui vole de l'un à l'autre
Ma dernière production est 5 tee shirts
Heureusement qu'il y a la distance - manuscrit
Poème du poney - tapé
Puis la semaine dernière, non quand je suis allé à Rodez-Cazère je l'ai donné à Marie Sol,
c'est le poème des coquillages, la vie est belle
Dans les vracs, il est difficile de s'y retrouver
Les cases du Damier devenu Caisses sont à Marseille cours Gambetta en été, enceinte
Le Nez est très vieux, très très vieux
Est-ce que Caisses est un vrac, je ne sais pas, c'est pendant une période qui va de l'été où j'étais à la Verrière où je l'ai fini, conclu, embrassé, débrouillé
Je ne connais que les saisons et les décisions des revues, mais de prendre quoi un texte
vieux de plusieurs années
La Fermeture date de la Glacière
Le Chapeau date de quai de la Joliette
A St Goussaud je préparais Anachronisme et je commençais Shoa qui  a commencé
quelques jours plus tôt
A quelle date datent les poèmes pour Yonet, quand il me les a demandés, il me
téléphonait je les écrivais dans les minutes qui suivaient, mais quand, en ce moment il a
choisi dit oui et c'est en partance c'est récent dans l'année
Difficile de trouver une trace pour tout ce qui est dans le vrac de Pan
Manger a été publié dans TTC peu de temps après son écriture
j'étais rue de l'Espérance
Je me souviens des racines, Processe, Carrés, la Fermeture


In Poé/tri - pp. 140-143 - Editions Autrement Littératures

Oculisme de Précision RROSE SÉLAVY New York - Paris poils et coups de pied en tous genres - Marcel Duchamp



Rrose Sélavy - 1921 - by Man Ray. Art Direction by Marcel Duchamp.


Rrose Sélavy trouve qu'un insecticide doit coucher avec sa mère avant de la tuer ; les punaises sont de rigueur.

Rrose Sélavy et moi esquivons les ecchymoses des Esquimaux aux mots exquis.

Question d'hygiène intime : 
Faut-il mettre la moelle de l'épée dans le poil de l'aimée?

Abominables fourrures abdominales.

Parmi nos articles de quincaillerie paresseuses, nous recommandons un robinet qui s'arrête de couleur quand on ne l'écoute pas.

La mode pratique, création Rose Sélavy : La robe oblongue, dessinée, exclusivement pour dames affligées du hoquet.

La différence entre un bébé qui tète et un premier prix d'horticulture potagère est que le premier est un souffleur de chair chaude et le second un chou-fleur de serre chaude.

Nous livrons à domicile : moustiques domestiques (demi-stock).

Des bas en soie... la chose aussi.

A charge de revanche ; à verge de rechange.

A coups trop tirés.

Litanie des saints :
Je crois qu'elle sent du bout des seins,
Tais-toi, tu sens du bout des seins.
Pourquoi sens-tu du bout des seins?
Je veux sentir du bout des seins.


Opalin ; ô ma laine.
Avoir de l'haleine en dessous.


Un mot de reine ; des maux de reins.

Caleçons de musique (abréviation pour : leçons de musique de chambre)

Le meilleur des savons est le savon aux amendes honorables.

Il faut dire :
La crasse de tympan, et non le Sacre du Printemps.


La bagarre d'Austerlitz.

My niece is cold because my knees are cold.

Daily lady cherche démêlés avec Daily Mail.

Un cinq chevaux qui rue sur pignon.

Une nymphe amie d'enfance.

Ovaire toute la nuit.

Se livrer à des foies de veau sur quelqu'un.

Le système métrite par un temps blenorrhagieux.

Du dos de la cuillère au cul de la douairière.

Paroi parée de paresse de paroisse.

Prendre 1 centimètre cube de fumée de tabac et en peindre les surfaces extérieure d'une couleur hydrofuge.

Aiguiser l'ouïe (forme de torture).

Quand on a un corps étranger entre les jambes, il ne faut pas mettre son coude près des siennes.

Faut-il réagir contre la paresse des voies ferrées entre deux passages de trains ?

Si je te donne un sou, me donneras-tu une paire de ciseaux?

Une boîte de Suédoises pleine est plus légère qu'une boîte entamée parce qu'elle ne fait pas de bruit.

Bains de gros thé pour grains de beauté.

Fossettes d'aisances.

Nous nous cajolions (nounou ; cage aux lions).

M'amenez-y.

