The "Easton Assassin" - Larry Holmes









C'est dur d'être noir. 
Vous avez déjà été noir ? 
Je l'ai été autrefois... quand j'étais pauvre


Larry Holmes 
in De la boxe - Joyce Carol Oates 


Les armures - Guillaume Siaudeau





Au plus profond
de l'ennui
là où le temps
n'arrondit plus
les angles
les soupirs
servent d'armures


Guillaume Siaudeau c'est par

 

I. De l'habitation, de la ville - Christophe Lamiot Enos





Il fait la nuit la fenêtre qui ne ferme pas
une lumière en haut à gauche dans le verre ;
sur le corps ;

une jarre avec, à l'intérieur, une autre jarre
plus petite et des coussins – des fleurs dans l'autre jarre ;
sur le corps ;

vienne zigzaguant très court, très épais « w »
à la verticale comme un éclair, la lumière
sur le corps ;

sur le corps les jambes, sur le corps les bras, face à
face ; penchent les uns vers les autres les objets
tendres corps

dans la pièce la nuit, dans la pièce la fenêtre
sans hâte le linge étendu parmi jouets et meubles ;
sur le corps.

(21/11/04)


Christophe Lamiot Enos – Lieu
Gare Maritime 2006 – Maison de la Poésie Nantes

elle vous arrache le sommet du crâne - Joyce Carol Oates



Cleveland Denny - Gaëtan Hart


Un combat de boxe brillant, aux mouvements rapides, se déployant beaucoup plus vite que ce que l'esprit est capable d'absorber, peut avoir le pouvoir qu'Emily Dickinson attribuait à la grande poésie : vous savez que c'est de la grande poésie quand elle vous arrache le sommet du crâne.


Joyce Carol Oates - De la boxe
Traduction Anne Wickle
Editions Tristram - 2012

directement sur les joncs - Céline Minard






Il a ramené tous les seaux pleins. Il a fait 3 allers-retours de brouette sous le soleil. Il n'a pas l'air fatigué.

Plus aucune brume matinale.
Le soleil tape directement sur les joncs. Jaunes.


Céline Minard - Slough, en commanche
Gare maritime 2006 - Maison de la poésie Nantes 


Ah ! les petites robes paysannes - Arno Schmidt






Soldes d'été chez Gellermann : 2 énormes papillons en tissu enflaient leurs mignonnes ailes à pois ; l'habituelle cataracte de robes lavables écumait sur les marches des rochers en papier bleu, « où le peuple des Catadupes n'entend point les chutes du Nil » ; sur un panneau-bouclier la rosette de yatagans faite de cravates (d'ailleurs qui donc a inventé le terme de « régate » ? Ou encore : où apparaît-il pour la première fois dans la littérature ?). Au mur, une jambe tillergirlait, Passe-muraille : pour montrer les perlons (tout en haut, un petit col de dentelle pour exciter encore un peu plus l'imagination. Couleuvrine). De maigres gants de soie jaune palpaient avec une avidité d'impuissant des slips feuille-de-vigne. Au fond, une robe violette marchait majestueusement (sur des seins de chemisiers chus). Ah ! La fleuritude et la petipoissitude des petites robes paysannes !

Le coeur de pierre - Arno Schmidt
Traduction Claude Riehl
Editions Tristram - 2002

Déluge - Arno Schmidt







Ces trois tempêtes de grêle avaient rafraîchi l'atmosphère à ce point, qu'une épaisse fumée, comme d'un incendie, montait de toute la campagne, et même dans les maisons, les cuisines et les granges, et empêchait de voir quoi que ce fût. Des chevaux pleins de bosses, dispersés dans les champs, galopaient dans tous les sens, certains avaient même été tués. Les branches des arbres penchaient fracassées le long des troncs ; les grains avaient été frappés et balayés au point qu'on n'en voyait plus rien ; à leur place restait un sol noir battu, dans lequel les grêlons avaient imprimé leurs formes. Cailles, perdrix, lièvres, hirondelles gisaient broyés entre les sillons des anciens blés.


On a marché sur la lande - Arno Schmidt
traduction Claude Riehl
Editions Tristram - 2005


Japan's pictures - Zoé Balthus



Quelques perles sur le blog de Zoé Balthus


For a language to come serie - 1970 (c) Takuma Nakahira  


Du corps d'automne - Cédric Bernard






il a le corps
de saison
un crâne chargé
comme le ciel
il perd des glaviots
comme des feuilles
jaunes et rousses
la terre de la langue
qui colle  aux semelles
des mots
une humeur de bogue
à ne pas toucher
les poings prêts
aux marrons
il a le corps accordé
à la petite mort
d'automne

 Cédric Bernard                           


              

Catherine Ferrière Marzio




Fermin Ceballos


                Un croissant de lune cligne au-dessus de la mer


Catherine Ferrière Marzio             

      

grands rouges - Catherine Ferrière Marzio





La mer n'est ni triste ni joyeuse : elle est rouge pourtant dans ses si blanches écumes.




des jours comme ça - Murièle Modély



l'Autre Hidalgo stupéfié
rien à ajouter ! Il y à L'oeil


(c) EudaldCJ



les chiennes courbent l'échine

les chiens lèvent la patte
les chiennes s'assoient
les chiens se couchent
les chiens aboient
la caravane passe
la révolte passe
la rage passe
la colère passe
les chiennes jappent
les chiens remuent la queue
les chiens, les chiennes mordillent peu 



© Emmet Gowin




C'est le jour
pose ton bras sur le rebord de la fenêtre

n'aie pas peur

attends que le soleil détricote tes pores
attends que la chaleur coule son or

laisse les rayons entrer puis charrier dans la rue
la merde, les cauchemars

ne pense pas à la vie
à ta putain de vie qui fait le trottoir

C'est le jour
profite

de l'instant
où tu es

rien de plus
rien de moins

vive
nette
dans le nouveau matin

puis
allume la radio
sers toi un café
laisse toi par les mots
lentement pénétrer

sors
cours
avance
tu vas avec



          La nuit doucement vient
          recoudre sur tes os

          l'enveloppe du chien

 Murièle Modély


dasein - Chris Marker



Sans Soleil (1983) - Chris Marker



Se fier aux apparences, confondre sciemment le décor avec la pièce, ne jamais s’inquiéter de comprendre, être là — dasein — et tout vous sera donné par surcroît. Enfin, un peu.

