Adresses au Pape Antonin Artaud

 


15 avril 1925.

Le Confessionnal, ce n'est pas toi, ô Pape, c'est nous, mais comprends-nous et que la catholicité nous comprenne.
Au nom de la Patrie, au nom de la Famille, tu pousses à la vente des âmes, à la libre trituration des corps.
Nous avons entre notre âme et nous assez de chemins à franchir, assez de distances pour y interposer tes prêtres branlants et cet amoncellement d'aventureuses doctrines dont se nourrissent tous les curés du libéralisme mondial.
Tout Dieu catholique et chrétien qui, comme les autres dieux a pensé tout le mal :
1 Tu l'as mis dans ta poche.
2 Nous n'avons que faire de tes canons, index, péché, confessionnal, prétraille, mais pensons à une autre guerre, guerre à toi, Pape, chien.
Ici l'esprit se confesse à l'esprit.
Du haut en bas de ta mascarade romaine ce qui triomphe c'est la haine des vérités immédiates de l'âme, de ces flammes qui brûlent à même l'esprit. Il n'y a Dieu, Bible ou Evangile, il n'y a pas de mots qui arrêtent l'esprit. Nous ne sommes pas au monde. O Pape confiné dans le monde, ni la terre, ni Dieu ne parlent par toi.
Le monde, c'est l'abîme de l'âme, Pape déjeté, Pape extérieur à l'âme, laisse-nous nager dans nos corps, laisse nos âmes dans nos âmes, nous n'avons pas besoin de ton couteau de clartés.


Autoportrait d'Antonin Artaud (1924)


1er octobre 1946.

Je renie le baptême.

Je chie sur le nom chrétien.
Je me branle sur la croix de dieu (mais la branlette, Pie XII, n’a jamais été dans mes habitudes, elle n’y entrera jamais. Peut-être devez-vous commencer à me comprendre).
C’est moi (et non Jésus-Christ) qui a été crucifié au Golgotha, et je l’ai été pour m’être élevé contre dieu et son Christ,

p
arce que je suis un homme

et que dieu et son Christ ne sont que des idées

qui portent d’ailleurs la sale marque de la main d’homme;

et ces idées pour moi n’ont jamais existé.

Libre maintenant aux derniers catholiques pratiquants de se prévaloir de l’existence d’un au-delà dont j’ai en main tous les moyens de leur faire avouer qu’il sortit d’un pli de leurs ventres sales,

et quel est le catholique inchristé dans la vehme, la sainte vehme de son incurable orthodoxie, qui n’ait, spécialement ces dernières années, appris à faire ou à refaire abominablement comme cervicalement, et par une étrange rhinite nasale à laquelle tout le sexe depuis deux mille ans est convié,

n’ait appris, dis-je, à faire ou à refaire

Jésus-Christ.

Et il sera inutile, Pie XII, d’ergoter que tout cela n’est pas de votre obédience, car

ce mouvement vous l’avez, vous, Pie XII, dans la gorge et dans le nez, spécialement en disant la messe, et il ne faudrait pas tâter votre nombril de si près pour s’apercevoir que vous ne cessez de forniquer un anathème (que par dieu ma semence soit) entre le plexus et le gésier.

Mais ce n’est pas pour cela que je vous écris.

Je vous écris parce que vous savez qui je suis et que c’est une chose connue de toutes les polices qu’Artaud Antonin pour tout le monde d’ailleurs ne fut qu’un énorme et dérisoire secret de polichinelle, et que seul, moi, Antonin Artaud, j’ai été constraint publiquement d’ignorer sous peine de camisoles, de cellules, de poisons,, d’électro-choc, d’étranglements, d’estrapades, d’assommades et d’assassinat. Ce qui, Pie XII, a été ma vie pendant neuf ans.

Ce secret est qu’Antonin Artaud est envoûté, retenu prisonnier, d’une sombre, sinistre et crapuleuse magie, cela du côté où les choses se disent et se sentent dramatiquement et même mélodramatiquement, et du côté où elles se sentent et se disent objectivement et scientifiquement. Ce secret est que l’esprit, le cerveau, la conscience et aussi et surtout en fait le corps d’Artaud sont paralysés, retenus, garrottées par des moyens dont l’électro-choc est une application mécanique et l’acide prussique ou la cyanure de potassium, ou l’insuline une transposition comme botanique ou physiologique, - mettons.

En quoi ces moyens consistent exactement, Pie XII, je vous le redirai de plus près et autrement.

Toujours est-il que vous et la congrégation du saint-office êtes pour beaucoup dans mon arrestation après assommade sur une place publique de Dublin, mon emprisonnement à Dublin, et mes neuf ans d’internement en France.

Or j’ai été arrêté, emprisonné, interné et empoisonné de septembre 1937 à mai 1946 exactement pour les raisons pour lesquelles j’ai été arrêté, flagellé, crucifié et jeté dans un tas de fumier à Jérusalem il y a un peu plus de deux mille ans.

Il y a dirai-je d’ailleurs beaucoup plus de deux mille ans.

Car ce chiffre de deux mille ans représente les 2 000 mille ans de vie historique écoulés depuis la mort du crucifié du Golgotha jusqu’à aujourd'hui. Historique, c’est-à-dire officiellement recueillis, repérés et inventoriés. Car en fait le temps ce jour-là fait faire aux choses un saut terrible, et je me souviens parfaitement bien, Pie XII, que sorti du tas de fumier où j’avais séjourné trios jours et demi dans l’attente de me sentir mort pour me décider à me lever, non tellement le souvenir de la douleur, mais celui de l’obscène insulte d’avoir été déshabillé publiquement puis flagellé sur l’ordre spécial des prêtres, celui des gifles, des coups de poing sur la face, et des coups de barre dans le dos venus de l’anonyme populace qui sans autre raison avouable ne me haïssait que parce que j’étais Antonin Artaud (et c’était mon nom il y a deux mille ans comme aujourd'hui), l’épouvantable mémoire donc de tant de mains abjectes battant ma face, qui les ignorait et ne leur avait rien fait, me donna un tel haut-le-coeur que je sentis en éclater, physiquement en éclater ma poitrine, et l’histoire n’a pas conservé la mémoire de la période funèbre qui a suivi.

Or j’ai été empoisonné à mort de 1937 à 1940, sur l’ordre aussi bien de la sûreté générale française, que de l’intelligence service, que du guépéou, que de la police du Vatican.

Mais si je suis mort il y a deux mille et quelques années sur une croix je vous fous mon billet que cette fois-ci on ne m’aura pas dans une cellule d’asile, une casemate de fort ou les chiottes d’une prison, et ma conscience ne sera pas tranquille, ni les mânes du mort que je suis apaisés avant de vous avoir fait cuire sexe en l’air, vous le sexe en l’air, Pie XII, avec quelques-uns de vos moines de Bohême ou de Moldavie sur le grand autel de Saint-Pierre-de-Rome et celui plus tendancieusement prêtre et occulte de Saint-Jean-de-Latran.

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