Étrangler l'étranger.

Orchidée fixe.

Abcès opulent.

Anemic cinema.

Lits et ratures.

 In Duchamp du signe - pp. 153-157 - Champs Flammarion

Blanc vide - La maison des vaches





Trop épais brouillard, qui délite l’ainsi
nous séparant du reste par-delà l’étoupe,
la neige tuerait à peine plus les sons.


Jusque dans la tête, c’est…
pas juste en dehors,
c’est… la brume qui drape l’intérieur de nos reliefs
et remet tout au vague.


Et plus rien de luisant, reluisant,
de palpitant,
tout opaque
dépoli…


Humidité gourde à contracter toute extrémité
renoncement glacial,
brume en bouche, gerçant les mots,
si rien ne bouge que dégoutte l’eau…
à quoi sourire
et qui embrasse l’allant
que se laisser haler ?


L’hiver en pente raide,
effaré à démonter l’attente,
traversée aux longs jours,
désescalade lente d’un trou d’air,
l’apesanteur de la gravité des heures.
Fais chier janvier !


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La rivière souterraine - Laura Vazquez




Je ne suis pas un homme nouveau qui n’existe pas depuis des milliers beaucoup de millénaires, depuis mon ventre, j’ai nagé maintenant et beaucoup, voilà que je ne sais rien du tout la fin de ma vie un jour, depuis mon ventre.
De ma vie du jour de beaucoup de jours qui sont partis d’un jour que je sais que mon ventre, depuis beaucoup mais toujours je-vidé, prends dans ma tête, un homme nouveau.


J’ai toujours été un petit embryon que l’on appelle maintenant beaucoup parce que je parle. Je voulais parler de la lourdeur de ma parole pour traverser des rivières et devenir un homme de l’Europe maintenant, qui n’existe pas depuis des milliers, que je ne sais rien des jours, depuis mon ventre qui n’existe pas bien dans la fin de ma vie un jour. Voilà  que je ne sais rien.

Je parle de ma langue mais je prends bien mon ventre qui se vide depuis des jours jusqu’à la fin de la vie.

De sa parole si lourd à lui. Il est si lourd dans sa parole. Il purifie son langage il dit que ce n’est pas ça, si quelqu’un pouvait le voir, dans sa construction de sens.  Un jour.

Un jour.

Comme un embryon. Il a parlé et le mot si petit dans la sécheresse de sa gorge. Il parle. D’une matière. Sèche. Un jour. Il parle d’un homme à chaque pas un mot si petit beaucoup. Il dit que ce n’est pas ça. Si lourd.

Sa sècheresse dans sa boue qui parle mal. Tant de catastrophes. Il a parlé comme un petit ver d’une matière si petite. D’une coquille finalement, qui se mange. Un jour.


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Untitled 1984 - Richard Martel



La révolution sera rouge - Resistenz



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Poetry - Joseph Keppler



186 enfants - Laura Vazquez



J'ai rêvé - Cécile Richard





Bourriner de concert - Armée Noire // Dizzy Gillespie



Allan Grant : Dizzy Gillespie, "Bebop" King, with His Orchestra at a Jam Session

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C'est à qui d'parler là ? Charles Pennequin




c'est à qui d'parler là ?
c'est à qui d'prendre la parole ?
c'est à vous de prendre la parole ?
c'est vous qui vouliez parler ?
avoir une discussion ?
vous vouliez avoir une discussion
avec la parole ?
c'est vous ?
c'est vous qui avez demandé
à ce qu'on vous écoute ?
est-ce qu'on vous a écouté suffisamment ?
est-ce qu'on a entendu suffisamment
votre plainte ?
c'est vous qui étiez dans la plainte
vous vous plaignez ?
parler est une plainte
parler c'est
c'est avoir des récriminations
contre le monde
parler c'est dire
qu'on sait pas chanter
est-ce que vous savez chanter ?
c'est vous ?
c'est vous qui avez voulu
pousser la plainte
la complainte
c'est ça qu'on dit
on dit je pousse ma complainte
c'est-à-dire
ça pense
qu'il faut
à un moment donné
s'arrêter de braire
braire
je brais
j'écrase les mots
tout ce qu'y a dans ma tête
je le sors
et je le ratatine par terre


pp 84 - 85 - "Pamphlet contre la mort" -  éditions P.O.L

die Zeit - Cosima Weiter




die Zeit
vergeht
le temps
passe
toujours
die Zeit
vergibt
le temps
oublie tout
while time
goes by
pendant que
le temps
passe
die Zeit
vergeht weiter
avec
le temps
c'est
toujours
immer
et never
pour
toujours
immer
nevermore
maintenant
c'est
toujours
too late
zu spät
forever
et jamais
pour toujours
en attendant
on passe
le temps
tout
le temps
as time
goes by
on attend
die ganze zeit
on fait
comme si
sag
niemals nie
on avait
but time
goes
bye

