ouvreur au drive-in


le corral imbibé
la brillantine de Danny

gémissements du latex
crépitements du commodo

la torche de l'officier
les mains de Sandy

Titanic à l'écran
noir sale !

krrr.

Journal dentaire du père Ubu - Alfred Jarry



À Rachilde
4 septembre 1905
Journal dentaire du père Ubu.
9 h précises. - Le père Ubu arrive tel un projectile chez son brocanteur et lui fait rendre gorge de son encrier tant par or que par violence.
9 h 1 s. - Le père Ubu emporte son encrier.
9 h 2 s. - Le père Ubu met de l'encre dans son encrier et étale le papier vierge pour l'in-18.
9 h 1/2. - Il va chez son dentiste.
9 h 1/2 1 s. - Le dentiste s'ingénie. Il introduit dans le « canal dentaire » du Père Ubu un fil d'acier terminé par une pointe aiguë. Collusion entre le fil d'acier et le nerf dentaire. Surprise douloureuse du Père Ubu. Le dentiste met un pansement au fil d'acier et annonce au Père Ubu qu'il aura mal pendant 2 heures et qu'il lui serait agréable de le voir à 2 h 1/2 (sic).
2 h 1/2 1 s. - Le pansement mis sur le fil d'acier du nerf dentaire opère tel le notaire sur la jambe d'un boa. Le dentiste en met un autre plus fort. Le Père Ubu (qui en jouit pour l'instant) acquiert une petite marmite émaillée.
A 17 sols pour se procurer sa nourriture.
Il acquiert également l'herbe sainte chez Brunet.
(Sera continué)
A.J.


Alfred Jarry
Oeuvres complètes
Gallimard La Pléïade - 1988





nature morte #32 - Alexa Brunet


Le 04 Mars 2015 est en réalité le Mardi 10 Pédale 142
Nativité de St Tancrède, jeune homme - fête suprême quarte








bois de la butte





lundi 9 pédale 142
bonsoir,






l'aimable « ...WHAT ? » brutal – Jacques Vaché



X . le 29.12.16

Amie Jeannette,

– Je reviens d'une longue promenade à cheval – (pas drôle : de l'eau jusqu'au ventre les trois-quarts de la route) – C'était un peu pour aller jusqu'à A* chercher une correspondance possible – Aussi je vais vous attraper un peu à cause que je n'ai pas trouvé de lettre de vous – À moins que la Poste – ce bouddha tout-puissant…
– Où est ma chambre d'A*  ? ici je suis maintenant dans une chaumière écœurante d'odeurs et de crasse – Il règne dans le réduit minuscule où je loge un parfum puissant de souris et de lard rance – Et, aussitôt bougies éteintes, c'est un chahut épouvantable d'animaux qui grouillent et de petites pattes griffues sur les carreaux – Se battent-ils – tiennent-ils sabbat ? ou jouent-ils à des jeux de société  ? mais ce qu'il y a de certain est que c'est fort inquiétant – C'est une vieille maison qui tient un peu de celles des Histoires – avec une multitude peu croyable d'enfants sculptés dans la crasse – Et il bout toujours sur le feu des ragoûts innommables dans leur vieille graisse – Et le relent qui monte de toute cette crasse ! et les chats qui rôdent et qui font craquer quelqu'os séculaire sous le buffet ! Et le petit dernier qui bougeasse vaguement dans un coin sombre, humide et larmoyant un peu !
J'ai chaque soir l'appréhension de traverser cette mer d'excréments – et l’inondation, qui monte, risque d'entrer dans la maison – ce qui est arrivé une fois – Cela lave un peu… mais Dieu sait les horribles débris qui flottent !.
Déjà deux mois que j'ai été en permission – Cela a passé un peu plus vite que je ne croyais – D'ici un mois je pourrais en espérer une – Je suppose que la tenue australienne sera d'un gros effet sur la masse des populations urbaines –
A part cela – m'entendant toujours à peu près avec mes bonshommes – C'est affaire de manières communes à prendre : parler toujours sans aucun enveloppement, lentement et fort, en mâchant ses mots – Je ne suis tout de même pas encore entièrement accoutumé à l'aimable « ...WHAT ? » brutal qu'ils vous lancent quand ils ne vous entendent pas
Enfin ils ne font pas trop mauvais ménage avec les populations restées – et l'autre jour j'ai été témoin – au mariage d'un Australien Néo-Zélandais avec une petite d'A* -
Et maintenant, peut-on vous demander un petit mot quand vos «  Business » ne vous presseront pas trop ? –
Le meilleur souvenir de
           JACK

* Armentières

Jacques Vaché – lettre à Jeanne Derrien
in soixante-dix-neuf lettres de guerre
jeanmichelplace - 1989





nature morte #31 - Chris Marker



Le 03 Mars 2015 est en réalité le Lundi 9 Pédale 142
*St Remezy, évêque in partibus - fête suprême quarte




Chris Marker - Lettre de Sibérie

lundi 9 mâle 142
vagues & mawe
pointent à l'est
bonjour,





trop de cucurbitacées !