 

Le dépays Chris Marker - 1982

 

Ressouvenirs...



 


         […]

Dans l'après-midi, après qu'il eut dormi au soleil, il vit un aileron sombre à la surface de la prairie. Il laissait derrière lui un large sillage qui se refermait rapidement. Bird se frotta les yeux et mit sa main en visière pour atténuer la luminosité. L'énorme nageoire se découpait sur le ciel, un triangle qui s'allongeait vers l'avant, autour duquel les herbes frémissaient. Il s 'approchait des rochers en diagonale. Il grandissait. Sa découpe n'était plus tout à fait d'un seul tenant. Deux pointes se détachaient de la forme principale. Elles étaient très mobiles. Il y avait un cercle sombre, brillant, entre le sommet de l'aileron et sa pointe. Bird abaissa la main qui lui servait de visière. L'énorme dorsale du requin noir cingla dans sa direction à toute vitesse. Quand il fut à trois cents mètres de l'écueil rocheux, il changea à nouveau sa route en soufflant de l'air et l'homme comprit que le squale était un cheval dont la prairie avait englouti le corps et qui circulait, la tête au-dessus des graminées.

[…]         

Céline Minard – Faillir être flingué
Editions Payot & Rivages – 2013







Ma vie n'est pas un continuum ! - Arno Schmidt




Ma vie ? ! : Ma vie n'est pas un continuum ! ( il n'est pas que le jour et la nuit pour la diviser en fragments alternativement blancs et noirs ! Car le jour aussi m'accompagne cet autre qui va à la gare, est assis derrière un bureau, bouquine, traîne dans les bois, copule, bavarde, écrit, pense à mille petits riens. Cet éventail qui se disloque. Qui court, fume, défèque, radiophone et télespecte, dit " Monsieur le sous-préfet " : That's me ! ) : Une succession d'instantanés scintillants, en vrac.
Non, pas un continuum, certainement pas un continuum ! : Ainsi court ma vie, ainsi mes souvenirs ( comme qui, pantelant, voit approcher la tempête
         nocturne ) :
Un éclair : une bicoque désolée qui grimace au mileu de taillis vert-de-gris. Puis : la nuit.
Un éclair : de blêmes faces de cauchemar, roulant des yeux vides, des langues, battants de cloches, à toute volée, des doigts qui se font dents : Nuit.
Un éclair : des arbres font la haie; des cerceaux jouent avec des gosses; des femmes s'accroupissent; des fillettes polissonent blouse au vent : Nuit !
Un éclair : moi : Hélas : Nuit !

Ma vie : La ressentir comme un ruban qui, majestueusement, se déroule, voilà précisément ce dont je ne suis pas capable. Pas moi ! (Dire pourquoi.) 



Arno Schmidt - Scènes de la Vie d'un Faune
 Traduction Jean-Claude Hémery & Martine Valette
Edition Christian Bourgois - 1991



je lis entasse et vide - Murièle Modély



mansfield tya


je lis un essai dont je peine à pénétrer le sens
je lis "la mémoire a besoin que les morts soient dans l'ombre des vivants"
je lis et je bute  
je lis pour le mot sans le sens
le mot sens ressemble à une chambre
la décoration me plaît je ne sais pas où m'assoir
je lis et m'applique et recopie
mon écriture embarrassée des hampes de l'enfance
je lis dans mon carnet des phrases entre guillemets
quatre racines coupées net en suspens dans l'air
je lis je prends aussi un air
un r  je fronce des sourcils
je lis je ne sais pas d'où le mot vient je ne sais pas où le mot va je ne sais pas ce que j'entends
je lis il est question d'oreille pas de compréhension
je lis la dernière lettre dévie la phrase
je lis et m'illusionne je ne suis pas un buvard l'encre coule sous la table
je lis des bouts de phrases sur les murs
des affiches au travail
des publicités sur l'écran
des blogs des articles le journal
la liste des ingrédients sur la boîte de céréales
je lis dedans
et dehors
je lis
j'avale ma soupe je rattrape
le temps perdu enfant les lettres ne flottaient pas
je lis je barbouille
ma bouche mon ventre mes seins je lis avec mes tripes
je ne comprends rien je lis avec mes intestins
je lis j'avale je lis je déglutis
des livres au creux du ventre j'amasse
je lis entasse
et vide 



 



Muribeca Waste Dumping -



A la nuit, le phare éclaire clairement ma lanterne, et les containers brillent gueules ouvertes de tous leurs sacs... Trash ? Cash.




 

Cigarette - Witold Gombrowicz




Otto Dix, Portrait de la journaliste Sylvia Von Harden



[…]

Vous m’avez demandé dans une de vos lettres ce que j’ai contre la peinture. Eh bien, mon cher, mon unique arme contre la peinture c’est la CIGARETTE et c’est par la CIGARETTE que je me propose de la détruire.
[...]

Witold Gombrowicz
Lettre à Jean Dubuffet