Les filles à l'intérieur # 4 (extrait écrit en cours) - Muriel Modély


Amy Friend - Dare alla luce, My sister, 2012


les filles encloses
s’excitent

sur le bleu de ta cuisse
pressent, polissent

trente deux perles rondes
blanches bien aiguisées

elles grattent, sculptent
des tatouages, des mots  

trente deux perles blondes
qui crissent sur la peau

il fait froid, l’hiver 
enfonce ses couteaux

elles vont vite, la nuit
le vent écarte ton manteau

voilà
(regards furtifs)
la danse de ta cuisse

la peau grenue orange 
sous l’œil 
qui plisse
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Monter - Arno Schmidt


L'enfance d'Ivan - Andréi Tarkovski


Un bruissement au-dessus de ma tête
Il avait l'air pressé : " Tu vis donc encore ? " demanda-t-il. Je lui lançai un regard résolu, fatigué. " M'envoler ", voulais-je. De dessous sa barbe d'argent il me fit un signe solennel. Puis il se pencha sur moi, un peu hésitant, et me dit avec compassion : " Mais il faut que tu viennes tout seul -! " ; il franchit la place, se planta à l'angle du rocher et attendit. Impénétrable. -
Je voulus soulever mes doigts ; ils ne bougeaient pas. Mes pieds : je ne les sentais pas. Haletant, je rassemblai toute ma volonté ; des étoiles se levèrent, nageuses argentées dans la mer du soir, qui plongeaient, voguaient, bienheureuses. Fraîches. Ma main droite s'arracha du sol et se plaqua sur ma poitrine secouée de râles ; ma main gauche heurta mes genoux qui résonnèrent comme une pierre creuse. La cruche : gueule d'urne s'inclina vers moi, murmura. Je bus. Bus. (Hommes de boue et d'argile ; en moi glace et feu sont mêlés -) Il me fit signe avec bienveillance, roucoula. Je me sens monter...

Arno Schmidt - Enthymésis ou C.J.V.H. - 1949
Traduction Claude Riehl, in Léviathan - Christian Bourgois Editeur - 1998 - p. 126

Bourriner - Armée Noire // Dizzy Gillespie


Dizzy Gillespie

C'est ici

Sombre Ducasse (version justifiée) 13 - Lucien Suel


Calendrier de L'Impossible


jui
brrrrrrr store en bois wa wa wa wa wa
wa wa j'ai rare ment lu quelque chose
d'aussi intéressant le laboratoire de
l'analo différent surgi l su l su est
écrit vain lüger au poing l'érésypèle
vert pire rose ô ô ô ô et c'est toute
aoû
la différence avec celui qui prend le
pari pour train prenez lisez les mots
ci-dessus 9 8 7 6 5 4 3 2 1 0 nonante
oui pour cent des français interrogés
et c'est là une noue vêle écriture la
chose dernière pour les enfouacés des
stylos Castro Ernesto Castro ernestol
sep
castrol durée infinie car moi ne lave
les dents de personne alévourabié yes
krieg deux mégatonnes mon vent tourne
sur vous oh ossidents occis dentaires
pharmaciens du néant l'écrivain a une
fonction ou joue son rôle répondez CG
ne répond plus dans le match sondages
oct
sous fresques accept questions quatre
vin pour sang chez francs c'est qu'on
interrogea gare garde à vous sous les
fenêtres section locale endormie sous
les algoliens contrôle total en ordre
appesantissez les only parkmaîtres de
l'esprit une fois déjà ouï déjà resté

nov
digitalement vôtre abîme reste restez
restez rrr rrr rrr rrr rrralévourabié
alé vourabié sinistres pandores de la
pharmacopée sousmondialiste chut chut
se tordre se tordre sssssssssssssssss
ssssssssssssss ssssss teknik ubu boro
piknik rata susu toto kiknek bubu oro

dec
nunu coco bouknik biknik papa praktik
toutou caca tutu lolo peknik hahah lu
cucu lolo kakik zaza serpents sur les
suce-tripes et navets his-t-en boules
constant tinette blouc blouc pupu ils
viennent d'écouter oui oui ô la vingt
vingt-troisième prédic(a)tion oui oui
de nos trous d'anus dormez je le veux