 


on a soupé
d'cet hiver là !

courges concombres & cornichons !

d'l'alcool de patate Merdre !

je mange & bois
n'importe quoi.


dimanche 8 mâle 142
bonsoir,





la revanche séminole


au tréponème                                                       

Indian Red* 
du fond des bayous
frappe fort
le tambourin

panthère
du fond de la nuit
frappe fort
la couverture
 

& chaude-lance
crève le nouveau monde

krrr.


 




*
Madi cu defio, en dans dey, end dans day
Madi cu defio, en dans dey, end dans day

We are the Indians, Indians, Indians of the nation
The wild, wild creation
We won't bow down
Down on the ground
Oh how I love to hear him call Indian Red

I've got a Big Chief, Big Chief, Big Chief of the Nation
The wild, wild creation
He won't bow down
Down on the ground
Oh how I love to hear him call Indian Red







la toile de Pénélope




Les rondelles ne font pas le printemps Pénélope
Je le sais mais notre amour irradie sur nos têtes
Tête de lit bleuté sur édredon d' herbe verte
Tu ne montres aucune ardeur mon Ulysse
Ton concombre n'a point de vigueur
C'est que mon désir ne peut vaincre
L'odeur de toilettes du papier que tu tisses



de ruses elle abuse
pour qu'oncques ne s'use

krrr.





Macia désossé - Benjamin Péret



Le vieux piment mangé par les mites
est mort
comme une coquille d'escargot
dans la vase
en criant
La Catalogne est perdue
Perdue pour toi dépouille d'asticot
cendre de mite
vase sèche
limace imprimé dans le charbon

Mais la Catalogne qui rôtit
les curés et les nonnes
après les avoir mariés
comme Carrier
fera
des notes de musique avec tes os
des grains de sel à mettre sur la queue des oies
avec tes yeux
et de tes couilles
un attrape-mouche perfectionné

Tes paroles historiques feront tourner la mayonnaise
et avorter les femmes
qui auraient pu
malgré elles
accoucher de bébés la bombe à la main

Crève encore pourri dont les pissenlits ne veulent pas
crève
que ta poussière noie les écrits 
de ceux qui diront du mal de ce poème





Benjamin Péret – Je ne mange pas de ce pain là
Œuvres complètes t. 1 - Éric Losfeld - 1980


 


À Marcel Jean 
Barcelone, 1936

Capitaine Bordure, les Polonais se portent assez bien par ici, ils ont vidé les chariots à phynances et ont fait des bûchers à curés.

Bien à toi.

Benjamin Péret


P.S. Écris-moi chez Remedios et dis-le à Breton. C'est là mon adresse.

Muchos abrazos.
Remedios


Benjamin Péret – Correspondance
Œuvres complètes t. 7 - José Corti - 1995
 




nature morte #30 - Maurizio Cattelan & Pierpaolo Ferrari / collège de pataphysique



Le 2 mars 2015 est en réalité le Dimanche 8 Pédale 142
LA MACHINE À INSPIRER L'AMOUR - fête suprême tierce





dimanche 8 mâle 142
du bleu sardine au gris souris-
mais tout ce chlore, pour récurer ?
bonjour,





fuir !


juste du bon côté du téléviseur


 

âcres randonnées
sur un petit divan
jaune citron

krrr.                              





 

ne remuez pas les bottes ! - Arthur Rimbaud



Charleville, 25 août 70.

Monsieur,
Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville ! - Ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n'ai plus d'illusions. Parce qu'elle est à côté de Mézières, - une ville qu'on ne trouve pas, - parce qu'elle voit pérégriner dans ses rues deux ou trois cents de pioupious, cette benoîte population gesticule, prud-hommesquement spadassine, bien autrement que les assiégés de Metz et de Strasbourg ! C'est effrayant, les épiciers retraités qui revêtent l'uniforme ! C'est épatant comme ça a du chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs, les menuisiers, et tous les ventres, qui, chassepot au cœur, font du patrouillotisme aux portes de Mézières ; ma patrie se lève !… moi, j'aime mieux la voir assise ; ne remuez pas les bottes ! c'est mon principe.
[…]
A. Rimbaud
P.S. - À bientôt, des révélations sur la vie que je vais mener après… les vacances...