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Digging in the dirt - La maison des vaches




Feuilles moites, tourbe en mou, arbres à cru, le jardin foutu à nu d’hiver drapé brume en banc, partout ça dégoutte, nuages de souffle, givre sourdine, latente humidité, sons liquides, timbre zingué de seau d’eaux profondes, sombrer en bourbe, orgie lombric enfiler tous les trous, en force fouiller l’humus, fouailler la mousse, s’étreindre au sol, forage de conduits, couler en glaise, glissé à fond des orifices, envahir le terreau, humer, pomper, absorber, digérer, excréter, grouiller, composter, sécréter, épaissir la semence.
En vie sous terre, niché cloaque, affalé à la fange affronter la souille, s’effondrer en fondrière, débauché dans la bauge tremper poisseux limon, dans la boue, dans la bouse, succion ventouse à la chair extrême des tiges nouées, vapeur lait pale aux replis de l’écorce, brouillard entoilé, herbes liens alourdis, encordage de ronces, accrochages épineux, arc-boutants bandés de branches chues, écartèlements de troncs fendus, crevasses charnues de fourche, la sève en rémittence.
Retenir, patience, souffrir l’attente, clôturer l’éclosion du devenir, barricader la zone à défendre, serrer les friches, s’évader à la fraîche, effacé des frondaisons gommer les différents, se fondre en mêlée, pousser après introduction, abouté en boucle fusionner l’effusion, germination latente, endurcir la pousse, feuilleter les bourgeons, détremper le pampre, prémisse de chatons en pollen à venir au ventre des ornières, étirer les boutons, s’échauffer en décembre…

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Moue de veau - Armée Noire / Françoise Lonquety



Haiku noir - 8 janvier - Moue de veau



Clinique des tilleuls -

collés dans le cahier jaune

des sourires de veaux

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Pamphlet contre la mort - Robert Desnos



Le Corbillard - Daniel Blaise

Le corps de Louise Lame fut placé dans un cercueil et le cercueil sur un corbillard. La voiture ridicule prit le chemin du cimetière Montparnasse. Fleuve traversé, maisons longées, arrêts des tramways devant le cortège, coups de chapeau des passants, différences de vitesses du convoi, ce qui fait que l’assistance se heurte ou s’essaime, conversation des croque-morts…
1er croque-mort. — Il y avait dans mon pays une grande maison. Celui et celle qui l’habitaient pouvaient à loisir faire cueillir des fleurs sur toute la campagne avoisinante tant la maison donnait un privilège certain à ses habitants. Mais eux, la vague et le socle des statues se soucient davantage l’une du sel qui s’amasse en cônes dans les marais artificiels, l’autre du pigeon voyageur qui passe dans le ciel avec une lettre d’amour sous l’aile. « Ma chère Mathilde, les grandes loutres du pays polaire et les loups chaudement fourrés viennent se jeter à la gueule de nos carabines quand je prononce ton nom. J’ai trouvé en pleine steppe un calvaire. Le Christ quand je l’ai touché s’est effrité comme un vieux mammouth congelé et les chiens de mon traîneau l’ont dévoré. Et ils ne s’étaient pas confessés. Mais il n’y a pas de confesseurs pour chiens. Ils étaient à jeun. Ma chère petite Mathilde, ton amant, ton amant… », qu’eux ne se souciaient des fleurs. Ils creusaient un grand souterrain sous leur demeure et voulaient atteindre la mer en se frayant ce passage, soigneusement étayé, à travers le terreau mou, les couches calcaires, les débris fossiles, les cavernes souterraines, cavernes souvent traversées par un ruisselet pur, hérissées de stalactites et de stalagmites, parfois illustrées de dessins préhistoriques ou encombrées d’ossements difficilement identifiables, sans craindre la nuit parfaite du sous-sol ni l’ensevelissement prématuré. Ils atteignirent la mer après six ans d’efforts. Le flot jaillit avec la lumière et les noya. Un geyser salé qui monte de la maison abandonnée est la seule trace de cette aventure.
2e croque-mort. — Le moulin à café ronronnait dans les mains de la cuisinière. Puis dans le silence du verger ce fut le cri pathétique et soudain du concierge : « Madame se meurt ! Madame est morte ! » La pauvre femme était morte en effet, et luxueusement : oreiller de carottes et linceul de fleurs de pêcher. Et depuis, dans la maison en deuil, jamais n’a cessé de retentir le ronronnement du moulin à café dans les mains rudes de l’invisible cuisinière en tablier bleu et jamais ne sont passés impunément devant les fenêtres closes l’amant sans témérité et le prêtre de mauvais augure.
3e croque-mort. — Quand il eut été augmenté, le Juif errant acheta une bicyclette. Il passait sur les routes, de préférence celles qui suivent la cime des collines, et le soleil projetait en les agrandissant les roues du vélocipède en cercles d’ombres mouvants qui traînaient sinistrement sur les champs et sur les hameaux. Des places calmes sont nées de son passage. Le signal du chemin de fer se meut lentement. Une bergère lointaine, à l’heure du crépuscule, relève sa jupe large plus haut que les seins et s’expose au bord de la route à la surprise du touriste problématique. Le Juif errant, tenez, le voilà qui passe, place de l’Opéra.
4e croque-mort. — Deux arbres s’étreignent en secret, une nuit Au petit jour, ils regagnent chacun le territoire restreint attribué à leurs racines et, peu de temps après, un chasseur s’arrête, étonné, devant la trace de leur déplacement. Il rêve à l’animal fabuleux qui, selon lui, en est l’auteur Il charge soigneusement son fusil et, toute la journée, arpente la contrée. Il ne tue qu’un corbeau qu’il ne se donne même pas la peine de ramasser. Au soir tombé, le corbeau reprend ses esprits. Il monte haut dans l’air, étend ses ailes. Le lendemain est jour de brouillard avec un soleil rouge comme une tomate au travers ; le surlendemain, jour de brouillard avec au travers un soleil comme un jaune d’œuf pâle étalé et ainsi de suite durant trois mois jusqu’à la nuit perpétuelle. Les paysans mettent le feu à la forêt pour s’éclairer. Des nuées de corbeaux s’envolent. Le lendemain, grand jour, mais un petit tas de braise là où furent les deux arbres, trente-trois petits corbeaux dans les champs labourés, deux ailes gris pâle dans le dos du chasseur. Deux ailes qui foncent chaque soir et s’éclaircissent de moins en moins à chaque lever de soleil. À la fin, il est l’archange d’ébène et son fusil terrorise les méchants. Puis, un chaud midi, les ailes se mettent à battre sans qu’il le veuille. Elles l’emportent très haut, très loin. Nul depuis, dans son pays natal, ne grave d’initiale au tronc des vieux chênes.
Le convoi suivait une avenue quand le quatrième croque-mort termina son histoire.
Qu’il aille donc au diable le corbillard de Louise Lame, et le corps de Louise Lame et son cercueil et les gens qui se découvrent et ceux qui suivent. Que m’importe à moi cette carcasse immonde et ce défilé de carnaval. Il n’est pas de jour où l’image ridicule de la mort n’intervienne dans le décor mobile de mes rêves. Elle ne me touche guère, la mort matérielle, car je vis dans l’éternité.