Arthur Rimbaud - Lettres à Georges Izambard





nature morte #29 - Carlos & Jason Sanchez


Le 1er mars 2015 est en réalité le Samedi 7 Pédale 142
St Gavroche, forain - fête suprême quarte




Carlos & Jason Sanchez - The Gatherer -2004


samedi 7 pédale 142
moutons fatigués -
tourtereaux en croix
bonjour,





holy writ - Javier Jaén


Holy writ - Javier Jaén



         a douté de la confiance des oiseaux -
         tout le jour -
         & pourtant -

         vendredi 6 pédale 142
         bonsoir,





La chandelle romaine - James Joyce



Et Jacky Caffrey hurla regardez, il y en avait une autre et elle se pencha en arrière et ses jarretières étaient bleues assorties à cause de la transparence et tous ils voyaient et hurlaient regardez, regardez là, et elle se pencha encore plus pour voir le feu d'artifice et quelque chose d'étrange voletait dans l'air autour d'elle, une douce chose qui allait de ci de là, sombre. Et elle vit une longue chandelle romaine qui montait au-dessus des arbres haut, haut, et, dans le silence tendu, ils avaient le souffle coupé d'excitation à mesure que ça montait plus haut, toujours plus haut, et il lui fallait se laisser aller à la renverse encore et encore pour la suivre, haut, haut, presque hors de vue, et son visage se teintait d'une divine, d'une enchanteresse rougeur à force de se cambrer et lui pouvait voir d'autres choses d'elle, les culottes de batiste, la matière qui caresse la peau, c'était beaucoup mieux que l'autre parure, la verte, à quatre shillings onze, parce qu'elles étaient blanches et elle le laissait et elle voyait qu'il voyait et puis cela monta si haut qu'on le perdit de vue un instant et elle tremblait de tous ses membres à force de rester renversée à ce point qu'il avait vue bien au-dessus du genou là où personne n'avait jamais pas même à la balançoire ou quand on fait trempette et elle n'avait pas honte et lui non plus de regarder de cette façon inconvenante comme ça parce qu'il ne pouvait pas résister au spectacle de cette merveilleuse révélation à demi offerte comme ces danseuses de cabaret qui se comportent de façon si inconvenante devant les messieurs qui les regardent et il ne cessait de regarder, regarder. Elle aurait aimé lancer vers lui un cri étouffé, lui tendre ses fragiles bras de neige pour qu'il se précipite, sentir ses lèvres se poser sur son front pâle, pousser le cri d'amour de la jeune fille, un petit cri étranglé, surgi du fond des entrailles, ce cri qui a retenti à travers les âges. Et alors une fusée pulsa et splasha en spasmes de blancs flashes et Oh ! elle éclata la chandelle romaine et ce fut comme si elle soupirait : Oh ! et tout le monde cria Oh ! Oh ! de ravissement et il en jaillit en gerbe un flot de cheveux d'or qui filaient et ruisselaient et ah ! ils devenaient un arrosement d'étoiles verluisantes tombant avec des dorées, Oh ! si exquis ! Oh si doux, si bien, si doux !

Puis tout fondit comme rosée dans l'air gris : tout fut silence. Ah !





James Joyce – Nausicaa in Ulysse – 1922

traduction Patrick Drevet

Gallimard – 2004





burundanga - Burroughs / Pélieu



Stupide scopolamine : il partait alertant les odeurs – Une jeune cure de 30 ans Mister William – 3 heures avant j'amorçais la pluie., mais je vous ai déjà raconté., j'ai suivi les prix antibiotiques, une odeur de bouche bée et un petit supplémentaire vermoulu – Intramusculaire (comme après) dans un mur gris « Nembutal SVP », je vous l'ai dit : « Combien ? » – Une bouche molle lâcha l'adresse, dans un goître négatif, maintenant ils peuvent se présenter au cœur de mille et visiter les chiottes de l'Orphelinat – Craquements – J'ai relevé le compteur du rêveur – 


William S. Burroughs, Claude Pélieu-Washburn
Le métro blanc – 1973
traduction Mary Beach, Claude Pélieu-Washburn, Gérard-Georges Lemaire
in Le métro blanc et autres histoires
Titres / Christian Bourgois – 2010






traversée dans les toilettes - Dennis Lehane



Teddy débuta la traversée dans les toilettes, agenouillé devant la cuvette tandis que le moteur du ferry haletait et claquait, et que ses narines s'emplissaient des odeurs grasses du mazout et de la mer à la fin de l'été. Il n'expulsait rien d'autre que de petits filets d'eau, et pourtant sa gorge se contractait sans relâche, son estomac se rebellait au fond de son œsophage et l'air devant ses yeux grouillait de points noirs clignotants.
Son ultime spasme libéra une bulle d'oxygène emprisonné, et Teddy eut l'impression qu'elle lui emportait une partie de la poitrine lorsqu'elle explosa hors de sa bouche. Il se laissa choir sur le plancher métallique et s'essuya le visage avec son mouchoir en se disant que ce n'était vraiment pas une façon d'entamer un nouveau partenariat.


Dennis Lehane – Shutter Island
traduction Isabelle Maillet
Rivages – 2003





nature morte #28 - Hiromi Kakimoto



Le 28 Février 2015 est en réalité le Vendredi 6 Pédale 142
Vers Belges - fête suprême quarte