L’éternité, voilà le théâtre somptueux où la liberté et l’amour se heurtent pour ma possession. L’éternité comme une immense coquille d’œuf m’entoure de tous côtés et voici que la liberté, belle lionne, se métamorphose à son gré. La voici, tempête conventionnelle sous des nuages immobiles. La voici, femme virile coiffée du bonnet phrygien, aux tribunes de la Convention et à la terrasse des Feuillants. Mais déjà femme est-ce encore elle cette merveilleuse, encore ce mot prédestiné dans l’olympe de mes nuits, femme flexible et séduite et déjà l’amour ? L’amour avec ses seins rudes et sa gorge froide. L’amour avec ses bras emprisonneurs, l’amour avec ses veillées mouvementées, à deux, sur un lit tendu de dentelles.
Je ne saurais choisir, sinon que demeurer ici sous la coupole translucide de l’éternité.
Le caveau de famille se dresse à ras de terre à l’ombre du tombeau de Dumont d’Urville. Et croyez- vous que le monument funéraire de ce dernier, beau cône rouge brique évocateur d’Océanies, me retienne à ce terrain meublé où la plupart bornent leur destinée. Pas plus que l’océan, pas plus que le désert, pas plus que les glaciers, les murs du cimetière n’assignent de limites à mon existence tout imaginaire. Et cette matérielle figure, le squelette des danses macabres, peut frapper s’il lui plaît à ma fenêtre et pénétrer dans ma chambre. Elle trouvera un champion robuste qui se rira de son étreinte. Faiseurs d’épitaphes, marbriers, orateurs funèbres, marchands de couronnes, toute votre engeance funéraire est impuissante à briser le vol souverain de ma vie projetée, sans raison et sans but, plus loin que les fins de mondes, les Josaphat’s Kermesses et les biographies. Le corbillard le Louise Lame peut poursuivre dans Paris un chemin sans accidents, je ne le saluerai point au passage. Au rendez-vous demain avec Louise Lame et rien ne peut m’empêcher de m’y rendre. Elle y viendra. Pâle peut-être sous une couronne de clématites, mais réelle et tangible et soumise à ma volonté.
La destinée ne démentit pas mon espoir.
Louise Lame morte vint me rejoindre et nul parmi ceux que nous rencontrâmes ne put remarquer le changement qui s’était effectué en elle. À peine une odeur de tombeau se mêlait-elle à l’ambre dont elle était parfumée, odeur de tombeau que je connais bien pour l’avoir respirée maintes fois à ras des draps fatigués par des plis nombreux, vus au petit jour comme les flots contradictoires et figés d’une marée matinale ou plutôt, en raison des ondes contraires déterminées par le froissement des membres aux vestiges d’un corps lancé dans un liquide, par exemple un homme dans un fleuve, avec si bon vous semble une pierre au cou : des ronds concentriques. Car tout prête à l’évocation de la mort. Depuis les bouteilles, corps humains enterrés depuis les beaux jours du sphinx dans les bandelettes balsamiques des Égyptiens jusqu’au porte-plume qui, s’il est noir, est un corbeau volant si vite qu’il se transforme en une ligne mince pour se heurter au coq de l’église, la plume, dominant le cimetière des mots écrits et qui achèvent de se dessécher sur le marbre blanc du papier. S’il est rouge, c’est la flamme matérielle d’un enfer de chromo ou celle idéale du four crématoire. Le chapeau, c’est l’auréole des saints ou les couronnes du dernier jour quand les rois n’ayant pas obéi au signal de l’étoile vont en sens inverse demander à la terre ce qui appartient à l’âme avec leurs symboles dérisoires : diadèmes de porcelaine, casques de perles artificielles et de fil de fer et les mille regrets et les à mon amant en place de valets de pied.
Et de même, la bouteille, n’est-ce pas la femme érigée toute droite au moment du spasme, et le rêveur insensible dans le vent et le téton pour la bouche de l’amant et le phallus. Et le porte-plume aussi, obscène et symbolique dans la main du poète, et le chapeau fendu comme un sexe ou rond comme une croupe. Toutes ces images opèrent un nivellement dans l’esprit. Tous ces éléments comparables à un même accessoire ne sont-ils pas égaux ? la mort à la vie et à l’amour comme le jour à la nuit. Passe-passe, éternel ressort des mathématiques et des métaphysiques ! Il n’est rien qui ne puisse se démentir et je méprise vraiment ceux qui restent entre les deux pôles brûlants de la pensée sur l’équateur froid du scepticisme. Lieux communs qui heurtent les croyances les plus élevées, par quel abus de confiance s’autorise-t-on de vous pour vivre à petites gorgées ? Alors que par le vent stupide qui vous anime il fait si bon se laisser emporter.
Mon esprit lui est soumis comme au fusil la balle. Qu’ils me font rire ceux qui prétendent faire autre chose dans cette tempête que des gestes désespérés de moulins à vent, des contorsions de cerfs-volants, des mouvements arbitraires d’ailes, ceux qui se prétendent timoniers capables d’aller au port, ceux pour qui doute n’est pas synonyme d’inquiétude, ceux qui sourient finement !
Le but ? Mais c’est le vent même, la tempête et quel que soit le paysage qu’ils bouleversent, ne sont-ils intangibles et logiques ?
Ce sont les hommes qui sont imbéciles, ayant basé les voiles des navires sur le même principe que la tornade, de trouver le naufrage moins logique que la navigation.
Que je les méprise ceux qui ignorent jusqu’à l’existence du vent.
Mieux vaut le nier tout en restant son jouet.
— Mais la mort ?
— C’est bon pour vous.

In :  La Liberté ou l'Amour